‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 161 sur 213 · Lauder Brunton. Snake venom, London, ISOI · texte numérisé non relu

Lauder Brunton. Snake venom, London, ISOI

LKS ÏOXINKS.

entre l'action des venins et celle des virus) l'économie tout entière a été modifiée dans sa nutrition et dans la plupart, ses réactions vitales, par cette mystérieuse imprégnation du venin.

On sait que certains animaux, les serpents, la mangouste, le porc, le hérisson, présentent une immunité naturelle relative contre les venins de serpents. Le sang des mangoustes contient manifestement une antitoxine. II paraît en être de môme de celui du hérisson.

Sérums antivenimeux. — M. Calmette est parvenu à produire des sérums antivenimeux contenant une antitoxine qui s'oppose à ^envenimation^

Dans ce but, il inocule tous les trois jours aux animaux (lapins, ânes, chevaux), des doses de venin qui ne sont que le 20'' d'abord, puis le 10«de la dose mortelle. Il vaut même mieux, suivant la méthode de MM. Physalix et Bertrand, et lorsqu'il s'agit du venin de vipère, chauffer au début le venin vers 100° ; mais ce chauff"age ne suffit pas pour faire un vaccin de tous les venins. Ou surveille le poids des animaux et l'on suspend les inoculations s'ils maigrissent. Après 5 à 6 semaines de ce traitement, on laisse les inoculés se reposer quelques jours, puis on leur injecte sous la peau des doses de plus en plus considérables de venin, espacées de 8 à 10 jours chacune, jusqu'à ce qu'on atteigne les doses fortes. Certains lapins, ainsi lentement inoculés, ont pu déhnitiveraent résistera 40 milligrammes de venin de naja en une seule injection. Ils fournissent alors un sérum vaccinal.

1. Voir Annales de Vlnslitul Paslcw, mars 1894 et avril 1S93, p. 229. Voir aussi Comptes rendus Acad. sciences, t. CXXII, p. 203'.

VENINS DE batraciens; DE SAURIENS.

Le sérum antitoxique de sang de cheval ainsi successivement habitué aux venins, peut être actif au 20 000% c'esLà-dire qu'il suffit d'en injecter 0^'"1 à un lapin de 2 kilogrammes pour l'immuniser contre une dose de venin de cobra capable de le tuer en 3 à 4 heures.

Le sérum antivenimeux de Calmetle a été expérimenté et reconnu très actif par Hankin, au laboratoire d'Agra, dans l'Inde, et par le docteur Lépinay à Saigon. Un Annamite mordu par un naja à l'index de la main droite, reçut 1 heure après 12"'^ de ce sérum, le membre mordu était déjà enflé et contracturé. Le lendemain tous les symptômes d'envenimation avaient disparu. Une femme qui avait été mordue en même temps, mais qui ne fut pas traitée, mourut au bout de deux heures.

Le sérum antivenimeux est également actif, m vitro, aussi bien que préventivement et thérapeutiquement^ contre la plupart des venins, quel que soit celui qui a servi à préparer ce sérum. Il arrête indifféremment les effets des venins de naja, de céraste cornue, de trigonocéphale, de crotale et des serpents venimeux d'Australie.

Venins des BATRyiciENS et des sauriens

Les venins des batraciens et des sauriens doivent toute, ou presque toute, leur activité aux substances alcaloïdiques ou leucomaïnes qu'ils contiennent.

Venins de crapauds, grenouilles, etc. — Le venin de crapaud {bu^o vtilgaris) et des espèces qu'il faut en rapprocher {Buffo viridis, cinereus , bombinator; alyles obstetricans;

LES TOXINKS.

pelobates, etc.) est sécrété par les glandes du tissu cutané de ces animaux. Il est peu actif lorsqu'on le dépose sur la peau encore revêtue de son épidémie, mais il enflamme rapidement les muqueuses conjonctive, Luccale et nasale.

Gratiolet et S. Gloëz, il y a déjà longtemps', puis P. Bert, Rainez, Zalewsky, etc., ont étudié ce venin. C'est un liquide jaunâtre, lactescent et visqueux, d'odeur vireuse, d'une amertume insupportable, mais ne produisant pas sur les muqueuses d'autre action immédiate sensible qu'une inflammation locale. Il est fortement acide et caustique.

Desséché, il cède à l'étlier une petite quantité d'une substance d'aspect gras qui absorbée par les animaux les plonge dans un coma profond interrompu par des vomissements; cet état peut se terminer par la mort.

Le résidu qui ne se dissout pas dans l'éther se compose de deux parties : l'une inactive insoluble dans l'alcool, l'autre soluble et très active. Celle-ci possède toutes les réactions générales des alcaloïdes. Elle n'est pas albuminoïde ^

1. Compt. rend. Acad. sciences, t. XXXII, p. o92, et t. XXXIV, p. 73 (1851).

2. Cette substance est le premier terme authentique bien défini de la classe des leucomaïnes, ou alcaloïdes normalement formés dans les organes des animaux, que je découvrais trente ans après le travail de S. Cloëz. Mais quelle que fût la netteté de TobservatioQ faite parce savant en 1831, ni lui, ni ses contemporains n'essayèrent d'examiner si, dans l'état de santé ou de maladie, d'autres alcaloïdes pouvaient être produits par les animaux, et l'on trouva dans la nature si exceptionnelle de cette sécrétion venimeuse une explication qui parut suffisante durant bien des années encore de la formation d'un alcaloïde authentique par des cellules animales. C'est là un exemple bien frappant de ce que peuvent les théories sur la marche de la science, suivant qu'elles sont fausses ou exactes.

En traitant le venin de crapaud par la méthode de Stas, Capparelli, refaisant, sans le connaître, le travail des auteurs ci-dessus cités, en a extrait un alcaloïde qu'il a nommé phrynine, agissant sur le cœur comme la digitaline. Il me paraît se confoudre avec l'alcaloïde de Cloëz.

VENINS DE batraciens; DE SAURIENS. 503

D'après Calmels*, le venin des batraciens contient une petite quantité de métliylcarbylamine G:Az-GH' et d'acide isocyanacétique G : Az • G • G OMi. Ges corps proviendraient de la décomposition d'une sorte de lécithine; celle peut-être qui constitue cette matière très vénéneuse, d'aspect gras, dont on vient de parler et que l'éther extrait de ce venin.

Sous l'action du venin de crapaud, les animaux, d'abord excités, s'affaissent bientôt sur eux-mêmes. Le chien est pris de vomissements et d'ivresse; il succombe en une heure à peine. Les oiseaux surtout, et même les mammifères de petite taille, peuvent mourir en quelques minutes ou en quelques heures par inoculation sous-cutanée. Les batraciens sont très sensibles à cette sécrétion.

Le venin de crapaud commun [Buffo vulgaris) agit surtout en paralj^sant le cœur et la moelle. L'animal envenimé se hérisse, est angoissé. Il chancelle comme s'il était ivre, ferme les yeux, semble dormir et bientôt tombe mort. Celui du crapaud agua, grosse espèce de l'Amérique tropicale, agit aussi en arrêtant le cœur, mais il jouit en même temps de propriétés convulsivantes ( Vidpian).

La peau de la grenouille commune sécrète aussi un poison irritant les muqueuses ; il agit à la fois sur la moelle et sur le cœur qui s'arrête en systole^ (P. Bert). On a signalé à la Nouvelle-Grenade une rainette de teinte rouge jaunâtre appartenant à l'espèce dite phyllobates melanorhinus dont la peau sécrète assez abondamment, quand on l'excite, un venin blanchâtre dont les Indiens enduisent leurs flèches. Son action toxique semble porter sur les organes du mouvement et non sur ceux de la sensibilité'.

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