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Bull. Soc. chim., t. XXXV, p

DIAMINES AROMATIQUES NON OXYGÉNÉES.

Merlusine G* II'- Az^

J'ai rencontré dans les huiles de foie de morue, et dans les foies eux-mêmes après qu'ils ont subi en tonneaux la fermentation spontanée nécessaire pour que l'huile vienne surnager, un certain nombre de bases que l'on peut séparer par divers moyens ^ Lorsque, comme je l'ai fait, on opère sur de grandes quantités, plusieurs centaines de kilos à la fois, et que par des procédés divers (voir p. bG et 58) on a séparé, des eaux acides qui les contiennent, l'ensemble des composés alcaloïdiques , par exemple en traitant leurs sulfates par de la potasse, il vient surnager une huile qu'on sépare en trois parties : l'une est facilement soluble dans l'éther; les deux autres, presque insolubles dans ce dissolvant, le sont dans l'alcool amylique. La solution amylique, traitée par un courant d'acide carbonique sec, laisse se séparer (avec du carbonate de potasse provenant de l'alcali qu'avait dissous en certaine quantité l'alcool employé) plusieurs bases qui se précipitent, tandis qu'une autre série reste dissoute. Cette dernière est, à son tour, agitée avec de l'eau légèrement acidulée d'acide sulfurique qui s'empare des bases ; l'acide est exactement enlevé à 70-80° par de la baryte, et la solution concentrée est purifiée par addition d'un peu d'acétate de plomb mêlé de sous-acétate. Le plomb étant chassé de la liqueur par l'hydrogène sulfuré, il se sépare et cristaUise par concentration une base oxygénée. Le résidu incristallisable est traité par une petite quantité

1 . Celte partie de mes travaux relative aux Bases des foies de morue, comprenant la description de la mériusine, de la nicomorhuine, de l'oxycollidine, de l'iiomomorliuine, etc., n'a encore jamais été publiée.

LES PTOMAÏNES

d'acide sulfurique suffisante pour saturer un peu de potasse qu'il contient encore et qu'on sépare en traitant par l'alcool absolu ; l'alcool distillé, on reprend par l'eau froide, on sature la liqueur par l'acide acétique et l'on concentre dans le vide. Il cristallise peu à peu, et très difficilement, un acétate dont on extrait la base libre en dissolvant ce sel dans un peu d'eau et ajoutant un excès d'alcali; l'alcaloïde vient surnager. On le redissout dans le chloroforme qu'on évapore, la base reste comme résidu.

C'est un liquide huileux, alcalin, un peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, très peu dans l'éther. Son acétate et son chloroplatinate sont cristallisés et solubles. Ses autres sels sont difficilement cristallisables. Cette base répond à la formule C^H'^AzS composition que Schroetter a déjà assignée à l'une des bases qu'il a rencontrées dans les eaux-de-vie de betterave.

Bases cycliques a trois atomes d'azote.

Parmi les nombreuses ptomaïnes que j'ai retirées de l'huile et des foies de morues par la méthode que je viens d'indiquer, en partie, à propos de la merlusine^ j'ai extrait deux triamines homologues, l'une G" H" Az^ la morhiiine, l'autre (u^W^ kz^ Vhoinomorhuine, qui jouissent de propriétés semblables.

Morhiiine G" H" Az' — Homomorhuine G^° H^' Az'.

La morhuine et l'homomorhuine se séparent de l'ensemble des bases de l'huile de foie de morue ; elles se rencontrent l'une et l'autre dans la partie soluble dans l'éther {Voir plus haut). Ce dissolvant évaporé, les bases qu'il a dissoutes restent'

TRIAMINES AROMATIQUES NON OXYGÉNÉES.

comme résidu. On les divise en bases volatiles (butylamine, amylamine , hydrolutidine, etc.), qu'on sépare par dislillalion, et bases non volatiles. Gelles-ci reprises à leur tour par l'acide chlorhydriquc faible donnent un mélange de chlorhydrates qui, dissous dans un peu d'eau et traités par la potasse, forment une huile très épaisse venant surnager. Klle est essentiellement composée de deux bases qu'on sépare en dissolvant cette huile dans l'éther rectifié et faisant passer un courant d'acide carbonique sec; il précipite un alcaloïde remarquable, la nicomorhuine G^°H^*Az*, tandis que la morhuine et l'homomorhuine G*' H" Az' et H''* Az' restent en solution. On précipite ces dernières au moyen de l'acide tartrique dissous dans l'éther, ou bien, après évaporation de l'éther, on les fait passer à l'état de chloroplatinates qu'on sépare par fractionnement.

Morhuine G^PP'Az^ — La morhuine mise en liberté, par la potasse, de son bitartrate cristallisé est redissoute dans l'éther qui, par évaporation, la laisse à l'état libre. Elle constitue une huile très épaisse, presque solide, jaunâtre, d'une odeur douce rappelant un peu le seringa et les ptomaïnes ordinaires de la série hydropyridique. Elle surnage à l'eau dans laquelle elle se dissout très sensiblement. La morhuine est soluble dans l'alcool et dans l'éther. Elle est alcaline et cautérise fortement la langue; elle attire lentement l'acide carbonique de l'air.

Cette base précipite l'oxyde de cuivre de ses sels, mais sans le redissoudre ni donner de bleu céleste.

Son chlorhydrate cristallise en groupes étoilés formés d'aiguilles incolores terminées par des pointements aigus. Quelques cristaux présentent des faces courbes, comme celles de pierres à aiguiser. Ge sel est très déliquescent.

LES PTOMAÏNES

he^chloraurate de morhuine forme un précipité jaune peu soluble, facilement réduit à chaud.

La chloromercurate est soluble dans l'eau.

Le chloroplatinate assez soluble s'altère rapidement à chaud. Il cristallise en aiguilles microscopiques barbelées, et en masses arrondies.

L'iodure double de mercure et de potassium précipite en blanc le chlorhydrate de morhuine.

Homomorhuine G^'H^^Az'. — Elle accompagne la base précédente dont elle reproduit les principales propriétés. L'homomorhuine paraît être plus abondante que la morhuine dans les cellules hépatiques mêmes, mais moins abondante peut-être dans l'huile de foie de morue.

C'est une base huileuse très épaisse, de couleur jaune brun, non volatile, d'une odeur douce presque agréable, un peu soluble dans l'eau à laquelle elle communique son alcalinité. Elle forme des sels bien cristallisés, généralement déliquescents. Son chloroplatinate, jaune un peu couleur brique, est assez soluble dans l'eau, surtout à chaud. Il répond à la formule (G^° H^» Az^ H Gl)^ Pt CA\ formule qui indique que surles trois atomes d'azote, un seulement fait fonction d'azote ammoniacal saturable par lés acides.

La morhuine mêlée à l'homomorhuine forme plus du tiers de la totalité des bases de l'huile de foie de morue. Une cuillerée à bouéhe de cette huile, brune ou foncée, en contient environ 2,2 milligrammes, ce qui correspond à 3 milligrammes à peu près de chlorhydrate. Ces quantités sont loin d'être négligeables étant donné l'activité remarquable de cet alcaloïde. Les bases de l'huile de foie de morue ne sont pas ou fort peu toxiques, mais elles possèdent dés propriétés diurétiques et diaphorétiques très marquées. Ce

112 TÉTMMINKS AHOMATIQL'KS NON OXYGÉNÉES.

sont de puissants stimulants de la désassimilation dont les effets se traduisent par une urination très abondante et une augmentation tout à fait remarquable de l'appétit. Un cobaye du poids de 235 grammes, qui avait reçu par injection intramusculaire 29 milligrammes de morhuine à l'état de chlorhydrate, urina cinq fois en 2 heures et ,12 minutes. Il avait ainsi perdu par la peau et les urines 12 grammes de son poids quoiqu'il eût mangé avidement. Un homme qui aurait fonctionné proportionnellement aurait donc perdu, dans ce court espace de temps, 3872 grammes, sous forme d'urine ou de sueur. Or, Ton sait qu'un adulte excrète au plus 1 400 grammes d'urine par 24 heures et que le cobaye n'en donne pas davantage en proportion. Ces mêmes phénomènes d'excitation de l'appétit et de désassimilation puissante se sont produits chez l'oiseau.

Les propriétés diurétiques, diaphorétiques et excitantes de l'huile de foie de morue ont été signalées depuis longtemps déjà. L'action physiologique de la morhuine et de l'homoraorhuine explique en partie le mécanisme de ces effets»

Bases a quatre atomes d'azote.

Nicomorhuine G^" LP* Az\

Cette ptomaïne remarquable a été rencontrée, par l'auteur de ce livre, à côté des autres bases dans les foies de morue abandonnés à la fermentation pour eu extraire l'huile'.

1. Ces foies entassés dans des tonneaux, durant un mois et plus, abandonnent peu à peu leurs matières huileuses et les produits alcaloïdiques, peptoniques et autres provenant de leur propre autodigestion. Les huiles

LES PTOMAÏNES

Nous avons dit (p. 110), en parlant de la morhuine, comment on la sépare des bases solubles dans l'élher et volatilisahles, ainsi que de la morhuine et de l'homomorhuine..

La nicomorhiiine forme une huile solide qui, lorsqu'on veut la sécher et la distiller dans le vide, prend un aspect de colophane translucide à reflets légèrement verdâtres. Récemment mise en liberté , par un excès de potasse , de la solution dans l'eau de l'un de ses sels, elle a l'aspect d'une huile épaisse, claire, jaune brun, adhérant aux vases de verre, légèrement soluble dans l'eau, d'une densité presque égale à 1, d'une odeur mielleuse, mais rappelant, surtout à chaud, l'odeur affaiblie de la nicotine et du tabac. Un litre d'eau légèrement potassique en avait dissous près de 6 grammes qu'on a pu de nouveau recueillir en agitant cette solution avec de l'élher.

Cette base répond exactement à la composition de la nicotine C'II'^Az^ mais l'étude de ses sels, en particulier de son choroplatinale, et ses propriétés physiques démontrent que cette formule doit être doublée, et que cette ptomaïne répond à G^^H'^^Az*.

En raison de son apparence^ de son odeur légère de nicotine, de sa composition identique à celle de cette base, enfin de son origine, j'ai donné à cette ptomaïne singulière le nom de nicomorhiiine.

La nicomortfuine est modérément vénéneuse; mais son action physiologique (que je désire étudier comparativement avec celle de la nicotine et d'autres bases que j'ai retirées du tabac et qui paraissent, comme la morhuine, isomères

viennent peu à peu surnager après avoir dissous une partie des alcaloïdes formés. La matière ainsi conservée ne prend, même par les temps chauds, aucune odeur putride, du moins tant que l'huile surnage. L'embarriquage avait été fait en mars aux îles Lofoden.

T)I AMINES CYCLIQrES NON OXYf.ÉNl-ES.

de la nicotine) S demande des recherches et des développements qne je ne suis pas en mesure de présenter encore à celte heure.

Le chlorhydrate de nicomorhuine forme de belles lames nacrées, brillantes, ou de jolis cristaux très réfringents, amers, qu'on obtient en saturant exactement la base par l'acide chlorhydrique affaibli, puis évaporant dans le vide. Un excès d'acide l'altère rapidement. On peut laver ce sel à l'alcool éthéré. Ce chlorhydrate, très soluble dans l'eau, n'est pas sensiblement déliquescent.

Le cJiloroplatinale est floconneux, rouge brique, insoluble dans l'eau. L'analyse lui assigne la formule G^"H^"Az^Pt Cl" ou G^»H2''Az'',2HGl,rtGl% qui montre : 1" que la base répond bien à la formule G^"ff*Az\ double de la nicotine ; 2° que, quoique possédant quatre atomes d'azote, cette substance se comporte comme une diamine où entrent 2AzH ou 2AzH- saturables par l'acide chlorhydrique et le chlorure de platine. Nous avons constaté un fait analogue pour la morhuine.

La nicomorhuine s'unit à l'acide carbonique.

1 . J'ai observé depuis longtemps, dans une suite de recberches'encore iiiéilites, que la nicotine des divers tabacs est toujours accompagnée de bases bouillant à une température supérieure <à 210» et même ne pouvant plus être distillées dans le vide à cette température. Ces bases, toujours en très faible quantité dans les tabacs, sont solides, et donnent des sels, en particulier des chloroplatinates insolubles, qui rappellent tout à fait ceux de nicomorhuine. Mais ce qui est très remarquable, c'est que l'analyse de ces produits, bouillant tous au-dessus du point d'ébuUition de la nicotine qu'ils accompagnent, m'a toujours donné la formule brute C^" Az^. En un mot ces bases sont des polymères de la nicotine, et il serait possible que parmi elles on trouvât la nicomorhuine elle-même.

LKS PTOMAÏNES.

Asellinc G^'^IP-Az'.

Lorsque de l'ensemble des bases de l'huile de foie de morue l'on a séparé les bases distillables, il reste un résidu brun qui contient les morhuines et la nicomorhuine que l'élher enlève. Le résidu, peu soluble ou insoluble dans ce dissolvant, très épais, Comme résineux, constitue en grande partie une base nouvelle que nous avons nommée aselline, du nom latin asellus major qu'on a donné à la grande morue. Pour obtenir l'aselline pure, on dissout la base brute dans l'acide chlorhydrique ims trop affaibli et un peu tiède , on sature presque l'acide par le carbonate de soude, et l'on ajoute da chlorure de platine qui précipite un chloroplatinate couleur brique. On décompose ce corps, en suspension dans l'eau à 100% par l'hydrogène sulfuré, on filtre à chaud, et par addition d'un peu de soude, on précipite enfin la base de son chlorhydrate. Il se forme ainsi des flocons blancs d'une substance amorphe qu'on laisse déposer dans un vase étroit , à l'abri de la lumière qui la jaunit légèrement. On siphone la liqueur alcaline surnageante, on lave rapidement la base sur un filtre sans plis à l'eau glacée, car elle est un peu soluble, et on l'essore dans le vide sur biscuit de porcelaine.

L'aselline se présente alors sous forme d'une masse amorphe, blanc grisâtre, non hygrométrique, d'une densité de 1,03 environ. Elle jaunit à l'air et à la lumière. A froid, elle n'agit pas sensiblement sur l'odorat. Lorsqu'on la chauffe, elle fond eu un liquide brun épais, d'une odeur aromatique douce. Elle est un peu soluble dans l'eau à laquelle elle communique une saveur légèrement amère

lie

DIAMINKS CYCLIQUKS NON OXYGÉNÉES.

el une faible alcalinité. La potasse en excès la précipite de sa solution aqueuse. Cette ptomaïne, un peu soluble dans l'éther, se dissout très bien dans l'alcool.

L'aselline forme, en s'unissant aux acides emploj'-és avec ménagement, des sels solubles et cristallisables que l'eau dissocie partiellement, surtout à chaud, en précipitant une partie de la base.

L'acide sulfurique concentré la colore en rose, puis la brunit.

Le chlorhydrate d'aselline cristallise en petits cristaux croisés en X, ou enchevêtrés , assez amers.

Le chloraurate, couleur acajou, peu soluble, se dissout difficilement à chaud en se décomposant et laissant de l'or métallique.

Le chloromercnrate forme un précipité blanc, assez soluble, qui par refroidissement de la liqueur, se réunit en masses cristallines confuses.

Le chloroplatinate est jaune un peu orangé ; il se dissout à chaud en s' altérant.

Lorsque l'aselline est restée quelque temps sous l'eau, à la lumière diffuse, elle jaunit et verdit légèrement ; si on la dissout alors dans l'éther, on obtient une solution verdâtre qui, par évaporation rapide du dissolvant, laisse un résidu huileux vert foncé redevenant jaune par la dessiccation. L'acide nitrique l'oxyde , et le résidu traité par la potasse se colore d'une façon intense en rouge acajou.

L'aselline forme à peine la 15° partie de la totahté des bases qu'on extrait de l'huile de foie de morue. Elle paraît assez active. A petite dose, elle produit des troubles respiratoires, de l'anhélation et de la stupeur. A doses plus fortes, apparaissent des convulsions quipeuvent être suivies de mort.

LES l'ÏOMAÏNES>

Base d'Osé)' G''H-"Az\

' En 1868, alors qu'on ne connaissait pas encore les alcaloïdes bactériens, J. Oser eut le mérite de remarquer que dans les produits de la fermentalion du sucre pur par la levure de bière fraîche , on rencontre un alcaloïde non volatil, bien défini, répondant à la composition G'^H-*'Az\ Oser fit observer avec raison que, ne préexistant ni dans la levure, ni dans le sucre, cet alcaloïde doit se former aux dépens des matières azotées du ferment et se rencontrer par conséquent dans la plupart des liqueurs fermentées, telles que vins, bières, cidres, etc.

Les acides minéraux décomposent assez rapidement à chaud la base d'Oser. — Son chlorhydrate séché dans le vide se présente en une masse feuilletée blanche très hygroscopique , brunissant rapidement à l'air et douée d'une saveur brûlante, puis très amère. — Son chloraurate est en flocons jaunes peu solubles dans l'eau froide passant peu à peu à l'état cristallisé \

Scombrine Çj'^W^k'à.

Dans les eaux-mères du chloroplatinate de l'hydrocollidine provenant de la fermentalion bactérienne de la chair de poisson (et particulièrement du scombre que j'avais surtout employé dans mes recherches avec M. Etard), se trouve un chloroplatinate plus soluble que celui d'hydrocollidine, cristallisant en aiguilles jaunes, un peu couleur de chair.

1. Journ. f. pmkl. chcm., t. CIII, p. 192, et Bull. soc. c/iim., 2» série, t. X, p. 295.

DlAAilNES CYCLIQUES NON OXYGÉNÉES.

On peut le dessécher dans le vide sans décomposition. Lorsqu'on veut porter ce sel à 100°, il se décompose lentement en émettant l^odeur de seringa de la base libre. Ce chloroplatinate répond à la formule (C'Ur''AzS 2HGl)PtCr\ — C'est encore une base à quatre atomes d'azote dont deux seulement sont doués de propriétés alcaloïdiques.

OHAPITEE SIXIÈME Ptomaines oxygénées ou sulfurées.

A côlé des bases non oxygénées qui précèdent, on a souvent signalé dans les produits de la fermentation bactérienne des matières animales des bases diverses contenant de l'oxygène. Avant ces recherches, quelques-unes étaient déjà connues et avaient été observées ou artificiellement produites : la choline^ la névrine, par exemple; d'autres sont nouvelles, et c'est la majeure partie. Nous ne ferons l'étude toute particulière que de ces dernières, nous bornant pour les autres, dont on trouve les descriptions dans tous les livres classiques, à signaler les conditions où elles se produisent, et, lorsqu'il y aura lieu, leurs principales propriétés physiologiques.

Nous diviserons ces bases oxygénées en :

(a) Bases névriniques ou dérivées de ces bases ;

(b) Bases aromatiques oxijgénées ;

(c) Bases de constitution inconnue.

Nous ne comprenons pas parmi ces bases les acides amidés basiques, tels que le glycocolle, l'alanine, la leucine, etc., que nous renvoyons au chapitre suivant.

a. Bases névriniques ou dérivées de ces bases.

Les bases névriniques, ou qui se rattachent à la névrine et à ses homologues, que l'on a rencontrées dans les produits

IM PTOMAÏNKS OXYGÉNÉES — SÉHIE NKVlUNIQUE.

de fermenlalion pulride sonl : la névrinc C*H"AzO; la choline C»ir^AzO'; la miiscarine G"^ 11'=' AzO^' ; la inilylotoxine G* H'" Az 0' ; les bases iïinommées en G' H'' Az 0- ; la betaïne G*H"AzO^ la r/adinine Q?W*kzO^ et la mijdatoxine G^W^ kz''0.

Névrine G* H" Az 0.

On sait qu'il existe dans le tissu nerveux, le cerveau, les globules rouges et blancs, le jaune d'œuf, le sperme, etc., comme dans la plupart des graines végétales, une substance complexe très remarquable découverte par Gobley, en 1846, et nommée par lui lécithine. Gette matière, dont on a distingué plus tard de nombreuses variétés, paraît elle-même faiblement unie aux principes albuminoïdes , surtout dans le tissu nerveux, sous forme d'un composé très complexe et mal défini qu'on a nommé le protagon.

Ce protagon et cos lécithines sont très répandus dans les tissus animaux, et d'une extrême instabilité : sous l'action des réactifs hydratants, ou sous celle des bactéries, le protagon se détruit, la lécithine qui en provient s'hydrate ellemême et se détriple en trois produits, savoir : des acides gras (acides oléïque, margarique , stéarique, etc.) ; l'acide phos-

phoglycérique . ^çy^^y ^t la choiinc G«IP«AzO^

ou quelquefois d'autres bases. Ges trois substances réunies en une seule (avec perte d'eau) constituent la lécithine. La variété des acides gras entrant dans sa constitution (Diakonow) et la différente nature des bases qui peuvent dans certains cas remplacer la choline {Voir plus loin, p. i2o,

LES PTOMAÏNES

Note) expliquent 'qu'il puisse exister un grand nombre de lécilhines.

Laissant de côté les acides gras et l'acide phosphoglycérique formés par détriplement de ces lécithines, nous ne nous occuperons ici que de la base, ou des bases, qui se forment au cours de cette décomposition.

La principale paraît être la choline, base déjà trouvée dans la bile, par Strecker, bien avant la découverte du protagon et des lécithines, et à fortiori, des ptomaïnes. C'est de cette origine biliaire que lui vient son nom. Ce qui caractérise cette substance, outre ses propriétés basiques, c'est son instabilité; sous diverses influences, l'action des acides", des alcalis, l'élévation de température de ses solutions, le contact de diverses bactéries, etc., la choline C^H'^AzO- peut se déshydrater et produire une base nouvelle G^H'^AzO, qui en diffère par H^O en moins, alcaloïde qu'on a retrouvé, avec la choline, dans les produits de décomposition des lécilhines cérébrales par les acides et par les bases et que, pour celle raison, on a nommé névrine\

D'après les recherches de Liebreich (1869), le protagon cérébral tout à fait pur, chauffé vingt-quatre heures avec de

1. Tel est le résumé des expériences de Gram et de Schmidt et Weiss (1887) : la choline sous l'action des acides à chaud, ou des bactéries, paraît se déshydrater et donner de la névrine. Il faut dire cependant que Brieger n'a pas réussi à observer cette transformation. Il est certain que le plus souvent la choline est accompagnée de névrine, quelle qu'en soit l'origine; ce qui signiiie, ou que la seconde vient de la première, ou qu'il existe des lécithines à choline et d'autres à névrine-. Les expériences de Liebreich, que nous rappelons dans le texte, semblent donner raison à cette seconde hypothèse. La choline et la névrine paraissent donc se former contemporairement par destruction de lécilhines correspondantes. Telle est la conclusion qui semble définitive, et la raison des variations qui ont eu lieu relativement à ces noms de névrine et de choline. La névrine commerciale est un mélange de névrine Gn-I»^AzO et de choline GMIi^AzO'.

PTOMAÏNKS OXYGÉNÉES —

SÉKIE NÉVBINIQUE,

l'hydrale de baryte, ne donnerait, en se dédoublant, que de la ncvrine GMP'AzO ou hydrate de trimétliylvinylammonium.

On voit, d'après ce qui vient d'être dit, que c'est des lécilhines que tirent leur origine à la fois la choline, dont nous parlerons plus loin, et la névrine de Liebreich et de Brieger. Ce dernier l'a signalée dans les produits extraits de la viande putrétiée. Elle y existe, accompagnée d'autres bases qui en dérivent ou s'y rattachent par analogie, surtout au bout du septième ou huitième jour ; plus tard elle tend à se décomposer à son tour et à disparaître.

Il suit de là que ces bases, névrine et chohne, et probablement leurs homologues et leurs dérivés, ne paraissent pas provenir, comme la plupart des autres ptomaïnes, de la décomposition directe des matières albuminoïdes ordinaires par les bactéries. Ce sont des produits immédiatement issus des lécilhines préexistantes ou des protagons. Elles se forment par simple dédoublement de ces substances, sous l'action des ferments solubles sécrétés par les microbes aérobies ou anaérobies et sans qu'interviennent l'absorption et la digestion des matériaux proléiques par les bactéries. Aussi ne faut-il pas être trop surpris de l'observation faite par Brieger, et contraire, comme il le fait remarquer, aux idées de Pasteur, que ces bases névriniques se retrouvent en plus grande quantité lorsque les matières putrescibles sont largement exposées à l'air qu'on renouvelle. Cette observation s'explique, en efiet, suffisamment, sans qu'elle contredise l'opinion de Pasteur, si Ton remarque que les bases de Brieger, dont la plupart appartiennent à la série névrinique ou aux séries analogues, ne sont pas nécessairement des produits sécrétés par les microbes anaérobies et qu'elles se produisent pour ainsi dire en dehors d'eux.

LES PTOMAÏNES

La névrine C^H'^AzO a été rencontrée, disions-nous, par Baeyer, à côté de la choline C^ir^AzO^ parmi les produits du dédoublement des lécilliines par l'hydrate de baryte. Marino Zucco en a extrait aussi une quantité sensible des capsules surénales et du jaune d'œuf. Elle a été signalée par Brieger, en 1887, dans les produits putréfiés de la chair des mammifères, vers le 5° ou le G" jour; elle est accompagnée d'autres bases, entre autres de neuridine et de muscarine.

On sait que Baeyer a démontré que la névrine constituait

l'hydrate de trimélhylvinylammonium (G H")* \ o H

G'est une base liquide sirupeuse très alcaline. Une baguette trempée dans l'acide chlorhydrique fume si on l'en approche. Elle est très soluble dans l'eau à laquelle l'éther, l'essence de pétrole, le chloroforme, et môme l'alcool amylique, ne l'enlèvent que difficilement et en faible proportion.

Ses solutions aqueuses diluées ne se décomposent pas à l'ébullilion ; concentrées, elles donnent un peu de trimé- Ihy lamine.

Le chlorure de névrine G« H'^Az Gl (ou G^ H AzO + II Gl-H' 0) cristallise en aiguilles fines et brillantes très hygroscopiques. Son chloraurate est en prismes aplatis solubles dans l'eau chaude. Son chloroplatinate forme de beaux octaèdres peu solubles à froid, propriété qui permet de distinguer et de séparer cette base de la choline'.

Tous les réactifs des alcaloïdes agissent sur la névrine comme sur cette dernière base ; mais le tanin qui ne pré-

1. Brieger dit que, parmi ces cristaux, il en est d'hydratés et d'autres qui ne le sont pas. Liebreich assure que, cristallisés dans l'alcool et abandonnés à l'air, ils se changeraient partiellement en choline.

PTOMAÏNES OXYGÉNÉES

— SÉRIE NÉVRINIQUE.

cipilG pas la clioline, donne avec la névrine un précipité blanc grisâtre volumineux.

La névrine et ses sels sont extrêmement vénéneux; ses efiets ont été surtout observés par Brieger. Les chats sont les plus sensibles, les lapins, les souris et les cobayes le sont beaucoup moins. Il y a des différences entre les diverses classes d'animaux relativement à l'intensité des symptômes, et ces difiérences sont profondes. Chez le lapin, l'absorption par la peau de 0'^'',005 de chlorhydrate de névrine produit aussitôt l'humectation des narines, suivie de mouvements de mastication et de déglutition, avec sécrétion d'une salive si visqueuse qu'elle tombe des coins de la bouche sous forme de fils; elle devient ensuite plus fluide, alcaline, et persiste jusqu'à la mort de l'animal. En même temps que celte salivation spéciale, il se fait une sécrétion assez abondante de larmes et de mucus nasal. Les pattes antérieures se couvrent de sueur. La respiration augmente de fréquence et de force dès le début; la tête se renverse en arrière, la bouche et les narines s'entr'ouvrent; la dyspnée change peu à peu de caractère, la respiration devient irrégulière, superficielle, et enfin le nombre des inspirations diminue et l'animal expire.

Du côté de la circulation, dès que l'injection a eu lieu, les contractions cardiaques s'accélèrent; le pouls ne peut bientôt plus se compter, puis le nombre des pulsations tombe, aussi bien que la pression sanguine; les battements du cœur, très forts d'abord, perdent de leur énergie et s'affaiblissent progressivement jusqu''à ce que, dilaté et tendu, cet organe s'arrête subitement en diastole. La ligature du pneumogastrique pratiquée sur l'animal intoxiqué n'influence plus le cœur.

LES PTOMAÏNES

A la suite de l'injection, les pupilles présentent souvent (et dans tous les cas chez le chat), du rétrécissement. Ce phénomène est à peu près constant si le chlorhydrate de névrine est instillé dans l'œil.

Les intestins sont le siège de violents mouvements péristaltiques, qui occasionnent des évacuations multiples, d'abord consistantes, puis liquides, souvent avec émission d'urine et de sperme.

La rate est fortement contractée. Rien n'a été observé de remarquable ni sur la vessie, ui sur l'utérus.

Ce n'est qu'en injectant des doses mortelles qu'on voit survenir des convulsions cloniques suivies de mort rapide.

Dans l'intoxication à doses modérées, la marche devient chancelante, mal assurée ; les animaux, comme altérés, tombent dans un collapsus complet.

L'atropine paraît être l'antidote de la névrine ; mais la réciproque ne semble pas se réaliser.

Administrée par l'estomac, la névrine agit comme par la méthode hypodermique; il faut seulement employer des doses au moins décuples.

Choline G^ff«AzO^

Nous avons dit (p. 121) que la choline est accompagnée de névrine dans les produits de dédoublement des lécithines par les acides ou les alcalis ^ La choline a été trouvée, en

1. On sait que les lécithines sont répandues dans beaucoup de tissus et de cellules chez les animaux, et en particulier dans le tissu nerveux, les globules rouges et blancs, etc. Elles existent aussi chez les végétaux : Hoppe Seyler les a signalées dans la levure ; on les a trouvées dans le lupin, dans les farines de froment, les graines de moutarde, la plupart des légumineuses, beaucoup de racines, entre autres celles de

PTOMAÏNES OXYGÉNÉES — SÉRIE NÉVHINIQUE.

1802 par Strecker rlans la bile du porc et du i>œuf; depuis onTa signalée dans le sang, les muscles, les glandes, le jaune d'œnf. \Jammaiiitine ou agarUine , retirée par Lelellier de certains champignons (agaricus muscarins, boletm iuridm), n'est autre que de la clioline. Elle se confond avec la sinkaline, la bilinévrine et la névrine de Baeyer. La même base a été extraite de quelques graines : cotonnier, noix d'arec, trigonella, fenii grecum, vesce, pois, lentilles, lupin, etc. On la trouve dans l'ergot de seigle, les racines d'ipécacuanha, les fleurs de sureau, les extraits de belladone, à'acorus calamus, de scopolia du Japon ; en petite proportion, dans les mélasses de betterave, à côté

la betterave. Lippman {Berichie, t. XX, p. 3206) a romarqué qu'il existait divers groupes de lécithines : les unes sont aptes en se dédoublant, a donner des acides gras, de l'acide glycérophosphorique et des bétaïaes ; d'autres fournissent les deux premiers de ces termes, mais la bétaïne est remplacée par la névrine. Les deux cas peuvent se produire dans les racines de betterave, suivant l'échantillon qu'on examine. Dans l'agaric, on' a trouvé des lécithines dérivées de la choline, d'autres de la muscarine ; dans les moules vénéneuses , on trouve des lécithines fournissant de la mylilotoxine, d'autres des bétaïnes.

On ne saurait regarder, d'autre part, les lécithines comme l'unique source de la choline. Cette base peut exister dans les protoplasmas sous un état très compliqué : un exemple nous en est fourni par la sinalbine C^Hu A^z2S20'6 de la graine de moutarde blanche qui, sous l'action de la myrosine, ou ferment de la moutarde, se dédouble d'abord en glycose, sulfate acide de synalbine et isosulfocyanate d'orthoxybenzyle :

G30 m Az2 S* 010= G« n»2 0*5 + G'6 H23 AzOS, SO* H» + C H' 0 • Az C S Sinalbine. Glycose. Sulfate acide de sinapine. Isosulfocyanate.

puis, à son tour, la sinapine elle-même s'hydrate et se décompose en acide sinapique et choline :

Qio H23 Az05 + H2 0 = C5 Az02 + G*' H'2 a'' Sinapine. Choline. Acide sinapique.

C'est probablement aux lécithines, ou corps analogues, qu'il faut rattacher les produits basiques obtenus avec les extraits alcooliques des farines par Lorabroso en 1871 , extraits d'où Brugnatelli et Zenoni retirèrent, par la méthode de Stas, en 1876, un alcaloïde qui provoquait des convulsions tétaniques.

LÉS PTOMAÏNES

de la bélaïne. Elle a été préparée par Baeyer, en 18G6, en faisant bouillir avec de l'eau de baryte l'extrait alcoolique de matière cérébrale. On en retire aussi de faibles quantités des liqueurs fermentées : vin, bière, etc. Enfin, et c'est ce qui nous la fait classer parmi les ptomaïnes, Brieger l'a rencontrée en petite quantité dans les cadavres humains conservés un ou deux jours seulement, ainsi que dans les cultures du bacille virgule de Kock, dans celle du vibrio proteus de Bocklisch, etc.

Nous rappellerons ici brièvement que la synthèse de la choline a été faite par A.Wurtz en unissant la monochlorhydrine du glycoi à la triméthylamine. D'après cette synthèse, la constitution de la choline répond à l'hydrate

/ C H" • G (OH) de triméthyloxéthylammonium (CH^Az \^ q jj

On a dit plus haut comment on sépare la choline, la névrine et la neuridine des produits putréfactifs. Brieger acidulé très légèrement l'extrait alcalin avec de l'acide chlorhydrique, filtre, sature l'excès d'acide, évapore la liqueur dans le vide et reprend le résidu sec par l'alcool. Le liquide filtré est additionné d'une solution alcoolique de sublimé : il se fait un précipité mercurique qui, après deux cristallisations, se présente sous forme d'aiguilles de chloromercurate de choline. En décomposant ce sel, à chaud, par l'hydro-

gène sulfuré, on obtient le chlorure (GPP)^Azy

\ Gl

Pour séparer la choline de la neuridine, on se sert d'acide picrique. Le picrate de neuridine se sépare immédiatement; celui de choline, plus soluble, ne cristallise que par évaporation. Le chloraurate de neuridine est aussi beaucoup moins soluble dans l'eau que celui de choline.

PTOMAÏNES OXYGÉNÉES —

SÉRIE NÉVRINIQUE.

Les cliloromerciirales de cadavérine et de putrescine sont très solubles.

La choline libre est une base énergique; elle est sirupeuse et très Roluble. Sa solution à 2 "/o dissoudrait la fibrine et l'albumine cuite. Bouillie mêlée de beaucoup d'eau, elle paraît se transformer lentement et partiellement en névrine en perdant IPO, comme nous l'avons dit plus haut; en solution concentrée, elle donne de la triméthylamine et du glycol.

Le chlorhydrate dp. choline est très déliquescent, il forme des aiguilles solubles dans l'alcool même absolu. Brieger puis E. Schmidt ont démontré que l'action de H Cl au bain-marie, prolongé plusieurs heures, ne change pas ce sel en chlorhydrate de névrine. Mais le dernier de ces auteurs aurait établi que cette réaction se produit facilement .sous l'inûuence des bactéries, l'infusion de foie, le sang dilué lui-même'. Mis à fermenter sous Taction d'un peu d'eau d'égout et à l'abri de l'air, ce chlorhydrate donne du gaz des marais sans hydrogène, de la triméthylamine, de l'ammoniaque, mais pas de névrine.

Le chloroplatinate [{m'f (G^ H*-OH) Az Cl]^Pt Cl* est soluble dans l'eau et insoluble dans l'alcool. Il est trimorphe : il cristallise en tables jaunes monocliniques ou rhombiques à six faces, en octaèdres jaunes, et en prismes clinorhombiques rougeâtres si l'évaporation est rapide. Il ne perd toute son eau qu'à 110° {Brieger). Il fond à 232-240°.

Le chloraurate de choline forme des aiguilles jaunes difficilement solubles dans l'eau froide.

1. Suivant V. Meyer, la base qui se forme ainsi serait non pas de la névrine, mais un alcaloïde qui paraît identique à celui qu'on obtient en faisant agir la triméthylamine sur le bromure d'allyle. 11 ressemble beaucoup à la pilocarpine.

LES PTOMAÏNES

Le carbonate est dimorphe en plaques et en longues aiguilles.

Avec le chlorhydrate de choline, les acides phosphotungslique, phosphomolybdique et phosphoantimonique donnent des précipités volumineux ; l'iodure mercurico-potassique, un précipité jaune cristallin ; le réactif de Bouchardat, un précipité brun abondant; le chlorure mercurique, un précipité blanc grumeleux , un peu soluble dans l'eau ; le tanin ne précipite pas.

Les agents oxydants, comme l'acide nitrique étendu, convertissent la choline en oxycholine ou muscarine G* H'^ AzO% bétaïne G'^H"AzO' et oxynévrine GMr^AzO'.

L'action toxique des sels de choline est assez faible : elle se manifeste, d'après Brieger, par des signes semblables à ceux que provoque la névrine, mais bien moins prononcés : 0^'',10 de choline équivalent à peu près à 0^'',S0 de névrine. Il se produit d'abord de la salivation, puis apparaissent la plupart des phénomènes décrits à propos de cette dernière base (p. 124). Il faut administrer seulement une dose relativement beaucoup plus forte, par exemple, injecter sous la peau d'un lapin O^',! de chlorhydrate de choline pour obtenir les mêmes effets qu'avec 5 milligrammes de névrine. Suivant Boehm, l'action paralysante de la choline serait analogue à celle du curare, mais cinq cents fois moins puissante. L'atropine suspend de la façon la plus remarquable les effets toxiques de la choline.

Muscarine G"* H'" Az 0'.

Cette base très vénéneuse a été trouvée par Brieger à côté de l'éthylidènediamine, de la neuridine, de la gadinine et

PTOMAÏNES OXYGÉNÉES

— SÉRIE NÉVRINIQUE.

de la triélhylamine dans les produits de la chair de poissons putréfiée. On l'avait extraite avant lui de Yagaricus muscarius où fausse oronge et de beaucoup de champignons vénéneux. Schmiedeberg et lïartnack l'ont obtenue artificiellement en oxydant la choline par l'acide nitrique : G" ir" Az 0' + 0 = G» H" Az 0^ La muscarine paraît répondre à la formule de constitution :

. /CH(OH):GH='.OH (GHr = Az(^^jj^ '

Pour la séparer des produits putréfactifs, Brieger, après avoir précipité leur extrait alcoolique par le chlorure mercurique pour séparer la choline et la névrine, reprend par l'hydrogène sulfuré la partie non précipitable pour enlever l'excès de mercure; il concentre la liqueur, après neutralisation par la soude, et traite le résidu sirupeux, repris par l'alcool, avec un excès de chlorure de platine. Le chloroplatinale de neuridine cristallise d'abord; le produit filtré contient les cliloroplatinates d'éthylènediamine, de muscarine et de gadinine; celui de muscarine, un peu plus soluble que celui d'éthylènediamine, cristallise après lui. Gechloroplatinate, décomposé par l'hydrogène sulfuré, donne le chlorhydrate correspondant ; par le sulfate d'argent on le change en sulfate qui par l'eau de baryte laisse la base libre.

La muscarine forme des cristaux déliquescents, incolores, répondant à la formule d'un hydrate d'ammonium G'*H'*AzO^-OH. Elle est très alcaline et attire l'acide carbonique de l'air. Elle est très soluble dans l'eau et dans l'alcool. Tous ses sels, sauf le carbonate, sont neutres. Son chlorhydrate G' H'' Az 0' GI est déliquescent. Il forme un chloroplatinale (G^i'^AzO'' Glj' PtCl*, 2H'0 en octaèdres bien

LKS PTOMAÏNES.

définis, peu solubles. Le cldoraiirale cristallise en aiguilles difficilement solubles.

La muscarine est très toxique : de petites doses de son chlorhydrate injectées au lapin déterminent une salivation et un larmoiement abondants, dé la contraction des pupilles, de la diarrhée profuse, des pertes séminales et urinaires. Les animaux succombent après de courtes convulsions. Le cœur s'arrête en diastole. L'atropine paraît être antagoniste de la muscarine.

Celte base accompagne la muscarine dans l'oxydation artificielle de la choline. Elle fut découverte en 1866 par Scheibler dans la betterave, et quelque temps après signalée par Liebreich dans les urines normales. Brieger l'a trouvée, en grande quantité, dans les moules vénéneuses ou non. Elle existe dans les graines du cotonnier, du Viscia saliva, du Lycium barbarum, du Scopolia atropoïdes. Elle paraît due à la décomposition d'une substance plus complexe, une lécithine, qui se dédouble en donnant de la glycérine, de l'acide oléïque, de l'acide phospliorique et de la bétaïne. On rappelle ici que l'on sait produire cette dernière base par synthèse, en traitant le glycocolle par l'iodure de méthyle dissous dans l'alcool méthylique en présence de potasse [Griess); ou encore, par l'action de la triméthylamine sur l'acide chloracétique :

On a donné le nom général de béta'ines aux bases constituées comme celles de la betterave, par exemple, à Yanliy-

Bélaine G^I-P'AzO'

(Cll=' : Az + CII^ Cl . CO^ H = CIP : Az

-l-HCl

132 PTOMAÏNES OXVOÉNÉES KT SÉRIH NÉVRINIQIJK . '

dride triéthylglycoligne (GMP)» Az ou à la

m('thylh(Haine (CIP)' Az (

Nous ne nous étendrons pas ici sur la bétaïne ordinaire C''II"AzO- + H^O qui est décrite partout ^ Elle forme des cristaux brillants volumineux, tombant en déliquescence à l'air, se déshydratant à 100°. Leur saveur est fraîche et sucrée.

I.e chlorhi/dmle forme de beaux cristaux tabulaires monocliniques, inaltérables, insolubles dans l'alcool pur. Le chloroplalinate (r/ir'AzO% HGl)^ PtCl*4-/i H^O est soluble dans l'eau; il s'effleurit à l'air. Le chloraurale, peu soluble à froid, se dissout très bien dans l'eau bouillante et cristallise en lamelles. Le chloromercurate est très soluble. La bétaïne forme avec le chlorure de zinc des cristaux microscopiques répondant à la formule G°H*'AzO^ZQCl^

L'acide phosphotungstique précipite le chlorhydrate de bétaïne; un excès de cet acide redissout le précipité. L'iodure de bismuth et de potassium donne un iodobismuthite roux ; l'acide iodhydrique iodé un périodure cristallin ; l'acide picrique des aiguilles jaunes. La bétaïne réduit lentement le mélange de ferricyanure de potassium et de chlorure ferrique étendus. Elle paraît sans action sur l'économie.

Acide homopipéridinique ou ^.amidovalérique G^H"AzO-.

Cette base, isomère de la précédente, a été trouvée par E. et H. Salkowski dans les produits de décomposition de

\. Pour son extraction de la betterave, voir Fruhling et Schûltzb {Bei-ichie, t. X, p. 1070); la même méthode peut permettre de l'extraire des résidus urinaires.

Ll£S PTOMAÏNES.

la fibrine et de la viande (1883). Elle est soluble dans l'eau, mais très difficilement dans l'alcool. Elle ne bleuit pas le tournesol. Elle cristallise en masses d'aiguilles étoilées et fond à loG". Elle ne précipite ni par l'acétate de cuivre, ni par le nitrate d'argent ammoniacal. Gabriel et Aschan' ont constaté qu'elle est identique avec l'acide o.amidovalériqxie de synthèse AzrP-GH-.CIP.GH'.GIi-.CO'H obtenu en faisant agir l'acide chlorhydrique concentré sur le phtalimidopropylmalonate d'éthyle. Son chloraurate fond à 86-87°. Cette base dissout l'oxyde d'argent, mais non l'hydrate cuprique, dernière réaction qui paraît indiquer qu'elle n'est ni un acide, ni même un acide amidé.

Son chlorhydrate C^H^'AzO^HCl est cristallisé, très soluble dans l'eau et dans l'alcool concentré.

Son chloroplatinate a donné à l'analyse des nombres correspondant à la formule (G^H'^^AzO^HGl)^PtGl'* qui ne correspond pas à la l^ase G^H"AzO^ Il peut se faire que le corps analysé contînt aussi la base G''H'^\zO" que le platine aura précipité d'abord.

La base de E. et H. Salkowski n'est pas vénéneuse.

Mytiloloxine G'^H'^AzO".

Cette base très toxique a été découverte par Brieger, à côté de grandes quantités de bélaïne, dans les moules vénéneuses On l'extrait de la chair de ces animaux en la faisant bouillir avec de l'eau légèrement chlorhydrique, évaporantlebouillon à consistance de sirop, l'épuisant par l'alcool,

■1. Bull. Soc. chim. (3« sér.), t. VI, p. 496.

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