L. Vaillard, Compt. rend., t. CXX, p
ANTITOXINE TÉTANIQUE.
moins d'un dix-millième de centimètre cube suffirait à détruire l'activité de la toxine apte à tétaniser un milliard d'hommes.
Malgré cette prodigieuse activité, le sérum antitétanique n'a pas la valeur curative qu'on aurait pu en attendre. Appliqué chez l'homme ou les autres animaux au traitement de la maladie confirmée, il est impuissant à guérir les formes aiguës à marche rapide, parce que lorsque apparaissent les premiers symptômes de l'intoxication, l'altération des centres nerveux par la toxine tétanique est un fait accompli et à peu près irrémédiable. Maie entre les mains de MM. Tizzoni et Ganttani, ainsi qiie de Kitasato, ce sérum a été efficace dans les tétanos à marche lente où l'intoxication ne se fait que progressivement.
Chez les animaux auxquels on injecte préventivement le sérum antitétanique, l'immunité est immédiatement acquise. Elle est proportionnelle à la dose de sérum injectée. Mais elle diffère de cette immunité persistante que confère l'injection de la toxine iodée et chaufi'ée, et mieux encore l'introduction dans le tissu cutané des spores tétaniques mêlées au préalable d'acide lactique.
La substance anti toxique existe surtout dans le plasma du sang des animaux, et dans le sérum qui en provient. Le caillot n'en renferme pas. Les sérosités, l'humeur aqueuse, l'urine, la salive, manifestent aussi le pouvoir antitoxique, mais à un faible degré. Le lait, au contraire, est riche en antitoxine. Les divers organes possèdent un pouvoir anti toxique variable. Le foie est souvent actif; la rate et les capsules surrénales ne le sont pas. Les leucocytes sont chargés d'antitoxine.
La substance antitoxique s'élimine en partie par les reins.
Li:S TOXINKS.
L'antitoxine tétanique ne détruit jms la toxine correspondante; elle itaraît ngir en produisant un état permanent d'excitation ou de réaction, une modification de la nutrition des cellules de l'économie qui les fait résister au poison. Behring a montré que si chez l'animal immunisé, on injecte des quantités croissantes de toxines, son sérum devient de moins en moins antitoxique. Il arrive même un moment oi^i la toxine l'emporte sur Tantitoxine et oîi le sérum de cet animal devient toxique sans que pour cela l'animal contracte le tétanos. L'antitoxine étant, dans ce cas, sursaturée de toxine, il faut que les cellules résistent par elles-mêmes, grâce à une impression reçue et conservée comme une sorte de souvenir.
Malgré la grande activité du sérum antitétanique, lorsqu'on l'injecte après l'inoculation de la toxine, il y a toujours tétanos local. La dose de sérum nécessaire pour empêcher la mort est d'autant plus grande que celui-ci est injecté plus tardivement.
Toxine de la morve. — Malléïne.
On obtient la semence très virulente du bacille de la morve en inoculant le lapin par injection intraveineuse avec du jettage de cheval morveux. Le sang de ce lapin sert à ensemencer largement plusieurs tubes de pommes de terre; après 3 jours d'étuvage à 37°, le produit de culture est délayé dans un peu d'eau, bouilli, filtré, et injecté dans la veine de l'oreille d'un second lapin, dont le sang servira à l'ensemencement d'autres pommes de terre,
TOXINES Dli LA MOUVE.
et ainsi de suite.. On se procure par cette méthode un virus morvèux d'une virulence exaltée et toujours égale {Nocard)K
Pour préparer la solution de toxine morveuse (on lui a donné le nom de MaUéïne), Nocard emploie le bouillon de veau ou de cheval additionné de 5 gr. de sel marin par litre, iO gr. de peptone et 40 gr. de glycérine. On ensemence un certain nombre de ballons contenant celte liqueur avec le produit des cultures ci-dessus faites sur pommes de terre; au bout de 15 à 20 jours de séjour à l'étuve à 38°, on stérilise les liqueurs à l'autoclave à 1 1 0% on les concen tre au bain-marie au dixième de leur volume, enfin on les filtre sur papier Chardin. On obtient ainsi la malléïne brute, liquide sirupeux brun foncé, d'une odeur vireuse spéciale, contenant près de la moitié de son poids de glycérine.
Cette solution se conserve très longtemps à l'abri de la lumière, de l'air et de la, chaleur. Dans la pratique on l'emploie diluée au 10° avec de l'eau bouillie ou phéniquée à 0,5 pour 100.
Foth prépare sa malléïne, comme Roux, avec le bouillon glycériné ensemencé et traité comme ci-dessus; la cultu re est stérilisée à 1 00°, concentrée au bain-marie au dixième et filtrée sur papier; la liqueur obtenue est additionnée de 25 à 30 fois son volume d'alcool absolu ; le mélange est jeté sur un filtre, le précipité est recueilli et desséché dans le vide. On obtient ainsi une poudre blanche, légère, non hygroscopique, très soluble dans l'eau, possédant toutes les propriétés de la malléïne brute.
\. Voir de ce savant le Rapport présenlé au Congrès interaulional d'Ivjgiène de Budapest, 1894.
Elle s'emploie en solution dans l'eau bouillie, à la dose de 3 à 5 centigrammes par animah.
En Russie, les cultures sur pommes de terre sont râclées, et la bouillie est additionnée de 9 parties d'eau en poids, ou mieux d'eau glycérinée à 5 "/„. Après 24 heures on stérilise à l'autoclave à 110° pendant 15 minutes, puis on liltre sur bougie de biscuit. La liqueur est concentrée au bain-marie jusqu'au quart du volume primitif, enfin additionnée de glycérine pure et neutre (1/3 du poids du liquide réduit.)
Pour conserver cette malléïne on la stérilise une seconde fois, un quart d'heure, à 110°.
La morvme de Babès s'obtient au moyen de cultures pures en bouillon de cheval; on additionne les liqueurs, après filtration sur biscuit, d'un mélange d'alcool et d'éther ; la morvine se précipite; on dissout le précipité dans l'eau et on le dialyse. On sèche enfin sa solution dans le vide à 40°. Pour s'en servir on dissout la poudre dans 200 fois son poids d'eau stérilisée. Trois à cinq milligrammes suffisent pour un cheval.
Lorsque aux liqueurs de culture filtrées du bacille de la morve on ajoute ainsi de l'alcool concentré ou éthéré, la matière active qui se précipite entraîne en même temps une foule d'impuretés; mais la malléine peut être obtenue de plus en plus pure en rejetant les premiers dépôts qui se forment, et recueillant ceux qui se produisent ensuite.
La substance ainsi préparée, riche en sels, très peu dialysable, répond aux caractères généraux de toutes les toxines. Elle ne s'altère que très lentement à 100°.
1. Ueber die praktische Dedeutung des trockenen Malleïns. Deutsche Zeitschrift fur Thiermedic, t. XIX, 1893, p. 437, et t. XX, p. 223.
MALLÉÏNE.
La malléine injectée aux animaux produit chez eux la diaphorèse en actionnant les centres sudoraux^
Comme la tuberculine pour la phtisie, la malléine est devenue un agent très précieux, permettant de diagnostiquer la morve commençante. Chez les animaux déjà atteints, ne fût-ce qu'à un minime degré, la réaction thermique ne manque jamais lorsqu'on les soumet à Faction de un quart de centimètre cube de malléine brute. La température centrale s'élève chez eux de à 2°, S, et plus, au-dessus de la normale. Cette élévation de température, déjà notable 8 heures après l'injection, atteint son maximum vers la 12° heure. La fièvre et la prostration persistent 36 à 48 heures. Chez les chevaux sains, au contraire, l'injection de malléine, même à doses beaucoup plus fortes, reste sans effet apparent; leur état général n'est pas modifié. MM. Wladimiroff et Flemmer ont toutefois remarqué que les chevaux atteints déjà depuis longtemps de morve étendue, donnent une réaction souvent moins prononcée que les chevaux chez qui la maladie commence à peine ^
M. Arloing a établi que les produits de culture du pneumohacillus liquefaciens bovis pouvaient être substitués à la malléine comme moyen révélateur de la morve latente. Cette toxine, à la façon de la malléine et autant qu'elle, élève la température chez les animaux morveux ^
Les chiens qui reçoivent dans les veines du virus de morve en faible quantité à la fois peuvent ainsi être vaccinés contre cette infection. Si ce virus au lieu d'être injecté
1. Cadiot et Roger, Compt. rend. Soc. biolog., 1893, p. 770, et Ai'ch. de méd. expér. Straus, 1892, p. 4b2.
2. Sur la sensibilité des animaux àla toxine de la morve, A.Wla.dimi- ROW, Arch. des sciences biolog. de Saint-Pétersbourg, t. IV, p. 30 (1895).