‹ Les tractions rythmées de la langue [electronic resource]Chapitre 8 sur 44 · TENTATIVE SUICIDE D’EMPOISONNEMENT · texte numérisé non relu

TENTATIVE SUICIDE D’EMPOISONNEMENT

AVEC LE « BROMIDIA J>

Phénomènes asphyxiques extrêmes, par syncope respiratoire persistante.

RAPPEL DE LA RESPIRATION ET DE LA VIE PAR LE PROCÉDÉ DES TRACTIONS RYTHMÉES DE LA LANGUE

05s. X. — Une jeune dame, atteinte d’une alfection mentale, caractérisée par des idées mélancoliques et de persécution, avec tendance probable aux impulsions suicides, mais qu’elle n’avait jamais manifestées jusqu’alors, est placée dans une maison spéciale de santé, où m’amenait le jour même de son entrée (le 10 février dernier) mon service d’inspection.

Dès mon arrivée, le médecin de la maison m’annonçait qu’une malade, qui était entrée depuis quelques heures à peine, venait de s’empoisonner, et qu’elle était mourante.

Voici ce qui s’était passé :

Conduite dans la chambre qui devait lui être affectée, la malade avait emporté avec elle un flacon du médicament composé dit Bromidia, dont elle avait l’ha-

(1 ) Nous croyons devoir signaler ici, parmi les asphyxies toxiques , l’asphyxie par l’oxyde de carbone, narfaitementet rationnellement justiciable du Procédé de la langue, qui devra être tenté à la première occasion.

bitude de prendre une cuillerée tous les soirs, en se couchant, et qu'elle désirait garder avec elle : sur les instances de son père qui l'accompagnait, et sur son affirmation qu’il n’y avait, à cela, aucun danger, puisque sa fille usait, depuis longtemps, et en toute liberté, de ce médicament, on consentit à le lui laisser.

Mais à peine était-on sorti de sa chambre, où elle restait avec une garde à son service, qu’elle avalait, rapidement et d’un trait, presque tout le contenu du flacon; et comme la garde, qui avait eu à peine le temps de s’en apercevoir, s’empressait de lui arracher des mains le flacon, la malade, continuant à obéir à son impulsion au suicide, tentait de se précipiter par la fenêtre (la chambre était située au premier étage); et la garde n’eut que le temps de la saisir, au vol pour ainsi dire, et de la retenir.

Elle tomba alors, sur le parquet, comme foudroyée par les effets du breuvage qu’elle venait d’ingurgiter.

Relevée et placée immédiatement sur son lit, elle fut soumise à l’action simultanée de tous les moyens .indiqués, et habituellement employés en pareille occurrence :

Provocation du vomissement, sans effet; tapotement et flagellation avec linges mouillés ; réchauffement des extrémités ; injections réitérées d’éther, pressions thoraciques de respiration artificielle, etc.

Ces diverses manœuvres étaient exécutées depuis plus d’une heure, lorsque je fus conduit auprès de la malade qui était, à ce moment, dans l’état suivant :

Pâleur extrême et refroidissement général ; insensibilité absolue; absence de pulsation artérielle; mouvements et bruits du cœur insaisissables; à de longs inlervalles, soulèvement à peine visible et perceptible de la paroi thoracique, donnant l’idée d’une respiration qui est à son dernier souffle, et qui s’éteint.

En relevant les paupières complètement closes, je constate une dilatation pupillaire en rapport avec le processus asphyxique, qui louche presque à sa période

extrême, et en présence duquel je ne vois pas autre chose à tenter, après tout' ce qui a été mis en œuvre, que le procédé des tractions linguales.

J’écarte, avec une cuiller, les mâchoires légèrement contracturées, et je saisis entre le pouce et l’index de ma main droite — en attendant une pince de trousse qu’on est allé chercher — l’extrémité de la langue, sur laquelle je tire assez fortement et rythmiquement de 15 à 20 fois par minute.

Dès les huit ou dix premières tractions, il se produit une série d’inspirations profondes, qui tendent de plus en plus à se rapprocher, et à se régulariser.

Vers la dixième minute, environ, la respiration s’est suffisamment rétablie pour que la face se soit sensiblement colorée, que la pulsation radiale et les contractions cardiaques commencent à être perçues; mais non pour qu’il soit possible et paraisse prudent d’abandonner la manœuvre, qui a provoqué et qui maintient ce résultat; car, dès que l’on essaie cet abandon, et que l’on cesse les tractions linguales, la respiration s’affaiblit, tout en se ralentissant, avec une tendance marquée à se suspendre ; et simultanément les symptômes de la mort apparente tendent à reparaître.

Je continue donc, sans relâche, ayant substitué à mes doigts la préhension avec une pince dite à polype, les tractions linguales : et ce n’est qu’au bout de 30 à 40 minutes que je crois pouvoir considérer comme assuré le rétablissement de la fonction respiratoire.

Et, néanmoins, je recommande, à la moindre alerte, de reprendre, et de continuer la manœuvre. .

Entre temps, j’ai fait appliquer, sur la région thoracique antérieure et précordiale, selon un procédé que je recommande en pareille circonstance et que je considère comme très efficace, pour aider à la provocation des mouvements thoraciques respiratoires, et des contractions du cœur, des serviettes trempées dans de l’eau très chaude, presque bouillante.

Je quittais la malade, vers quatre heures et demie, dans ces conditions, en priant mon confrère de me tenir au courant de ce qui adviendrait.

Le surlendemain, 12 février, je recevais le mot suivant, que je reproduis textuellement :

« Notre empoisonnée va tout à fait bien, j’a continué, pendant quelque temps, les tractions de la langue, et les compresses d’eau bouillante, en alternant avec les frictions sèches, et les coups de serviettes mouillées; enfin, vers six heures, la malade a commencé à ouvrir un peu les yeux, et à reprendre une légère connaissance; je l’ai tenue éveillée, autant que possible, durant la nuit, et le matin elle était mieux.

Aujourd’hui, elle est tout à fait sauvée. »

— J’ai eu, depuis, l’occasion de revoir cette malade dans une autre maison de santé, complètement remise de son intoxication, se souvenant fort bien du danger extrême qu’elle avait couru, et rapportant à mon confrère de la maison de santé précédente où s’était produit l’accident le mérite de l’avoir sauvée ; car, elle n’avait pu me voir ni me connaître.

Ce fait et le résultat positif dont il a été suivi confirment l’indication, qu’il était déjà logique de prévoir, du procédé « de la langue » dans les nombreuses intoxications, dont les accidents graves, et la mort procèdent essentiellement du mécanisme et du processus asphyxiques; telles sont, notamment :

L’intoxication chloralique et bromique — à laquelle se rattache, en majeure partie, celle qui a été déterminée par le médicament composé cidessus; l’intoxication chloroformique; desquelles peuvent être rapprochées les intoxications convulsivantes, dont le type est celle des strychinés, et celles qui sont déterminées par l’opium et ses principes, etc.

Dans ce même cadre des asphyxies toxiques rentre le fait ci-après dont je dois la communication à notre honorable confrère de Longwy (Meurthe-et-Moselle), M. le docteur Szezypiorski ;

Obs. XI. — Etat asphyxique a la suite de l’adminis-

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