‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 96 sur 213 · Comptes rendus Acad. sciences, t. CXXI, p · texte numérisé non relu

Comptes rendus Acad. sciences, t. CXXI, p

LKS TOXINKS.

comme dans toute action chimique, plus ou moins proportionnelle aux masses réagissantes».

Tout le monde sait que les ferments solubles sont rapidement atténués, puis détruits, par la chaleur, mais que le refroidissement, môme très intense, ne paraît pas les modifier sensiblement; il en est de môme des toxines. Les liquides virulents filtrés sur biscuit de porcelaine, perdent leur activité toxique immédiate entre /jÎj et 120°; beaucoup entre 4ÎJ et 80». Les venins s'atténuent entre 80 et 120". La virulence d'une émulsion de moelle rabique disparaît si cette moelle est portée une heure à 50°. Au contraire, des abaissements de température, de 20 à ,30 degrés, et plus, au-dessous de zéro, n'atténuent pas l'action des toxines ou des virus.

On sait aussi que les agents chimiques les plus divers, alcaloïdes vénéneux, acide cyanhydrique, chloral, chloro-

1. On ne saurait faire cependant une distinction absolue entre l'action des virus, des toxines, des zjanases et celle des médicaments chimiques minéraux ou organiques définis, cristallisés, en un mot, des agents toxiques ordinaires. En effet, d'une part, tout paraît démontrer que ceuxci agissent aussi indirectement par les centres nerveux, dans quelques cas par certaines cellules spéciales peut-être, tels que les globules blancs, qu'ils inlluencent électivement et qui, à leur tour, agissent directement sur la nutrition et sur les autres fonctions. C'est ainsi que le bromure de potassium, par exemple, agit comme un spécifique dans quelques graves maladies nerveuses en diminuant Vexcitomotriciié des cellules nerveuses centrales ; l'acouitine eu agissant sur la bulbe devient aussi un puissant modificateur de la vie organique, j'en dirai autant de la quinine, de l'iode, etc. L'action de ces médicaments, et de beaucoup d'autres, paraît donc indirecte ; ce sont des transformateurs de la nutrition dont l'influence se fait souvent sentir longtemps même après que l'agent chimique a disparu. Bien plus, à la façon des virus, ils ne paraissent pas agir immédiatement, mais seulement après un certain temps, une sorte d'incubation, qu'explique le mode indirect d'activité de ces modificateurs de la nutrition générale. Enfin on sait que pour les médicaments chimiques, comme pour les virus et les venins, il peut s'établir en chaque individu une véritable accoutumance.

MODE d'action DES TOXINES.

forme, nitrate d'argent, alcool en proportion sensible, etc., pourvu que ces agents ne précipitent ni n'altèrent chimiquement les substances agissantes, n'empêchent pas l'action des ferments solubles : il en est de même des toxines et des venins. D'après mes expériences sur le venin de cobra, le mélange fait d'avance avec ce poison des agents chimiques les plus variés (alcool, nitrate d'argent, sublimé, acide cyanhydrique, phénols, etc.) n'en entrave pas l'action. Le permanganate de potasse [Lacerda], le chlorure d'or, et les hypochlorites [Calmette), paraissent seuls efficaces. Il en est de même des toxines; on peut les précipiter par l'alcool, les laisser en contact avec lui durant plusieurs jours, les mélanger de chloroforme, d'acide cyanhydrique, de phénol, etc., la toxine, après qu'on en aura chassé ces agents chimiques, et même en leur présence, recouvrera ou conservera toute son activité. Au contraire, le permanganate de potasse, et peut-être le chlorure d'or et le sublimé corrosif, paraissent modifier l'action de beaucoup de liquides toxiques d'origine microbienne, par exemple, l'émulsion de moelle rabique.

L'analogie des toxines avec les diastases et les venins va plus loin encore. On sait que l'acidité ou l'alcalinité du milieu oii ils agissent rend efficace ou inactive la puissance des ferments. La pepsine ne digère la chair musculaire qu'en liqueur acidulée; un excès d'acidité minérale entrave son action; l'alcalinité du milieu la fait disparaître. La trypsine digère mal en solutions acides ; elle n'opère bien qu'en solutions alcalines. Il en est de même des venins et des toxines. J'ai observé que le venin de cobra, très actif en milieu acidulé, actif même en milieu légèrement alcalinisé par le carbonate de soude, perd désormais toute acti-

LKS TOXINES.

vile s'il a été placé un insianl en milieu rendu alcalin par une trace (1 %) de potasse caustique. Une émulsion de moelle rabique rendue nettement acidulé aux papiers réactifs par l'acide acétique, ou bien alcalinisée avec un peu de carbonate sodique, devient tout à fait inoffensive, môme à fortes doses. Ces observations nous montrent l'influence que le milieu oh elles agissent exerce sur l'action des toxines comparables encore à cet égard aux ferments solubles.

On a dit plus haut que les toxines, comme les venins, paraissent inoftensives quand on les introduit non plus sous la peau ou dans le sang, mais par le tube intestinal'. On avait pensé que ces substances étaient digérées et rendues ainsi inofîénsives. Il n'en est rien, du moins pour les venins. J'ai montré qu'introduit dans Testomac d'un chien, ou digéré à 28'' par du suc gastrique frais, le venin de cobra, loin de perdre son activité, semble, au contraire, acquérir une activité nouvelle. D'ailleurs, aucun des liquides digestifs ne possède une action marquée, soit m vitro, soit dans l'intestin, sur les toxalbumines végétales (abrine, ricine^).

Pour expliquer l'inuocuité des toxines prises par la voie intestinale on a, sans la démontrer, fait l'hypothèse qu'introduits par l'estomac les toxines ou venins n'étant absorbés que fort lentement, vu leur très faible dialysabilité, vaccinent ainsi peu à peu l'i'iconomie, riiabiluent à l'action du poison, ])ermettent aux antitoxines dont on parlera plus loin de se produire et de réagir contre l'empoisonnement. L'abrine, par exemple, très toxique, si elle est introduite sous la peau ou dans le sang, n'est j)as vénéneuse quand on

1. Il faut faire une exception pour les toxines du choléra, pour celle de la lièvre typhoïde et pour la ricine. •2. RÈPIN, Annriles Inslitut l'aitein\ t. XIX, p. o22.

AfODE d'action HKS TOXINES.

rintroduit dans l'estomac ou lorsqu'on la fait absorber par des instillations répétées sur la conjonctive qui ne laisse pénétrer que lentement ce poison dans l'économie'.

Cette explication n'exclut pas la remarque faite pour beaucoup de poisons que le foie et beaucoup d'autres organes glandulaires, et môme de simples tissus, retiennent les corps toxiques ou les éliminent on les oxydant. On a supposé que le foie, auquel on a reconnu d'abord la propriété de neutraliser certains poisons, devait cette propriété surtout à ce qu'il les éliminait par la bile. Mais ce mécanisme ne s'applique certainement pas à tous les toxiques; car, d'après les expériences de MM. Gourmont et Doyon, ainsi que celles de M. Guinard, les effets des poisons du pneumobacille ou de la diphtérie, introduits dans la veine porte ou dans Tune des veines mésentériques, sont non pas diminués, mais aggravés par le passage de ces toxines à travers la glande hépatique ■.

1. Cette explication ne s'appliquerait pas, en tous les cas, à la ricine, qui est très dangereuse même par la voie intestinale. Il faut remarquer encore ici que certains poisons minéraux, tels que les sels de bismuth, très toxiques s'ils sont introduits sous la peau, perdent toute toxicité quand on les donne par le tube digestif.

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