Travail cité plus haut, noie p
VENINS DE SERPENTS
Les observations ultérieures deWeir-Mitchellel de T. Reichardt (1883) montrèrent que la matière protéique active du venin n'est pas formée d'un principe unique. Ces auteurs annoncèrent avoir isolé du venin de serpent à sonnettes une peptone, une globuline et une albumine*. De ces trois substances la dernière, que coagule la chaleur, est inactive et ceci paraît général pour tous les venins; la globuline serait la plus dangereuse ; elle s'attaque aux centres respiratoires et détruit le pouvoir coagulant du sang ^ Wall reconnut aussi la complexité de ces venins : il observa qu'à 100" le venin du daboia perd son pouvoir conviilsivant mais noji sa toxicité, comme si l'une .des matières actives était seule détruite par la chaleur.
A Londres, Norris Woffenden reprenant, vers 1885, les expériences de L. Bonaparte et de Weir Mitchell et Reicliardt, confirma leurs observations relativement à la natare protéique essentiellement active du venin. Il montra que dialysé, le venin ne fournit pas, ou sensiblement pas, de peptones, mais qu'il reste sur le dialyseur trois matières albuminoïdes qu'on peut séparer par les précipitants salins, savoir : une globuline, une séroalhumine et une acidalbumine et, dans certains spécimens, une trace de peptone non active. La sé7'oalbumine tue, d'après Wolfenden, par paralysie ascendante de la moelle ; la globuline atteint et paralyse les centres respiratoires et détruit probablement le pouvoir coagulant du sang; enfin Y acidalbumine agit comme la globuline^ mais plus faiblement qu'elle ^
1. La peptone de Reichardt et Mitchell étant précipitable par l'acide acétique faible, est sans doute une globuline ; la globuline se dissolvant dans l'eau chaude n'est pas une globuline.
2. D'après Mosso et d'autres auteurs, le sang des animaux empoisonnés par le venin de vipère a perdu aussi la propriété de se coaguler.
3. D'après Kanthaclc {Journ. of Physiologie, 1892, p. 172), la substance
LKS TOXINES.
D'autre part, l'analyse physiolo^nque du venin de vipère a fait admettre à MM. Physalix et G. Bertrand' que cette sécrétion contient probablement trois substances distinctes : l'échidnase, l'échidnotoxine et l'échidnovaccin. La première détermine dans le tissu conjonctif un œdème hémorrhagique énorme. La chaleur la détruit rapidement à 90°. La deuxième produit les troubles nerveux et vasomoteurs observés dans cet empoisonnement. La troisième, peu toxique, est douée de propriétés vaccinantes. L'indépendance de l'échidnase et de l'échidnotoxine ne fait pas de doute : la chaleur, l'acide chromique détruisent la première seulement. L'échidnase peut d'ailleurs manquer dans certaines saisons et certaines variétés, comme dans le venin de vipei^a aspis du Jura. Quant à la troisième substance, l'échidnovaccin, on pouvait supposer qu'il dérive des deux autres, ses propriétés vaccinantes n'apparaissant que si l'on a détruit ou modifié profondément celles-ci par la chaleur. Il ne paraît cependant pas en être ainsi, car le venin des vipères du Puy-de-Dôme ne peut être transformé en vaccin par la chaleur quoiqu'il renferme l'échidnase et l'échidnotoxine . Il suit de cette analyse que ces trois substances semblent être distinctes et indépendantes.
Chaque venin contient ses substances actives propres pouvant différer suivant les espèces et les variétés. Chacune de ces substances agit plus ou moins rapidement, et peut être associée à des principes différents. De là, la variabilité d'action remarquée dans ces poisons. A cet égard, voici
active de ces venins serait une sorte d'albumose, ce qui ne concorderait pas avec les observations, d'ailleurs bien faites, de Woffenden. 2. Voir Physalix et Bertrand, Arch. de physiolog.. juillet 1894.
VENINS DE SERPENTS
deux exemples empruntés à V. Richards (voir Note p. 484. Loc. cit., p. 140).
Venin de Cobra
Il produit au bout de quelques minutes et sans autres symptômes prémonitoires, une paralysie qui frappe les lèvres, la langue, le larynx et les centres respiratoires.
La mort est précédée de convulsions résultant de l'asphyxie.
Après une légère accélération, la respiration s'alanguit et disparaît.
Ce venin tue les oiseaux et les reptiles seulement dans le stade paralytique.
11 ne paraît pas agir sur la pupille.
On observe de la salivation.
Ses effets sur le sang sont peu sensibles. Si l'animal survit, rien ne montre que le sang reste envenimé.
Venin de Daboia
Son action débute par des convulsions violentes et générales qui se terminent par la paralysie et la mort'.
La respiration paraît normale et tranquille au début.
Ce venin tue les oiseaux et les reptiles dans le stade convulsif.
Les pupilles sont dilatées.
Pas de salivation.
Les points qui ont reçu le venin sont le lieu d'une kémorrhagie sanieuse. L'albuminurie est constante. Si l'animal mordu ne meurt pas dans la période convulsive, il passe par une période d'envenimation chronique, dont les accidents secondaires sont dangereux.
Chauffé à 1 00° le venin de cobra ne se transforme pas en vaccin, il garde presque toute sa toxicité [A. Gautier; Physalix et Bertrand) à moins qu'on ne prolonge longtemps (20 à 30 minutes) l'action de la chaleur. Celui de daboia perd son pouvoir convulsivant, mais non sa toxicité. Le venin d'hoplocéphale est encore toxique même après avoir été chauffé à 100% mais il perd cette propriété après 15 à 20 minutes. Ceux de pseudechis ou de vipères sont détruits
1. On a vu que si l'on chauffe ce venin, les convulsions du début disyaraissent, quoique la toxicité du venin reste la même.
Li:S TOXINES.
entre 9o et 97° {Calmetle). Ces écarts s'accentuent si l'on dilue les solutions.
D'après le D-" Wall, les efiets du venin de crotale ressemblent à ceux de la vipère indienne; la principale différence, c'est que les convulsions du début s'observent moins fréquemment après la morsure du serpent à sonnettes.
A côté de leurs toxalbumines, les venins contiennent encore^ secondairement, des alcaloïdes que j'ai trouvés pour la première fois dans le venin du cobra capello, en 1883*. Ces faits ont un grand intérêt parce qu'ils rapprochent entre eux les venins dont la partie active est essentiellement alcaloïdique (Voir plus loin), des venins qui sont surtout protéiques; et aussi parce qu'ils montrent que comme pour les toxines virulentes, ces deux sortes de principes vénéneux se forment généralement à la fois. On obtient les alcaloïdes des venins de serpents, eu très faibles proportions il est vrai, en pulvérisant finement ces substances avec du carbonate de soude et épuisant méthodiquement le mélange à S0° par l'éther alcoolique. Les deux alcaloïdes que Wolcott Gibbs, puis Weir Mitchell et Reichardt, n'ont pas retrouvés dans le venin de crotale, que Norris Wolffenden n'a pu extraire de celui de cobra, mais qui existent bien dans ce dernier venin que j'ai étudié avec soin à ce point de vue, m'ont fourni des chloroplatinates et chloraurates cristallisés, et des chlorhydrates cristallisés un peu déliquescents. Ces derniers donnent du bleu de Prusse en présence des sels ferriques très étendus et mêlés d'un peu de prussiate rouge. Ces alcalo'ides sont donc des corps réducteurs analogues aux ptoma'ines. J'ai décrit leurs singuliers effets.