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CHAPITRE III

Résumé des effets physiologiques déterminés par les produits solubles du Pneumobacillus liquefaciens bovis

Si nous étudions tout d’abord les modifications apportées dans les grandes fonctions, enregistrées par la méthode graphique, nous voyons qu’elles sont considérables.

Deux phases bien distinctes se développent : une immédiate, à grand fracas, passant rapidement; la seconde, à plus ou moins longue échéance, produisant des troubles toujours progressivement s’aggravant, pour aboutir à la mort.

Que nous opérions sur le chien, animal réfractaire à la péripneumonie, ou sur le bœuf, excellent terrain de culture pour le 'pneumobacillus liquefaciens , les troubles sont toujours graves. — La seule différence consiste dans la quantité de poison injectée pour produire les phénomènes pathologiques. — Toutefois, il est intéressant de constater

que le chien, qui présente une immunité naturelle presque absolue au virus de la péripneumonie, éprouve des effets généraux graves sous l’influence de ses produits solubles. 11 constitue ainsi un terrain favorable aux élaborations intimes de leurs éléments diastasiques.

Chez tous nos animaux, une première injection de 2CC 5 de pneumobacilline dans la veine jugulaire a toujours déterminé, 30 à 40 secondes après, une chute primitive et brusque de la pression artérielle. On la voit atteindre des nivaux extrêmement inférieurs : 62 millimètres (exp. I et III) et même 48 millimètres (exp. VI).

En même temps, le pouls suit une marche particulière . Pendant cette hypotension, on constate une accélération des pulsations qui suit la chute de pression, mais ne la précède pas : cette accélération s’accuse et se maintient pendant toute la durée de l’hypotension, elle cesse au fur et à mesure que le manomètre remonte. Les tableaux comparatifs qui suivent les expériences I, II, IV, montrent très nettement cette marche.

Toutefois, des exceptions se produisent à cette règle. Dans l’expérience III, le cœur ne se relève pas parallèlement à la pression. Durant toute la durée de l’expérimentation, il n’a jamais repris son rythme normal : il est toujours allé en s’affaiblissant et en s’accélérant de plus en plus.

Pour la respiration, on la voit dans toutes nos expériences devenir, après la première dose de poison injectée, irrégulière, avec des tendances à l’arrêt en expiration, et une accélération plus ou moins notable des mouvements respiratoires.

Chez le bouvillon, les troubles de la respiration ont été

beaucoup plus graves : clés le premier contact avec le poison, la fréquence des mouvements respiratoires est devenue plus grande, s’est accélérée, a pris un caractère superficiel et haletant.

Cet état des grandes fonctions reste ainsi pendant les 5 à 8 minutes qui s’écoulent après la première injection. Peu à peu, lentement et progressivement, nous voyons le manomètre remonter, atteindre et même dépasser le niveau normal. En général, tout est rentré ou paraît rentré dans l’ordre en 15 ou 20 minutes.

A ce moment, de nouvelles doses de 15, 30, 45 et même 50 centimètres cubes peuvent être injectées en bloc ou fractionnées sans modifier en rien les fonctions.

On constate que chaque injection partielle ou totale consécutive à la 'première ne détermine aucun trouble apparent, de la pression , du pouls , de la respiration.

En somme, si l’injection d’une première dose de pneumobacilline produit des modifications graves des grandes fonctions, les injections ultérieures ne font plus rien, du moins immédiatement.

Poursuivant les expériences pendant quelques heures, nous constatons, en effet, que les doses massives qui n’avaient amené aucun trouble après leur introduction dans le torrent circulatoire, provoquent au bout d’une phase silencieuse d’une ou deux heures des modifications graves qu’enregistre le tracé. La pression commence à descendre progressivement, et parvient lentement à un niveau aussi inférieur que celui qu’elle atteignait en quelques secondes à la suite d’une première injection de dose faible de pneumobacilline (exp. III, IV).

Le pouls, pendant cette hypotension lente et progressive

s’accélère et ses pulsations deviennent plus amples. Dans l’expérience III, le chien, après avoir reçu 45 centimètres cubes, 2 heures et demie après le début de l’expérience, présente 232 pulsations cardiaques. Malgré leur fréquence, elles sont nettement perceptibles sur le tracé, ce qui tendrait à montrer qu’il existe entre les troubles vaso-moteurs et ceux du cœur une certaine indépendance.

11 en est à peu près de même chez le bouvillon.

Nous avons voulu nous rendre compte de ce qui se passait directement dans le cœur, et au moyen du cardiographe à aiguille de Laulanié, nous avons enregistré d’intéressantes modifications (exp. VI).

Après la première injection de toxine, le cœur s’accélère beaucoup et en même temps s’affaiblit, au point de n’avoir plus que la moitié ou le quart de sa force normale. Bientôt, alors que la pression se maintient à son niveau le plus inférieur, les contractions se ralentissent et leur énergie augmente : la courbe cardiographique arrive rapidement à dépasser l’amplitude normale.

Donc, pendant la phase d’hypotension primitive qui suit immédiatement l’injection initiale, le cœur après s'être accéléré en s' affaiblissant, se ralentit en se renforçant.

Ce renforcement n’agissant pas sur la pression, qui demeure toujours basse, il y a une vaso-dilatation considérable avec relâchement des vaisseaux.

Puis, tout rentre dans l’ordre, et ce n’est qu’à la suite de nouvelles doses, et 1 heure et demie environ après le début de l’expérience, que lentement et progressivement le cœur recommence à s’accélérer et s’affaiblir.

L’apparition des phénomènes cardiaques sous l’influence

de la toxine, suit la même marche que les troubles de pression .

Les phénomènes circulatoire et respiratoire ne sont pas les seuls modifiés sous l’influence de la toxine. Des troubles généraux se manifestent souvent avec une intensité extrême.

Quand on injecte 20-50 centimètres cubes de produits solubles secrétés par le bacillus liquefaciens bonis, les symptômes les plus apparents qui se traduisent tout d’abord sont des modifications sécrétoires. Chez tous nos sujets, nous avons relevé une hypersécrétion salivaire notable, s’établissant dès les premières injections. L’hypersécrétion porte aussi sur les glandes intestinales : la diarrhée, séreuse, parfois sanguinolente, a toujours été constatée. En même temps, fréquemment de la dysurie, des coliques violentes quand la culture est très riche en toxine et presque constamment un réveil du péristaltisme intestinal s’annonçant par des borborygmes bruyants et très nettement perçus à la palpation. Les nausées et vomissements ne sont point rares.

Le système nerveux est très éprouvé : après une phase d’agitation suivant immédiatement la première injection, et vite calmée, l’animal tombe dans une véritable torpeur. 11 reste étendu sur la table, déprimé, sans énergie, ne présentant plus de défense. Il parait avoir reçu un narcotique.

Au bout d’une heure environ, ces troubles s’amendent, l’animal semble revenir à lui-même. Il n’en est rien. Attendons quelques heures et les symptômes réapparaissent plus graves : vomissements et efforts extrêmement pénibles et fréquents, diarrhée sanguinolente avec signes

d’entérite, tristesse et dépression générale. Quand la dose de toxine a été considérable, démarche titubante, affaiblissement du train postérieur pouvant aller jusqu’à la paralysie complète. Dans l’observation III, nous rapportons l’histoire d’un chien auquel nous avons injecté 50 centimètres cubes de pneumobacilline, et qui mourut en 48 heures, le train postérieur complètement paralysé, et à peu près insensible. A l’autopsie, on constata des lésions cérébro-spinales considérables.

Existe-t-il dans la toxine sécrétée par le bacillus liquefaciens bovis une substance thermogène? Ceci est probable. Non seulement nous n’avons jamais observé d’hypothermie, mais encore presque toujours la température dépassait la normale au cours de l’expérience et se maintenait plusieurs heures consécutives.

Les lésions rapportées dans nos autopsies montrent une grande similitude. Ce sont toujours les signes d’une infection grave : congestion intense des organes, coloration noire du sang qui ne rougit pas à l’air, et entérite très nette de la muqueuse intestinale, rappelant tout à fait les lésions observées par MM. Courmont et Doyon, dans l’intoxication diphtéritique expérimentale, moins l’exsudation séreuse.

En somme, nous voyons que la pneumobacilline provo que en injection intraveineuse deux séries de phénomènes. Dans une première phase, on assiste à des troubles, à grand fracas, suivant immédiatement le contact d’une dose faible de poison avec les centres nerveux. Au bout de quelques minutes, une accoutumance s’est établie, l’animal revient à son état normal.

Dans une seconde phase, consécutive à l’injection de

doses élevées de toxine, les mêmes troubles se manifestent à nouveau, mais surviennent alors au bout de quelques heures et s’établissent lentement, progressivement.

Dans un chapitre postérieur, nous insistons sur cette période latente des empoisonnements par les toxines micro biennes, que nous avons observée aussi avec les produits solubles de la morve et du bacillus heminecrobiophilus .

Mais là ne se bornent pas les curieux effets de la pneumobacilline sur l’organisme animal. Nous avons confirmé par deux expériences (exp. V et VII) ce fait intéressant : une première injection de toxine microbienne, favorise les effets d’une dose de cette même toxine, injectée ultérieurement, qui n’eût pas été mortelle chez un animal n’ayant encore subi aucun contact avec les produits solubles.

Nous avons mis en expérience deux chiens (exp. VII) de même poids, en parfait état. L’un reçoit 15 centimètres cubes de pneumobacilline, l’autre 50 centimètres cubes de ce même produit. Deux jours après, la dose de 50 centimètres cubes est complétée chez le premier chien par une injection de 35 centimètres cubes.

Qu’arrive-t-il ? L’animal qui a reçu en une seule fois la dose totale s’est complètement remis. Celui, au contraire, qui a été intoxiqué en deux fois, avec une quantité semblable, est mort en présentant de graves symptômes.

La première injection semble donc avoir eu une action prédisposante sur les effets de la seconde. — C’est, appliquée aux produits solubles, la même observation si bien démontrée pour certains microbes par M. Courmont dans sa thèse inaugurale.

Notre observation V n’est pas moins probante.

Un chien reçoit 5 centimètres cubes de pneumobacilline.

Il se remet. 48 heures plus tard, nouvelle injection de 5 centimètres cubes : quelques troubles apparaissent, et la mort survient dans la nuit qui suit l’expérience. Les lésions à l’autopsie sont aussi prononcées que chez nos autres sujets qui ont reçu des doses considérables de poison.

Dans ce cas, 10 centimètres cubes, injectés en deux fois à 48 heures d’intervalle, ont provoqué la mort, alors que des quantités considérables de poison, administrées coup sur coup ou en une seule fois, pouvaient n’amener que des troubles passagers.

Cette expérience nous a encore appris que l’accoutumance aux premiers effets de la toxine se maintient au moins pendant quarante-huit heures, puisque notre seconde injection de 5 centimètres cubes n’a plus produit les troubles à grand fracas qu’amène toujours la première injection de pneumobacilline.

On voit encore que, si la quantité de poison injectée est trop considérable, et surtout si on expérimente sur un animal très sensible à l’action de la pneumobacilline, comme la chèvre par exemple, les effets toxiques qui suivent V injection peuvent être immédiatement et rapidement mortels sans aucun intervalle de repos. (Arloing.)

De même il est facile de prolonger ou de diminuer la période latente en injectant des doses faibles ou fortes et surtout en les fractionnant. Nous avons vu toujours qu’une quantité totale de 45 à 50 centimètres cubes produit plus rapidement les troubles secondaires, et est plus dangereuse si on l’injecte par seringue de 5 centimètres cubes et à des intervalles régulièrement espacés, que si on l’introduit massivement dans le milieu sanguin.

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