‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 155 sur 213 · Annales Institut Pasteur, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Annales Institut Pasteur, t. VIII, p

LKS TOXINES.

Chose plus intéressante encore, et qui rapproche infiniment les venins des zymases vénéneuses, les animaux inoculés contre les venins peuvent l'être en même temps aussi contre certaines toxines microbiennes et fournir un sérum antitoxique ainsi qu'on l'a dit au chapitre des vaccins.

Les animaux qui ont résisté à l'atteinte des venins ne se rétablissent généralement pas bien; leurs fonctions languissent, leur température s'abaisse, les jeunes s'arrêtent dans leur développement, etc.: en un mot, la force nutritive et reproductive de l'économie semble avoir été frappée par cette mystérieuse influence; nouveau et important rapprochement à faire entre l'action des venins et celle de beaucoup de virus.

Comme la plupart des toxines privées de leurs microbes pathogènes, les venins peuvent être absorbés par le tube digestif sans causer d'intoxication ou d'envenimation, à la condition toutefois, que l'estomac et l'intestin soient intacts et que la dose de pôison ne soit pas trop considérable. L'économie acquiert ainsi lentement l'immunisation.

La conservation des venins à l'état humide les altère comme elle altère les toxines et, en général, toutes les diastases. J'ai remarqué que du venin de scorpion conservé 2 à 3 mois dans la glande qui avait été détachée au commencement d'octobre, d'un coup de ciseau, de la queue de l'animal bien vivant avait perdu toute son activité, sans qu'il y eût altération chimique apparente. J'ai fait la même observation pour les matières toxiques fournies par le fameux poisson vénéneux du Japon le fugii. Ses œufs, sa laitance, et sa chair même, sont si dangereux au moment du frai qu'il est à ce moment défendu de pêcher ce poisson sous peine de mort. Ayant pu, grâce à l'autorisation du gouver-

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nement japonais, me faire envoyer de la laitance et des œufs dans leur état d'activité toxique maximum, je les trouvai parfaitement inoffensifs quelque temps après leur arrivée en France, quoiqu'ils fussent en parfaite conservation grâce à un peu de glycérine alcoolisée. Ils avaient perdu leur activité après cette conservation de trois mois à l'abri de toute putréfaction'.

L'ensemble de ces propriétés démontre à la fois l'analogie des venins et des toxines microbiennes, et leur rôle commun d'enzymes ou ferments solubles".

Venins de serpents.

Espèces venimeuses. — Les principales familles de serpents venimeux sont, d'après Viaud-Grandmarais :

1° Les p?'otéroçlyphes conocerques, parmi lesquels il faut citer comme les plus dangereux le Naja trvpudians ou Cohra capello très répandu dans l'Asie centrale. C'est le plus redouté des serpents de l'Inde anglaise où, d'après Fayrer%

1. On a signalé chez les animaux envenimés qui résistent un état chronique pouvant ramener des accidents à longue échéance, et même diton, d'année en année, état que les poisons microbiens ou ferments morbides peuvent seuls réaliser. Voir à ce sujet, l'article de Demeurât. En Gaz. hebdom., 1863. Accidents développés par morsure de vipère se reproduisant régulièrement durant 32 ans.

2. Il est des animaux qui ne sout que peu ou pas sensibles à l'action des venins : tels la vipère, le hérisson, le spermophile, etc., qui résistent à l'action du venin de vipère. MM. Physalix et Bertrand ont montré que, pour les deux premiers, ce résultat est dû à la présence dans leur sang de substances antitoxiques qui résistent à la chaleur de SS" à 60° durant 15 minutes et qui peuvent conférer l'immunité aux animaux sensibles auxquels on les injecte. Compt. rend. Acad. sciences, t. GXXI, p. 743.

3. Fayrer, Thanotophidia Indica, London, 1872. — En ce qui concerne les venins de serpents, parmi les bonnes publications sur ce sujet citons : Fontana, Traité du venin de vipère, Florence, 1781. — LuGiEN

LKS TOXINKS.

près de vingt mille personnes seraient, chaque année, victimes de leurs morsures. Celle du Naja est mortelle environ 4o fois sur 100. Elle peut tuer un homme en une heure. Le Naja haje ou aspic d'Egypte et de l'Afrique orientale La vijjère hémachate ou serpent cracheur de l'Asie Australe. Les Elaps dont les plus renommés sont le serpent corail et YUamadrijas {Ophiophagiis Elaps) de Gochinchine et Birmanie. Les Biingares du Bengale et de Birmanie qui provoquent d'abondantes hémorrhagies.

2° Les jjroléror/lyphes platycerques vivent surtout dans l'eau {Hydrophide, Platiire, Pélamide, etc.) Les blessures des hydrophides de l'océan Indien sont très redoutée.'? : elles tuent l'homme et phis vite encore les poissons.

3° Les Soléiioglyphes crotalieiis, comprenant les crotales ou serpents à sonnettes des deux Amériques (genres Caudisona et Crotalus). Ils tuent un poulet en huit minutes, un lapin en dix à soixante minutes; les bœufs et les chevaux

Bonaparte, Gazeltatoscana délie Science mcdicofîsice, IS^iH, p. 169. — Brainard Daniel, On the nature and cure of the bile of serpents andthe ivounds of poi~ soned arrows, In Smith's Reports, 1834. — Cl. Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses, 18o7. — Brainard, Compt. rend. Acad. sciences, XXXVII, p. 811. — Fayrer, Experiments on the poison of Battlesnacke, in Med. Times, t. I, p. 371. — Gray, Venenous water snakes, in Proced. zool. Soc, 1837. — GRÛNevald, Deschreibung der wichtigsten giflplansen und gifllhiere, 1877. — LaCERDA, Compt. rend. Acad. sciences, 30 décembre 1878. — Soubeiran (Léon), De la vipère, de son venin et de ses morsures, Paris, 1855. — Viaud-Grandmarais, Éludes sur les sei-pents delà Vendée, etc., Nantes, 1867-69, et Journal de méd. de l'Ouest, 1880. — Du MÊME, Les serpents venimeusi; Dict. encycl. des sciences médicales. — Weir-Mitchell, Researches upon Venom of the ratllesnakes, Smithsonian contributions, 1860, p. 97, et 1886, p. 136; Du Même : Experiiyiental contributions ta the toxicology of rattlesnake venom, New-Yorlv, 1868. — Vincent Richards, The Landmarks of snake-Poison lilterature, Gilcnlta., 1886. Voir cités dans cet ouvrage très intéressant les travaux de N. Wolfenden, p. 133 et suivantes, du Joum. of Physiolog., 1886, p. 327. — Lauder-Brunton, Snake venom and iis antidotes, London, 1891. — A. Calmette, Le venin des serpents. Traitement des morsures venimeuses, Paris, 1896. D'autres sources sont aussi signalées dans le courant de ce chapitre.

VENINS DE SERPENTS

assez rapidement. Le Bothrops lanceolatus ou serpent Fer de lance de la Martinique et de Sainte-Lucie. Sa piqûre peut tuer même un bœuf; l'homme meurt en trois à douze heures. Des infirmités persistantes suivent sa morsure lorsqu'elle n'est pas- mortelle. Le Surucucii {Jararaca ou Lachesis mutus), de la Guyane et du Brésil; il donne la mort à une vache en moins de deux heures. Le TrigonocepJialus contortrix [Mocassin tête de cuivre ou Copper-head) et le mocassin d'eau, l'effroi des nègres de la Floride, duTéxas, Mexique, Guyane et Brésil. Le Fira-Kutsi très redouté au Japon. Le Trimeresure et le Bothrops viridis de l'Indo- Chine, etc.

40 Les Solénoglyphes vipériens. — Citons au premier rang les Echidnés, parmi lesquels le daboia, ou échidné élégante, dont les effets sont plus sûrs et plus prolongés, lorsqu'ils ne sont pas mortels, que ceux du cobra. Un bœuf, un veau, mordus succombent en moins d'une heure; un homme vigoureux en moins de vingt-quatre heures, même après l'amputation du membre atteint, L'échidné du Gabon. Les Cérastes ou vipères cornues des sables de l'Afrique; elles sont répandues dans tout ce continent. Elles tuent un chameau en quelques heures. La vipère heurtante du. Congo, de l'Ogooué, du Niger, dont les naturels utilisent le venin pour garnir leurs flèches. La dangereuse vipère rhinocéros du Gabon. 'Lo.vipère aspic de France, dont la morsure est mortelle une fois sur vingt-cinq, d'après M. Viaud-Grandmarais. La vipère Pelias berus qu'on trouve depuis la Suède jusqu'en France, et qui est un peu moins redoutable. La vipère amodyte, des Alpes d'Ill^^ie, de Grèce. \J acanthophide d'Australie, mortel pour l'homme qui le redoute beaucoup.

Toxicité relative des venins. — Chacun de ces serpents produit un venin spécial, mais tous agissent d'une façon analogue, à la façon des ferments toxiques; et sauf des variantes dans leur activité et dans les désordres spéciaux qu'ils occasionnent, ils se comportent comme des agents zymotiques. Généralement, à la suite de l'envenimalion, l'animal inoculé tombe dans un état de faiblesse extrême; il survient souvent des vomissements, des hémorrhagies, avec gonflement du membre atteint; le sang devient gélatineux ou incoagulable. Les venins diffèrent cependant très sensiblement entre eux par le détail de leurs effets : les uns provoquent des convulsions (daboia, crotale, etc.), d'autres des hémorrhagies abondantes. Il serait difficile dans cet Ouvrage de nous étendre successivement sur les phénomènes d'empoisonnement que chacun d'eux en particulier occasionne. Nous prendrons pour types les mieux étudiés.

D'après M. Calmette' les doses suivantes de venin calculé sec , sont mortelles en trois à quatre heures pour un lapin :

Naja tripudans 0™^'",47

Naja ha je 0, 3 à 0,7

Acanthophis antarctica 1, »

Céraste 70 à 2,0

Hoplocephalus variegatus. ... 2, 5

Trigonocéphale 2, 5

Crotale 3, 5

Vipère berus: 6, 3

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