‹ Les tractions rythmées de la langue [electronic resource]Chapitre 33 sur 44 · DE L’ACTION DES TRACTIONS LINGUALES · texte numérisé non relu

DE L’ACTION DES TRACTIONS LINGUALES

DÉMONTRÉ PAR L’aNAI/ÏSE EXPÉRIMENTALE.

Au moment où nous avons fait connaître, pour la première fois, avec des applications à l’appui, le procédé des tractions systématisées et rythmées de la langue, comme un des moyens les plus efficaces, les plus puissants — en même temps que des plus simples — de conjurer la mort apparente due a divers processus asphyxiques, qui, comme nous venons de le voir, d’après des faits nombreux et démonstratifs, peuvent être étendus à presque tous les accidents de cet ordre, nous avions pressenti, d’après certaines données expérimentales, qui avaient été le point de départ de la méthode, le mécanisme de cette action puissante.

Ce mécanisme nous paraissait devoir résider dans une excitation primitive, exercée par les tractions linguales sur les nerfs sensibles, que pouvaient atteindre et impliquer ces tractions, et dans la répercussion, ou la réaction de cette excitation sur les principaux nerfs moteurs, qui mettent en jeu les puissances mécaniques, c’est-à-dire les muscles respiratoires.

L’analyse expérimentale, à laquelle nous nous sommes livré, en vue d’élucider et de démontrer

ce mécanisme a pleinement confirmé par ses résultats nos premières présomptions.

Quels peuvent être, en effet, et quels sont les nerfs sensibles susvisés ? D’une part, les nerfs sensibles de la base et de la pointe de la langue, le glosso-pharyngien, et le lingual, et de l’autre les nerfs sensibles du larynx et de la trachée, notamment, et, en particulier, le laryngé supérieur.

En raison du rôle important que joue ce dernier dans le mécanisme excito-moteur qui préside aux actes mécaniques de la fonction respiiatoire, il y avait lieu de supposer que son intervention devait être, sinon exclusive, du moins prépondérante dans la provocation du réflexe par la traction de la langue, et l’excitation, qui en résulte, des expansions périphériques laryngo-trachéales du nerf en question : d’autant plus qu’il envoie — fait important à notre point de vue — des filets à la base de la langue (voir le dessin ci-après); c’est lui, conséquemment, que nous avons eu d’abord en vue dans notre recherche expérimentale.

— Sur un chien vigoureux, déjà soumis, huit jours auparavant, à l’asphyxie par submersion, et ramené à la vie par les tractions linguales, — et constituant ainsi, dans des conditions parfaitement déterminées, un sujet decomparaison pourune nouvelle expérience, — nous pratiquons la section des deux nerfs laryngés supérieurs.

Les effets de l’opération consistent essentiellement, comme d’habitude en cas pareil, en des modifications des mouvements respiratoires, qui deviennent irréguliers, accélérés (28 à 30 par minute au lieu de 16 à 18 normalement), presque entière-

rement diaphragmatiques, avec accompagnement de quelques nausées.

Nous laissons l’animal au repos, pendant quarante-huit heures, et la plaie cutanée étant alors en bonne voie de cicatrisation, et l’animal luimême paraissant remis du choc opératoire, bien que conservant les modifications respiratoires qui viennent d’être signalées, nous le soumettons, de nouveau, à la submersion, exactement dans les mêmes conditions que la première fois, et en laissant se prononcer l’état d’asphyxie et de mort apparente, jusqu’à la cessation objective de tout mouvement respiratoire thoracique, des battements perceptibles du cœur, et l’abolition du réflexe oculo-palpébral.

Nous opérons, alors, les tractions rythmées et fortes de la langue, et ce n’est qu’après un temps, qui a été au moins le double de celui de la première expérience, que nous voyons se produire le premier hoquet inspirateur ; et nous ne parvenons, ensuite, qu’avec les plus grandes difficultés et grâce à une insistance des plus tenaces, à obtenir le rétablissement et le maintien de la fonction respiratoire et, par suite, le rappel à la vie.

Il ne semble pas douteux que la suppression de l’intervention des nerfs laryngé s supérieurs n’ait considérablement amoindri l’action provocatrice, réflexe, des tractions linguales, en réduisant, en majeure partie, le point de départ, l’incitation de ce réflexe.

Il reste encore, en effet, pour expliquer la possibilité persistante, quoique beaucoup plus difficultueuse, de la réalisation du phénomène, l’action

des nerfs sensibles de la langue : glosso-pharyngien et lingual, surtout le çjlosso-pharyngien.

Il s’agissait, en conséquence, pour compléter l'expérience, d’ajouter la section simultanée de ces deux nerfs à celle des laryngés supérieurs.

C’est ce que nous avons tenté ; mais le complexus expérimental met alors l’animal dans un état de si faible résistance, qu’il n’est guère possible de tirer une conclusion ferme du résultat, au point de vue de l’intervention réelle et personnelle des nerfs en question, bien que, rationnellement, cette intervention ne paraisse pas douteuse. Ce que nous nous croyons autorisé à affirmer, c’est que cette intervention aide et complète celle des laryngés supérieurs, qui est prépondérante dans le mécanisme du phénomène dont il s’agit.

La provocation constante du réflexe de déglutition qui précède même, d’habitude, dans ces conditions, la réapparition du réflexe respiratoire, semble donner une importance particulière à l’intervention du glosso-pharyngien, dans le mécanisme physiologique dont il s’agit (1).

— Nous venons d’essayer de déterminer le point de départ de ce mécanisme, c’est-à-dire l’élément sensitif du réflexe qui le constitue.

Il nous restait à en saisir et déterminer le point d’arrivée, autrement dit l’élément moteur.

(t) C’est ce qu’a été amené h penser, de son côté, notre ami le professeur E. Gley, qui a eu l’occasion de ramener extempuranémcnt à la respiration et ,k la vie des animaux tombés en état accidentel de mort apparente, pendant des expériences réalisées pour ses leçms du cours auxiliaire de physiologie.

Ici la démonstration expérimentale ne laisse rien à désirer, elle est topique : c’est le nerf phrénique, et par suite le fonctionnement du diaphragme, qui constituent, pour ainsi dire, le nœud de cette démonstration, et par conséquent du phénomène.

Si, en effet, nous supprimons, par la section complète, toutes les racines (il y en a au moins deux, et quelquefois trois, chez le chien) du nerf diaphragmatique, les tractions linguales, quelque continuées et énergiques qu’elles soient, ne parviennent plus à réveiller, même dans ses moindres apparences, le réflexe inspiratoire, à la suite de la noyade, réalisée, toujours et autant que possible, dans les conditions comparatives où nous nous sommes placé.

Ce résultat est constant et il prouve, de la façon la plus nette, que c’est par la provocation essentielle et la mise en jeu de la fonction respiratoire du diaphragme, que se produit l’action des tractions linguales ; en sorte que le mécanisme de cette action s’exprime et se résume dans le fait physiologique suivant, que montre clairement la figure schématique ci-contre :

(Voir ci-après la figure schématique représentant le mécanisme du procédé de la langue et l’explication de la figure.)

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