Ann. Inslitut Pasteur, t. VIII, p. 276, et t. IX, p
VEiNIiNS DE SERPENTS.
Ces nombres, il faut le reconnaître, n'ont rien d'absolu; ils varient avec l'animal inoculé, et aussi avec le moment où l'on recueille le venin.
Environ 10 milligrammes de venin de cobra suffisent pour tuer un chien de 6 à 7 kilos. Il faut deux fois plus de venin pour tuer 900 grammes de lapin que pour tuer. 500 grammes de cobaye.
Un crotale dans de bonnes conditions possède plus de l^'jb de venin frais dans ces glandes; il en inocule, par morsure, 0^'',20 environ. Un pseudechis [serpent noir d'Australie) inocule iOO à ISO milligrammes' de venin lorsqu'il mord. Un naja dispose de l^"",! à l^^S de venin; un trigonocéphale de 0^'',3 à 0^%5 de venin liquide; une vipère de 0^%15 seulement.
La densité de ces venins est un peu supérieure à celle de l'eau (1,030 à 1,050). Ce sont des liquides homogènes, à peu près transparents, un peu épais, presque entièrement solubles dans l'eau qu'ils rendent faiblement opaline, insolubles dans l'alcool fort. Ils abandonnent de 20 à 35 % de résidu sec; ils sont tantôt incolores ou jaunâtres, comme ceux de ■ la vipère ou du cobra; verdàtres, comme celui du serpent à sonnettes; quelquefois amers ou acres. On n'y remarque d'organisé que de rares épithélium de revêtement provenant de la glande à venin. Nous avons dit plus haut que, lorsqu'on les cultive, les venins restent stériles. Desséchés au soleil ou à l'ombre sur une plaque de verre, ils prennent l'aspect de gomme arabique. Humides, ils finissent par se putréfier. Recueillis dans la glande à l'état frais, les venins de serpents sont toujours légèrement acides.
Soumis à la dialyse, puis desséchés, les venins qui ont ainsi perdu toutes leurs parties dialysables deviennent
LKS TOXINKS.
trente à quarante fois aussi actifs qu'à l'état naturel sous le môme poids. La matière vénéneuse peut être reprécipitée par le sulfate de magnésie ou par celui d'ammoniaque ajouté à saturation.
Réactions et antidotes des venins. — Les venins de serpents sont neutres au tournesol ou légèrement acides, solubles dans l'eau et la glycérine, insolubles dans l'alcool et l'éther. Les acides et la plupart des réactifs se comportent avec eux comme avec les matières albuminoïdes. Les acides minéraux les précipitent de leurs solutions aqueuses sans altérer leur toxicité. L'acide tannique, l'iodure de potassium ioduré les précipitent; un excès d'eau les redissout. L'eau iodée, le trichlorure d'iode, l'acide phénique, le naphtol, le nitrate d'argent, le sublimé, l'hypochlorite de potassium, l'iode, donnent aussi des précipités avec les venins. Presque toutes ces combinaisons, quoique insolubles, restent actives lorsqu'on les introduit sous la peau. L'eau oxygénée, les acides minéraux n'enlèvent pas aux venins leur activité. J'ai observé qu'on peut mélanger le venin de cobra avec du carbonate de soude, de l'ammoniaque, des essences diverses ou le soumettre à l'action digestive du suc gastrique sans altérer ses propriétés vénéneuses. Si au contraire on le laisse en contact, ne fût-ce qu'un instant, avec de la potasse caustique très étendue (1 à 1,5 pour 100), alors même qu'on neutralise aussitôt exactement l'alcali ajouté grâce à une quantité d'acide correspondante, le venin a désormais perdu toute toxicité En même temps il se dégage une odeur légèrement aromatique, non désagréable.
1. M. Calmetle peuse que la potasse et la soude caustiques étendues ne détruisent pas l'action toxique du venin. Cette opinion n'est pas conforme aux faits que j'ai observés, au moins pour le venin de cobra.
VENINS DE SERPENTS
Suivant Winler Blyth', puis Lacerda-, le permanganate de potasse au 100° serait un bon antidote des venins : O^'Ob de venin de cobra mélangés d'avance avec une solution aqueuse de 0°''30 de permanganate injectés à un chien sont inoffensifs. Il en est de môme si le poison est d'abord inoculé et qu'on injecte, 3 à 4 minutes après, la solution de permanganate ; mais lorsque les premiers symptômes de l'empoisonnement se sont manifestés, le permanganate de potasse ne peut plus arrêter la marche de l'intoxication. Il faut, en un mot, pour être efficace, que le permanganate soit mis en contact direct avec le poison.
M. Calmette a conseillé, comme antidotes des venins l'eau bromée, le chlorure d'or au et surtout les solutions d'hypochlorites solubles : trois gouttes d'une solution au 12" de chlorure de chaux, ou d'hypochlorite de soude détruisent immédiatement in vitro l'activité de 1 milligr. de venin de cobra ou de 10 milligrammes de venin de vipère dissous dans reau. D'après ce savant, on peut injecter des quantités suffisantes de ces hypochlorites préalablement dilués, dans les tissus, les séreuses et jusque dans les veines sans provoquer d'accidents ^ Faites autour du point inoculé, ces injections seraient efficaces même quelque temps après la piqûre. Chez les animaux qui ont reçu une dose de venin qui serait fatale en moins de 2 heures, on empêcherait la mort en injecta,nt 15 cent, cubes de ces solutions étendues par kilogramme d'animal dans les 20 minutes qui suivent la pénétration du poison. Ces dernières observations ont été contestées par MM. Physalix et Bertrand : ils admettent