DANS LES ACCIDENTS
ET L’ASPHYXIF. CHLOROFORMIQUES
Nous venons de parler de l’intoxication chloroformique, dont il convient de rapprocher les accidents primitifs de syncope cardiaque ou respiratoire, ou des deux en même temps, qui marquent si souvent le début de l’administration du chloroforme pour l’anesthésiation chirurgicale, ou qui constituent un des épisodes intercurrents de cette administration (1). C’est précisément, on s’en souvient sans doute, dans ces conditions que nous avons expérimentalement déterminé l’application du procédé des tractions rythmées de la langue au traitement des accidents chloroformiques ; et tels sont, en réalité, son point de départ et son origine : c’est à l’aide des tractions linguales systématisées que, dans notre laboratoire, nous conjurons, depuis longtemps, tout état syncopal ou asphyxique accidentel, à la suite de l’anesthésiation chloroformique ou chloralique ; et nul doute que les mêmes applications n’en puissent être faites avec les mêmes résultats, dans la pratique chirurgicale.
Nous avons reçu, à ce propos, et à l’occasion
(1) Voir notre travail, sur ce sujet, intitulé : Mécanisme
PHYSIOLOGIQUE DES ACCIDENTS ET DE LA MORT PAR LE CHLORO- FORME. Indications rationnelles des moyens de les prévenir ( Communication à l’Académie de Médecine, 1890-91), et brochure in- 8, Société d' Editions scientifiques, Paris.
d’un autre fait dont il sera bientôt question, de M. le docteur Félizet, chirurgien des hôpitaux, communication d’un cas rétrospectif de sa pratique qui, eu égard au procédé dont il s’agit, présente un réel intérêt. (Voir également, à ce sujet, une intéressante observation de M. le docteur Gigard (de la Côte-Saint-André, Isère), publiée dans la Tribune médicale , n° 12, 1894) :
En août 1883, remplaçant M. Duplay à l’hôpital Lariboisière, M. Félizet se met en devoir d’opérer un malade (le nommé Jules Broc...), atteint de cancer du maxillaire supérieur gauche.
Il pratique la trachéotomie pré-opératoire, et administre le chloroforme par la trachée.
Au cours de l’opération survient une syncope respiratoire, avec mort apparente.
La traction de la langue immédiatement pratiquée rappelle le malade à la vie.
Je suis convaincu, en effet, et j’en ai déjà fait la remarque dans mes premières communications, que la simple traction de la langue hors de la bouche, telle que les chirurgiens ont depuis longtemps l’habitude de la réaliser, dans le but de dégager l’arrière-gorge, afin d’empêcher, comme on dit, la dite langue d’être avalée par suite de l’excitation et de la contracture chloroformiques, — que cette traction, dis-je, peut, et a pu, dans certains cas, ramener la respiration ; c’est ce qui a eu lieu dans le fait qui précède du docteur Félizet ; mais elle ne saurait suffire dans les cas d’asphyxie avancée, avec état de mort apparente, même à la suite de la chloroformisation ; il y faut ajouter, nécessairement, les tractions réitérées, rythmées
et persistantes, qui constituent le véritable procédé systématisé, dont il s’agit.
C’est ce que ne manquent pas de faire,, maintenant, la plupart des chirurgiens qui sont au courant du procédé des « Tractions rythmées de la langue », à la moindre alerte survenant pendant la chloroformisation; et nous savons que, dans un certain nombre de cas, dont il serait a désirer que la relation fût publiée par les auteurs mêmes, les plus graves accidents, et probablement la mort plus ou moins et habituellement imminente dans ces conditions, ont pu être conjurés.
Nous consignons ci-après deux faits de cette nature, dont l’un a été publié dans un journal de médecine, dont l’autre nous a été communiqué par un de nos confrères.