‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 24 sur 213 · III. — Monamines aromatiques · texte numérisé non relu

III. — Monamines aromatiques

Parmi ces ptomaïnes aromatiques à un seul atome d'azote on a signalé :

La pijridine, la collidine, la parvoline, la corindine, la phéiiyléthy lamine , la di/ujdrocollidine, la dihydrolutidine, la dihydrocorindine, bases que nous allons successivement étudier.

MOiNAMIMiS AIl(»MATIQUi:S NON OXYGÉNÉES.

Pyridinc cl autres bases de celle série.

Pyridine ClPAz. — La première de ces bases, la pyridine, a été signalée par Ilailinger dans l'alcool amylique du conimerce, qui en contiendrait O'^'jS pour 1000. Représente-t-elle un produit pyrogéné, ou plutôt, la plus simple des bases pyridiques se formant grâce à l'action des microbes sur les produits azotés qui accompagnent dans leurs fermentations les sucres de grains ou de pomme de terre? L'existence d'autres ptomaïnes pyridiques dans ces produits de fermentation et dans le vin lui-même, nous fait pencher pour la seconde de ces hypothèses. Les coUidine, parvoline et corindine ont été d'ailleurs directement extraites des produits de la fermentation bactérienne des albuminoïdes. Toutes ces bases appartiennent à la série pyridique. Leurs propriétés générales étant décrites dans tous les traités classiques de chimie complets, nous ne relaterons ici pour chacune d'elles que ce qui a Irait à leur origine spéciale, et à leurs propriétés physiologiques.

Collidine C^H" Az et isomères. — Une collidine a été signalée par Œchsner de Coninck, en même temps que la base homologue C'LP'^Az parmi les produits de la putréfaction de la chair de poulpe. Elle fut retirée de ces matières grâce aux méthodes indiquées par l'auteur de cet ouvrage. Œchsner démontra par l'étude de ses propriétés, et notamment par l'examen du produit principal de son oxydation, l'acide nicotianique, que cette ptomaïne appartient bien à la série pyridique. C'est un liquide jaunâtre, d'odeur âcre, très peu soluble dans l'eau, soluble dans les alcools éthylique et méthylique, l'éther, l'acétone. Sa densité est de 0,986.

LES PTOMAÏNIîS.

Cette base bout à 202% absorbe l'humidité de l'air, brunit et se résiniiie.

Son chlorhydrate forme une masse bien cristallisée, déliquescente, très soluble. Son chloroplatinate (G''Ii"Az,HGl)' PlCP est roux, soluble à chaud, à peine à froid. L'eau bouillante le transforme en chloroplatinite (G'H'*AzCl)'PtGP très peu soluble. Son chloraurate est un précipité jaune.

Gette substance et ses sels sont très vénéneux.

En 1876, Nencki, faisant fermenter durant quatre à cinq jours à 40° un mélange de 600='' de gélatine, 400^'' de pancréas de bœuf et dix litres d'eau, parvmt à en extraire par les méthodes ordinaires une base répondant à la formule G^ir'Az qu'il considéra comme une isophenyléthylamine / GH^

G^H^GHx ; Nencki admit plus tard que cette base

est de laphenylélhylamine*. C'est un liquide incolore, d'une odeur qui n'est pas désagréable, formant avec l'acide carbonique qu'elle attire un carbonate cristallisé lamelleux. Son chloroplatinate (G'H'^Az, HGl)^ PtCl* est en belles aiguilles applaties, très solubles à chaud, peu solubles à froid.

Nencki supposa que cette base dérive, par réduction, du dédoublement de la tyrosine avec perte d'acide carboniqfie :

C«H"AzO» = C02 + IPO + CH" Az

peut-être provient-elle de l'acide a-amidopropionique qui se forme facilement durant la putréfaction.

En 1883, Erlenmeyer et Lipp obtinrent par dédoublement de la phénylalanine une base en G^H"Az, qui paraît

1. Journ. f. prakl. Chem., N. F. 1882, t. XXVI, p. /.7 et Berichte, t. XXII, p. 701.

MON.VMINKS AROMATIQUES N(iN OXYGÉNÉES.

posséder la plupart des propriétés de celles de Nencki, ce qui fixerait sa formule. C'est ra-phényléthylamine :

\AzH^

Phénylalanine. a-Phénylélliylamine.

Nencki a retiré aussi de la gélatine putréfiée une hase fixe répondant à la composition G^tr'Az, ou plutôt à un polymère, douée d'une odeur nauseuse et d'un goût amer, base qui ne se confond pas avec la précédente.

La fermentation de la gélatine par un excès de pancréas donne naissance à des peptones, aux acides acétique et butyrique, à la leucine, à beaucoup de glycocoUe, d'ammoniaque, de tri métliy lamine, d'acide carbonique, mais pas à de l'indol. Ce n'est donc pas une vraie fermentation putride. La putréfaction de la gélatine ensemencée de quelques gouttes d'une culture d'albumine putréfiée donne de la neuridine, mais non la base de Nencki {Br ieg et-). C'e&l donc à tort que Nencki pense que cetle base est la première ptomaïne, ou base pulréfaclive, dont on ait reconnu la composition.

Parvoline G^H''Az. — La première ptomaïne chimiquement définie et analysée a été la parvoline GHl'^\z. Elle fut découverte par MM. Gautier et Elard eu 1881 dans la chair de scorabre et dans la viande de cheval abandonnées eu tonneaux pleins durant plusieurs mois d'été.

G'est une base huileuse de couleur ambrée, d'odeur de fleurs d'aubépine, bouillant un peu au-dessous de 200°, légèrement soluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool, dans l'éther et le chloroforme; brunissant et se résinifîant facilement à l'air. Son chloravrate est assez soluble ; son

LES PTOMAÏNES

chloroplatinate, peu soluble, confusément cristallisé, couleur de chair, devient rapidement rose et brun en s'altérant à Tair et à la lumière. Il se dissout partiellement à 100°.

Le point d'ébullition de cette base est à peu près celui d'un alcaloïde synthétique obtenu par Wange* en chauffant à 200° l'aldéhydate propionique d'ammoniaque : il est indiqué comme bouillant à 193-196°. La parvoline de putréfaction paraît avoir les mêmes propriétés. Elle est très vénéneuse.

Corindine C'°H'^Az. — Une base répondant à la formule d'une corindine, G^''H"^Az, a été retirée par Œchsner, en même temps qu'une collidine G*H"Az, des produits de la putréfaction de la chair de poulpe ^

C'est un liquide jaune, un peu visqueux, résinifiable à l'air, d'odeur peu agréable, bouillant vers 230°. Cette base est soluble dans l'alcool, l'éther et l'acélone, mais fort peu dans l'eau. Son chlorhydrate est en aiguilles déliquescentes très solubles. Son chloroplatinate forme une poudre rousse, insoluble dans l'eau. Par ébullition, il fournit le chloroplatinate modifié (C"H"AzCl)"PtGK

Celte ptomaïne ressemble au curare par son action physiologique : 0^'",012 de la base libre amènent chez la grenouille la dilatation des pupilles et la lenteur respiratoire. Cinq heures après, l'animal est complètement paralysé. L'excitabilité réflexe a disparu. La même quantité de base injectée sous la peau d'un pinson produit des vomissements, de la torpeur et de l'insensibilité au moins apparente.

Huit ans avant les recherches de Œchsner, Guareschi et

\. Monat. f. Chem., t. CXI, p. 693.

2. Compt. rend. Acad. sciences, t. CX, p. 1339 et t. GXII, p. 384.

MONAMINES AROMATIQUKS NON OXYf.KNÉKS,

Mosso' avaient, par les mélliodes de l'auteur de cet Ouvrajj^e, extrait de la fibrine de hœuC longtemps soumise à la putréfaction, une base qui répond aussi à la formule de la corindine CTP^Az. Elle forme une huile brune d'une odeur légère de pyridine et de conicine, très alcaline, se résinifiant rapidement à l'air, peu soluble dans l'eau. Elle donne immédiatement du bleu de Prusse avec le mélange étendu de perchlorure de 1er et de ferrocyanure de potassium.

Son chloroplatinate est un précipité couleur chair, cristallisé, insoluble dans l'eau, stable même à 100°; il répond à la formule {CTr^ Az, HGI)^PtCl''.

Cette base est accompagnée d'une autre ptomaïne de formule C'H^Az, dont on parlera plus loin.

La corindine de Guareschi et Mosso est-elle de l'éthylcollidine, ou, comme le pense Brieger, de la méth3dparvoIine ; et la base G*°H'''Az, qui se forme en même temps, répondelle à la constitution d'une vinylcoUidine ? C'est ce que les faits actuellement connus ne permettent pas de trancher.

Dihydrocollidine G" 11'=' Az.

Aux bases pyridiques précédentes se rattachent des bases dihydropyridiques qu'on rencontre généralement à côté d'elles et qui paraissent se produire grâce au pouvoir réducteur et hydrogénant très remarquable du milieu putréfactif. De ces bases hydropyridiques, la première connue fut découverte par l'auteur de cet Ouvrage en collaboratio:i avec M. Etard. C'est la dihydrocollidine CH^Az.

1. Arch. ilal. de Physiologie, 1883, et Journ. f. prakl. Chem. (2), t. XXVII. p. /<2o et XXVIII, p. 504.

LES PTOMAÏNES

Elle a été trouvée en 1881, en même temps que la parvoline, dans les produits de la chair de poisson ou de mammifères longtemps soumise à l'acLion des bactéries. C'est la ptomaïne volatile qui, dans ces conditions, se forme en plus grande abondance. Elle constitue un principe constant des fermentations bactériennes prolongées des matières albuminoïdes d'origine animale. En un mot, c'est l'un des produits basiques et toxiques définitifs du fonctionnement de celles de ces bactéries qui, dans les putréfactions, survivent à toutes les autres, grâce à leur vitalité et à leur résistance, quelle que soit d'ailleurs la nature de la matière albuminoïde animale qui fermente anaérobiquement.

La dihydrocollidine forme un liquide presque incolore, légèrement oléagineux, d'une odeur pénétrante et tenace de seringa. Elle bout vers 208° sans s'altérer. Sa densité à 0° est de 1,0296. Elle attire avec avidité l'acide carbonique de l'air et donne un carbonate cristallin. Même en flacon fermé, la base libre brunit lentement, devient visqueuse et perd peu h peu toute odeur.

Le chlorhydrate de cette base est très soluble dans l'eau et dans l'alcool. Il forme de fines aiguilles neigeuses. II est neutre, amer au goût. Un excès d'acide le colore en rouge èt le résinifie.

Son chloraurate est assez soluble. Il se réduit lentement à froid, rapidement à chaud.

Son chloroplatinate est jaune pâle, avec un léger ton de chair ; il est cristallin et peu soluble. Il se redissout à chaud et se prend à froid en aiguilles recourbées.

Une collidine en G'PP'Az a été rencontrée par M. Œchsuer

dans les produits poulpes. Une base répondant à cette

môme formule a été aussi extraite par Nencki des produits

MONAMINES AROMATIQUES NON OXYfiÈNÉES.

de la (ernienlalion pancréaliquo rie la ^61aline. Il nous paraît donc nécessaire de donner ici les analyses de Th^'drocollidine GMP'Az que nous avons obtenue, d'autant que Nencki pensa, au moment de notre publication, qu'elle pouvait être identique-à la base G'H"Az qu'il avait observée dans la fermentation pancréatique de la gélatine. Cette hypothèse n'est confirmée ni par la composition, ni par le point d'ébullition , ni par les autres propriétés, et en particulier, par la forme du chloroplatinate et la facile réduction du chloraurate de notre dihydrocollidine. Voici d'ailleurs les analyses du chloroplatinate de cette base :

G . . . 30,1 H... 3,8 Az... 9,7 PI . . . 29,1

Nencki fait remarquer que les deux premières analyses répondent mieux à une collidine qu'à une liydrocollidine; il peut se faire, en effet, que le produit provenant de lachair de poisson, contienne à la fois de la collidine et dé l'hydrocollidine. Mais l'analyse III (produit provenant de la chair du cheval) est correcte et répond bien à l'hydrocollidine G'H"Az. D'autre part, la base obtenue dans les deux cas jouit de propriétés qui la rapprochent si complètement de l'hydrocollidine obtenue par MM. Gahours et Etard en faisant réagir le sélénium sur la nicotine qu'il n'y a pas lieu de mettre en doute l'analogie de ces deux bases. Entre autres, le point d'ébullition de notre hydrocollidine.

Nombres trouvés '^^^^'^"'^ P"'^'" iNomures trouves (CsH'SAzJlCl)^ Pt Cl*

Page 1