Compt. Rend. Acad. Sciences, t. XCIV, p
2. Eu 1876, Nencki avait extrait du produit de la digestiou de la gélatine en présence du pancréas, une base répondant à la formule de la collidine C*H"Az. Mais cette intéressante observation, quoique faite par un auteur compétent, ne tranchait pas la question de la nature des ptomaïnes ou bases putréfaetives. Une digestion, même pancréatique, n'est pas une putréfaction, et Brieger a depuis démontré, d'ailleurs, en 1884, que par la putréfaction banale de la gélatine, il se fait de la'neuridnie C^H^Az^ et non de la collidine.
LES PTOMAÏNKS.
Depuis, divers auteurs oui repris celle élude : les uns, comme MM. Brouardel el Boulmy, OUo, Morrigia elBallistini,... au point de vue de la médecine légale; d'autres, comme Ncncki, E. el H. Salkowsky, Guareschi et Mosso, G. Pouchel, Œclisner de Coninck et surtout Brieger, au point de vue des diverses conditions de temps, de température, de ferments, etc. qui interviennent dans ces dédoublements des matières protéiques. Brieger, dans des recherches commencées vers 188S, et poursuivies avec toute la rigueur scientifique désirable, s'est surtout attaché à distinguer les alcaloïdes dus aux divers microbes pathogènes, et a fait connaître un grand nombre de ptomaïnes nouvelles. Je suis moi-même revenu sur ces bases au point de vue de leur classification, de leur séparation, de leurs origines diverses. J'ai étudié celles qui se forment dans certaines circonstances très spéciales, dans les foies de morue, par exemple, dont j'ai retiré de nombreuses ptomaïnes inconnues jusque-là, dans Tarome des fleurs, les venins de quelques serpents, les sécrétions et excrétions animales. De tous ces efforts est résulté non seulement un ensemble de connaissances nouvelles, mais des conceptions imprévues relatives à la physiologie des êtres unicellulaires ou supérieurs et à la pathogénie générale. La découverte d'un chapitre nouveau, celui des alcaloïdes d'origine bactérienne, s'est ajouté à l'histoire des alcaloïdes végétaux déjà connus. Chose inattendue, ces recherches ont ouvert aux efforts des chimistes purs eux-mêmes, des voies inexplorées. C'est ainsi que Yhydrocollidine que je retirais des matières putréfiées, a été la première base hydropyridique naturelle connue et classée à une époque oiî l'on ne savait pas encore préparer ces bases ; c'est ainsi encore que la cadavérine de Brieger
DÉCOUVF.RTE DKS PTOM.VÏNES ET DES LEL'COMAÏNES.
l'at reconnue comme olanl de la penlaméthylènediamine, base Ihéoriquemenl prévue, mais que l'on n'avait pas su encore préparer.
Ce n'est pas tout : comme je l'ai dit plus haut, j'ai montré, en 1882, que la production d'alcaloïdes par les bactéries vivant aux dépens des albuminoïdes n'était qu'un des côtés d'une vérité plus importante et plus générale, à savoir, la formation constante des matières alcaloïdiques dans les cellules et les tissus des animaux en plein fonctionnement physiologique*. J'ai nommé Imcomaïnes (de >.£uxa)[xa, blanc d'œuf), les bases qui se produisent au cours de la vie normale.
Cette formation d'alcaloïdes dans les tissus de l'animal vivant paraissait à cette époque si invraisemblable, que depuis longtemps plusieurs composés alcalins ayant cette origine étaient entre les mains des chimistes sans que personne sût interpréter ou généraliser ces premières observations. En 1849 déjà, Liebig avait découvert la créatinine dans les urines de l'homme et du chien. Mais il se laissa égarer par des idées préconçues. Il savait que la créai i ne qu'il avait le premier extraite du muscle à l'état normal produit la créatinine en perdant une molécule d'eau sous les moindres influences, et il crut suffisant de s'expliquer la présence dans les urines et humeurs de cette dernière substance en admettant qu'elle résulte de l'action des réactifs ou des sels des urines sur la créatiue musculaire. Liebig déclare d'ailleurs que la créatine ne possède aucune des propriétés qui caractérisent les bases organiques^. Cette substance n'est pour lui qu'un corps amidé.