PAR LE PROCÉDÉ DES TRACTIONS RYTHMÉES DE LA LANGUE
« Le 9 août dernier, j’étais appelé à donner mes soins à trois hommes retirés inanimés d’une fosse à fumier, qui recevait, en outre, les résidus d’une fabrique d’eau de beltz.
De ces trois hommes, F..., tombé le premier et retiré le dernier, avait séjourné environ vingt minutes au fond de la fosse. L... et 0..., descendus successivement pour lui porter secours, tombent sur lui et sont retirés, C... au bout de quelques minutes, L... un peu plus tard.
Après une demi-heure pour L... et trois quarts d’heure pour C..., ils ont repris toute leur connaissance par les moyens ordinaires : respiration artificielle, frictions, affusions froides, etc.
Obs. IX. — F..., qui, à mon arrivée, ne présentait plus ni pulsations, ni mouvements respiratoires appréciables, ne donne encore aucun signe de vie au bout de vingt à vingt-cinq minutes, bien qu’énergiquement soumis au même traitement que ses camarades.
On m’apporta, à ce moment, les pinces que j’a-
vais demandées ; sa langue est vivement saisie et à ma grande joie j’obtiens, dès la deuxième traction, une inspiration bientôt suivie d’une série d’autres.
Pendant une heure et demie, les mouvements respiratoires se ralentissent et cessent dès que les tractions sont suspendues, et ce n’est qu’après ce temps qu’il m’est possible d’abandonner sans in- v ' vénient la langue.
Le malade ne sort définitivement du coma qu’après trente -six heures d’excitations de toute espèce.
« Certains points de cette observation, ajoute notre confrère, me paraissent devoir attirer l’attention : et d’abord la longue durée du coma qui témoigne de la profondeur de l’intoxication et permet, en quelque sorte, de se rendre compte du pouvoir excitant intense exercé par les tractions sur les centres respiratoires, alors que plus de vingt minutes de respiration artificielle n’avaient donné qu’un résultat absolument négatif.
a Elle montre, en second lieu, qu’il ne faut pas se hâter d’abandonner le malade et que, pour parer à toute éventualité, il est nécessaire, au moins dans les cas analogues à celui-ci, de se tenir prêt à recommencer, pendant un temps assez long et sans se décourager, les manœuvres de traction, quelque précaire que puisse paraître au premier abord le résultat final. »
Nous n’avons rien à ajouter à ces très judicieuses réflexions, si ce n’est pour insister, encore une fois, sur la remarquable puissance du procédé dans la provocation et la remise en jeu du réflexe respiratoire, et de sa supériorité, bien démontrée
par le cas précédent, sur les moyens habituels de respiration artificielle (i).
Dans ce même ordre de faits, en voici un qui appartient à mon observation personnelle, et dans lequel l’intervention du procédé de la langue a donné un résultat positif non moins remarquable :