Bull. Acad. deméd., 2« série, t. X, p
VENINS DE SERPENTS
Ces bases sonl beaucoup moins vénéneuses que les toxines albuminoïdes qu'elles accompagnent, car la totalité des alcaloïdes retirés de 0^'"3 de venin de cobra n'a pas tué un petit oiseau. Elles n'en agissent pas moins d'une façon très curieuse sur ces animaux : l'une active la défécation et produit de l'essoufflement, et de la stupeur; l'autre plonge l'animal dans une sorte de sommeil calme dont il s'éveille un instant quand on l'excite pour retomber endormi bientôt après. Au bout de 18 heures de cet état, l'oiseau sur lequel j'opérais se réveilla bien portant*.
Cette analyse chimique et physiologique des venins montre bien que ces produits que nous sommes convenus d'appeler toxines ou venins, sont des mélanges complexes et variables de matières actives agissant chacune pour leur propre compte, les unes convulsivantes, les autres paralysantes, d'autres stupéfiantes, etc. Parmi les plus actives sont les albumines-ferments et globulines-ferments , quelquefois les nucléo-albumines, qu'accompagnent presque toujours, dans les cultures virulentes ou les venins, des alcaloïdes, peu actifs et peu importants dans les venins d'ophidiens, mais qui deviennent les agents essentiellement actifs des venins d'apidés ou de batraciens-.
1. A côté du poison putride, qui ressemble tant aux venins, Panum a aussi trouvé dans la chair putréfiée une substance narcotique que l'on sépare de l'extrait total grâce à sa solubilité dans l'alcool. Injecté dans les veines du chien, cet extrait alcoolique le plonge dans un somracil profond qui dure plus de 24 heures et dont il se réveille en parfaite santé. C'est tout à fait ce que j'ai observé avec le venin de naja.
2. On m'a fait dire (et l'on a combattu avec raison cette hypothèse) que j'avais attribué l'action des venins à des alcaloïdes toxiques. J'ai fait, au contraire, observer dès le début de mes publications que les deux alcaloïdes que j'extrayais du venin de cobra étaient loin de représenter le pouvoir toxique principal de ce venin qui devait ses effets les plus redoutables à des matières azotées, mais non alcaloïdiques. On m'a
D'après M. Viaud-Grandmarais, dans rempoisonnement par le venin de vipère de Vendée, les désordres se succèdent dans l'ordre suivant : une heure après la morsure, angoisse profonde suivie de nausées atroces avec douleurs épi gastriques, vomissements de matières alimentaires, de bile, de glaires sanguinolentes, quelquefois accompagnés d'ictère et de diarrhée. Bientôt les sueurs froides, les lypothymies, les syncopes apparaissent. Le pouls est misérable, déprimé, la respiration s'embarrasse, le faciès devient hippocratique, la prostration est extrême, enfin arrivent les phénomènes convulsifs de l'agonie précurseurs de la mort. L'intelligence reste intacte.
Les envenimés par les cobras ou les protéroglyphes australiens, aussi bien que par le bothrops ou serpent fer de lance, tombent généralement dans un coma profond. Leur température s'abaisse notablement : chez un homme mordu par un cobra et qui cependant guérit, la température de l'aisselle fut trouvée de 31° deux dixièmes*. La pression sanguine diminue généralement aussi : à la suite d'une piqûre de vipère, elle était tombée chez un chien de 155°"" à 48""". Le rythme du cœur reste régulier. On a remarqué que, chez les envenimés, le sang afflue et tend à s'extravaser autour du point qui a reçu le venin et qui se tuméfie. Le caillot de la saignée reste mou et se redissout ensuite. Les globules rouges s'altèrent et laissent échapper leur hémoglobine. Il arrive fréquemment des hémorrhagies
attribué aussi l'opinion que l'action toxique du venin reste entière lorsqu'on lui a enlevé toutes ses matières protéiques. J'ai fait remarquer seulement que le venin de cobra conserve presque toute sa vénénosité lorsqu'on porte sa solution à 100°, quoiqu'on coagule ainsi l'albumine soluble qu'il contient.