SUR LA MORT DE M^'^ CART
Une victime a été immolée eutrc le vestibule et l'autel.
Comme un fruit mûri par la souiïrance et l'expiation, notre doux Pontife s'est détaclié de la vie d'icibas ; on ne le verra plus aller à pied dans les rues, comme un simple prêtre, et les petits enfants ne s'approcheront plus de lui pour se faire bénir.
Quel Pasteur aima jamais son troupeau d'une allection à la fois si bénigne et si laborieuse ? Des honneurs dont l'Église l'avait revêtu, il n'avait accepté que le
côté du sacritice; toute tâche lui était bonne, pourvu qu'elle fût avouée par cet esprit de charité dont son cœur était comme le sanctuaire.
Sa parole était l'écho de son âme ; comme la rosée, elle ne tombait que pour rafraîchir et consoler les terres arides, afin de donner quelques gerbes de plus aux granges du Seigneur.
Souvent il regarda avec commisération , avec une sainte convoitise, des moissons qui croissaient en dehors de son domaine; il aurait désiré battre son grain dans la même aire et, en bon père de famille, nourrir du même pain de vie tous ses enfants. Quand ce zèle était méconnu, sa lèvre restait fermée à toute plainte ; il ne s'expliquait que devant Dieu.
Miséricordieux pour tous, il ne s'eiïrayait que sur lui-même. Au risque de manquer de confiance, il tremblait pour son salut; au milieu des mérites de
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son long martyre, il invoquait los prières dos moins méritants , et , par ses terreurs naïves , il |)rêchait , sans s'en douter , l'humilité et la juste crainte des jugements de Dieu.
Ainsi son lit de douleur continuait son apostolat, et l'arbre mourant donnait encore des fruits. 0 notre bien aimé Pasteur ! permettez-nous de ne point tenir compte de vos craintes. Sans doute les décrets divins sont impénétrables; mais à quelles marques pourraiton reconnaître le juste sur la terre, si, à votre égard, le doute pouvait entrer dans nos espérances?
Vous nous quittez ; mais vous ne nous abandonnez point : du haut du ciel vous êtes et vous serez encore le Pasteur de ce diocèse, où Dieu, peut-être, vous avait placé pour dessiller les yeux prévenus, et offrir le véritable modèle du sacerdoce à ceux qui le nient ou qui ne le connaissent que défiguré.
Si les larmes du bercail font l'éloge du Pasleur,où Irouvera-t-on une douleur comme la nôtre? A l'universalité des regrets , on pourrait croire à un seul troupeau. Seigneur! vous donnerez quelque chose à cette affliction ; l'œuvre est commencée, achevez-la. Choisissez, pour le siège vide, un homme de mansuétude et d'amour, afin que Sion voie encore accourir auprès d'elle des enfants qu'elle n^ avait point portés dans son sein.
Et nous, qui étions ses brebis avouées, souvenonsnous que la possession de la vérité oblige, que la foi n'est point l'oreiller de la paresse. La meilleure manière d'honorer notre bon Pasteur, c'est de l'imiter dans ses œuvres. Gardons son souvenir pour le bien de nos âmes et l'édification du prochain.
Niines, 16 août 1855.