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A LA SUITE DE LA TRACHÉOTOMIE DANS LE CAS D’ASPHYXIE DIPHTÉRIQUE

La tentative suivante, bien qu’elle n'ait pas été accompagnée d’une survie définitive, est certainement de celles qui sont le plus capables de montrer la puissance la plus inattendue du procédé des tractions linguales. Nous devons cette remarquable observation à notre honoré confrère, M. le docteur Ter-Grigoriantz (de Bonnat, Creuse), qui nous l’a communiquée en ces termes :

« Permettez-moi de vous communiquer un cas de croup avec trachéotomie, l’enfant étant mort (ou dans l’état de mort apparente).

Cette observation, outre les incertitudes dans

lesquelles on se trouve pour diagnostiquer le croup, prouve les effets véritablement merveilleux de votre méthode.

Obs. XVIII. — Samedi, 23 décembre courant, appelé auprès d’une petite fille de 5 ans, Iv. Cardinot, à Bonnat, je constate ce qui suit:

Un léger cornage, aphonie complète, quelques râles disséminés dans la poitrine, fausse membrane sur l’amygdale droite, grande comme une tête d’épingle, quelques ganglions cervicaux légèrement tuméfiés.

Sa mère m’apprend qu’elle avait remarqué de ces membranes déjà le 18. L’enfant était malade depuis le 16.

D’ailleurs, l’état général n’est pas mauvais. Je la trouve en train de jouer aux cartes, elle n’est pas alitée.

Je fais immédiatement isoler l’enfant, et j’institue le traitement du croup, et pour dissiper mes dernières hésitations, je fais appliquer un petit vésicatoire au-devant du cou.

Le lendemain et les jours suivants, je cherche en vain les membranes sur la plaie. Rien! Au contraire la voix semble revenir !

Mais le cornage continue, les fausses membranes se renouvellent très discrètement sur les amygdales; j en trouve quelques lambeaux dans les vomissements ; la tuméfaction des ganglions ne s accentue pas davantage.

Le 27, au soir, je trouve ma petite malade agitée, le cornage plus accentué. Je rassure les

parents. Mais en rentrant chez moi et avant de me coucher je prépare mes instruments.

Réveillé à 2 h. 1/2 du matin, je trouve un léger tirage, l’enfant est agitée. J’injecte en deux fois un demi-centigramme de morphine, ce qui calme l’enfant, je fais appliquer une sangsue de chaque côté du cou et je me retire.

A 3 h. 1/2 je suis rappelé, cette fois le tirage est à son apogée, anesthésie, cyanose. La trachéotomie n’est pas acceptée.

Vers 4 h. les pauvres parents voyant que tout était fini consentent à l’opération, toutefois il ,m’est défendu d’opérer l’enfant autrement que dans son lit.

Ainsi seul, sans aide expérimenté, avec un éclairage insuffisant, je me dispose à opérer, quand l’enfant rend le dernier soupir.

Mes aides (des voisins de bonne volonté) lâchent leurs positions, les parents se lamentent. L’enfant est inanimé, pas de réflexes pupillaires, plus de battements de cœur.

Quelle conduite tenir? Abandonner la lutte ou opérer quand même.

Avant la découverte du procédé des tractions rythmées de la langue, opérer m’aurait semblé une folie. Aujourd’hui, j’ai cru qu’il était de mon devoir d’opérer.

Je place la canule sans difficulté, je saisis, immédiatement après, la langue avec une pince hémostatique et je fais les tractions.

Après une dizaine de mouvements j’entends

quelque chose comme un râle; je continue, et au bout de 5 à 10 minutes l’enfant commence à respirer.

Bientôt la face cyanosée reprend des couleurs, . l’enfant ouvre les yeux. Encouragé, je passe ma pince à un aide, et je pratique la respiration artificielle.

Au bout de 41 minutes, à 5 h. moins un quart, l’enfant respire très bien, il se produit quelques quintes de toux, 2 piqûres d’éther.

Décidément l’enfant vit, elle est comme dans un sommeil paisible, avec une respiration calme et régulière. De temps en temps on remarque des mouvements rythmés de la langue le long du cou analogues à ceux que produisaient les tractions. Ces mouvements, très fréquents après la cessation des tractions, deviennent de plus en plus rares, et cessent complètement vers 7 heures du matin.

Quelquefois dans les intervalles ces mouvements étaient provoqués par le contact d’une cuiller ou d’un linge mouillé.

Malheureusement entre 7 et 8 h. la fièvre s’allume d’une façon inquiétante, le pouls est à 196. Jusqu’à 10 h. je lui ai injecté, en plusieurs fois, un gramme de quinine et 40 centigrammes de caféine, fait des lotions avec de l’eau de Cologne mélangée d’eau simple, et des applications de sinapismes.

A 10 h. la fièvre baisse à 38°, 6, l’enfant reprend la connaissance, elle appelle la mère, demande à boire, etc...

A midi la température recommence à monter et elle va croissant accompagnée du délire intense jusqu’à 5 h. du soir, l’heure où la mort survient définitivement.

Sollicité par les parents et surtout désireux de savoir jusqu’où peut aller l’application de la méthode Laborde, j’ai repris une seconde fois les tractions rythmées pendant 35 min.

Voici ce que j’ai observé: chose étrange la respiration revint de nouveau, mais lente et courte comme chez les agonisants ; le cœur a repris ses battements.

Si j’arrêtais les tractions, la respiration diminuant de fréquence s’arrêtait au bout d’une minute ; en reprenant les tractions, les mouvements respiratoires revenaient. Mais les yeux restaient fermés. Le réflexe pupillaire n’était pas aboli.

Après 35 minutes de cette lutte, complètement découragé, j’abandonnais l’enfant qui, après plusieurs inspirations, s’éteignait pour toujours.

Devais-je continuer plus longtemps? »

Notre confrère avait évidemment épuisé, dans sa vigoureuse ténacité, toutes les ressources du procédé qui, quelle que fût sa puissance bien démontrée par ce qui s’est passé, surtout dans la dernière péripétie de l’observation, ne pouvait triompher d’une mort inéluctable.

Mais nous ne saurions trop insister sur le merveilleux résultat du rappel et du maintien du réflexe respiratoire et du fonctionnement cardio-circulatoire consécutif; rappel et maintien purement végétatifs, dont on trouvera plus loin des exemples non moins probants et qui témoignent encore une fois que l’on est là

complètement au pouvoir d’un mécanisme biologique qu’il est possible et même facile de ranimer et de rétablir, toutes les fois qu'il est près de s’éteindre.

Mon collègue, le docteur Lancereadx, communiquait à l’Académie, dans sa séance du 9 janvier, de la part et au nom de M. le docteur Vérdt (de Charly, Aisne), deux faits des plus remarquables, dont l’un, relatif à la mort apparente après trachéotomie, a ici sa place.

Nous croyons, vu l’intérêt qu’il présente, devoir le reproduire dans ses détails, et tel qu’il a été relaté par l’auteur lui-même, M. Lancereaux n’en ayant donné qu’un résumé des plus succincts :

MORT APPARENTE A LA SUITE DE TRACHÉOTOMIE DANS LE CAS DE DIPHTÉRIE CRODPALE

RAPPEL DE LA RESPIRATION ET DE LA VIE PAR LES TRACTIONS RYTHMÉES DE LA LANGUE

Obs. XIX. — « Le 23 septembre dernier (1), j’opérais à Château-Thierry, avec la précieuse assistance du docteur Cardot, qui m’avait appelé, une vigoureuse fillette de six ans, atteinte de croup. J’employais le prooédé en un temps de de Saint-Germain .

L’incision et la pose de la canule avaient été faites en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, et j’avais entrebâillé la porte pour annoncer à la famille l’heureuse issue de l’opération, tout en priant qu’on n’entrât pas avant que la toilette de l’enfant fût faite. Ces pourparlers avaient duré moins d’une demi-minute.

En revenant à mon opérée que mon confrère

(l) C’est encore un fait qui a précédé ceux de l’hôpital Trousseau, lesquels se sont produits le 7 novembre.

nettoyait et maintenait assise, je la vois tout à coup laisser tomber sa tête sur son épaule et pâlir; les pupilles se dilatent, les mâchoires sont flasques, ainsi que les membres ; c’est la syncope, c’est la mort (du moins nous le croyons tous). Et dans la chambre voisine les parents se réjouissent! Tableau !

J’enlève la canule, j’introduis dans la trachée le dilatateur Laborde (à trois branches) que je fais maintenir tout grand ouvert par un aide, je flagelle la région précordiale, je pratique la respiration artificielle : rien, pas un mouvement.

Alors je pense au procédé de la langue. Je saisis cet organe avec une pince à griffes, et, craignant que la première manifestation du retour de la vie ne soit une convulsion, je prie le docteur Cardot de maintenir les dents écartées avec le manche d’une cuiller, pour éviter qu’elles ne coupent la langue pendant le spasme.

En effet, au bout de cinq ou six tractions (comme dans les cas du docteur Moizard), il se produit une inspiration, puis la face se recolore ; elle rougit d’abord, puis noircit et l’enfant se raidit : c’est la convulsion prévue. Le confrère tient bon sa cuiller, je continue les tractions, et l’enfant rend, par l’incision trachéale, une énorme fausse membrane, qui avait été la cause de tout le mal.

Cinq minutes après, la canule est remise et tout est rentré dans l’ordre.

Je dois à la vérité de dire que l’enfant mourut quand même, mais seulement trente-six heures après, par les progrès de la diphtérie.

Grâce au procédé de la langue, le résultat opératoire avait été sauvé, ainsi que l’honneur de l’intervention professionnelle ! »

La puissance d’action du procédé des tractions rythmées cle la langue, avec sa supériorité sur celle de tous les autres procédés qui ont échoué quand il réussit, et devient la suprême et la plus sûre ressource, est donc bien démontrée dans l’asphyxie et la mort apparente à la suite de la trachéotomie pour cause de croup, et il est probable, il est même certain que la méthode ayant maintenant pénétré dans nos services hospitaliers, elle y sera employée, les cas échéants, avec les résultats efficaces qu’elle promet.

Mais il y a plus, nous estimons qu’à une certaine période de l’asphyxie croupale elle-même, et avant l’intervention de la trachéotomie, les tractions linguales pourraient être essayées, avec d’autant plus d’espoir et d’avantages qu’elles provoquent, en même temps, et facilitent particulièrement l’expulsion des fausses membranes, ainsi que l’ont montré les faits précédents de l’hôpital Trousseau.

Nous signalons à nos confrères des hôpitaux d’enfants cette application, d’ailleurs de toute simplicité et sans inconvénient possible.

Notre prévision à l’égard de l’emploi du procédé de la langue dans l’asphyxie diphtéritique trouve un légitime appui dans l’application si heureuse qui en a été faite, dans un cas extrême d’asphyxie par bronchite capillaire (catarrhe suffocant), par un

honorable confrère de Montauban, M. le docteur Boriez, ancien médecin-major,, qui a bien voulu nous le communiquer, dans les termes suivants :

Obs.XX. — ASPHYXIE ET MORT APPARENTE A la suite de Bronchite capillaire (suffocante) rappel a la vie

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