MORT APPARENTE A LA SUITE DE LA CHLOROFOR- MISATION
Rappel à la vie par les tractions rythmées de la langue.
« Votre remarquable travail sur les tractions rythmiques de la langue , dans les cas de mort apparente, m’avait fort intéressé.
Depuis votre présentation à l’Académie, les observations se sont multipliées. Permettez-moi do vous en offrir une qui m’est personnelle.
Obs. XIII. — « Le mois dernier, un de mes petits malades du Dispensaire Furtado-IIeine présentait une carie de la face externe du rucher, causée par une ostéo-périostite, consécutive à une otorrhée chronique ancienne. L’intervention était nettement indiquée; il fallait faire un curettage complet de la région.
Un de mes internes, très au courant des pratiques anesthésiques, donnait le chloroforme. L’enfant s’endormit facilement; rien de particulier à noter.
L’opération, qui avait duré sept à huit minutes, était terminée, et j’allais passer un drain, lorsque je m’aperçus que le malade ne respirait plus. Pas de battements du cœur, pas de pouls, pas de respiration; le visage avait une teinte cadavérique.
Immédiatement l’enfant fut mis la tête pendante en dehors de la table, et un de mes internes pratiqua la respiration artificielle sans un instant d’arrêt.
Ln même temps, je saisis la langue avec une pince et je fis, d’une façon continue, les tractions rythmiques , dont vous avoz donné la technique.
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Ce n’est qu’au bout de six minutes que la première inspiration physiologique fut nettement visible.
Nous continuâmes les tractions de la langue, et la respiration artificielle pendant une minute encore. L’enfant était sauvé.
Je suis convaincu que le procédé des tractions m’a rendu, en ce cas, un véritable service. »
Je ne puis que répéter ici, à propos de ces faits démonstratifs, ce que je disais, dans une de mes premières communications à l’Académie, sur ce sujet (22 novembre 1892) :
« Dans le cas d’accidents chloroformiques par syncope respiratoire ou cardiaque, ou par les deux à la fois, le procédé de la langue peut être, comme dans la chloroformisation expérimentale, le moyen le plus puissant et le plus rapide de sauvetage, à la condition non seulement de pincer la langue pour dégager l’arrière-bouche, mais d’opérer sur elle des tractions successives, réitérées et rythmées, jusqu’à la production du hoquet, révélateur du retour respiratoire (1). »
(1) Au moment de mettre sous presse, nous recevons d’un de nos confrères d’Algérie, M.le docteur Mosiman, ex-médecin-major de l’armée, ancien chef de clinique du Val-de-Gràce, communication d’un fait des plus remarquables de rappel à la vie, par les tractions linguales, d’un jeune opéré (hémorrhoïdes) en état de mort apparente à la suite de la chloroformisation : « Je suis persuadé, déclare notre confrère, que si je n’avais pas connu ce procédé, j’aurais certainement perdu mon malade. »
Mon collègue et ami, le docteur Ch. Périek, chirurgien de l’hôpital Lariboisière, vient également de me faire part d’un sauvetage opéré, dans son service, dans les mêmes circonstances. 11 est h regretter, je le répète, que tous ces faits ne soient pas publiés.