‹ Les traditionnellesChapitre 28 sur 114 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

0 rois qui désirez des prêtres complaisants, Si le ciel vous faisait de scnihlaMcs préscnls, C'est qu'il aurait marqué la fin de votre règne, Et fait votre linceul des plis de votre enseigne. Le sophiste impudent en vain vous a promis Le prêtre plus utile en devenant commis; Il n'est pas d'instrument plus actif en ruines Que la corruption dans les choses divines, Que le docteur qui pèse à des poids difTérents Les vices des petits et les vices des grands, Et, de sa lâcheté rendant les cieux complices, Fait plier l'Évangile aux souverains caprices. Ah ! mieux vaut Hildebrand avec son zèle amer : 11 a moins ébranlé les trônes que Luther.

Et qui de nous irait avouer sa faiblesse. Si votre main tenait le directeur en lesse?

Qui, pcnclranlau cœur, ferail à votre insu

Jeter loin le poignard, quand le crime est conçu,

El préviendrait ainsi ces sinistres journées

Où l'on voit aux égouts vos images traînées?

Quand naguère, attiédi par une longue paix.

Le temple devint trop commensal du palais,

La licence, tuant la foi par le scandale,

Marcha portant au front la mitre pastorale.

A ce point provoqué, le ciel se rembrunit :

On avait de l'autel entamé le granit.

Bientôt on vit surgir un barbare civisme

Qui jugea tout propice et tout mûr pour le schisme;

Le sacerdoce en France eût trouvé son tombeau,

Si Dieu ne l'eût sauvé par la main du bourreau.

Que la croix vous suffise, ô pasteurs de nos âmes ! Alors qu'on peut hisser toutes les oriflammes;

LIVHK II. 87

Oiiand sur son piédestal le bon droit est voilé, Que Pierre en son royaume est peut-être exilé, Qu'au fond du sanctuaire il gémit en silence De la route inconnue où le monde se lance, Pour les peuples, les rois et pour la vérité, Veillez plus que jamais sur votre dignité. Quelle que soit la main qui vous monte au pinacle, Ne brûlez votre encens que dans le tabernacle. La louange à Dieu seul n'a point de repentir; Car lui ne cbange pas pour la faire mentir. Laissez passer sur vous menaces et caresses : Demeurez forts, afin d'assister nos faiblesses. Au sein de notre nuit célestes envoyés, Gardez votre flambeau pour tous les dévoyés. A toute beuro, à tout prix, contre tout infidèle. Défendez de David la sainte citadelle.

Le monde vainement porte ailleurs ses regards, Le salut qu'il attend n'est que dans ces remparts. Afin de détacher ses pierres souveraines, Les hommes de Babel réunissent leurs haines.

88 LHS TRADITIONNELLl^S.

Ne vous endormez pas sur un calme trompeur : Le siècle vous réserve un terrible labeur. Pour combattre des cœurs l'avarice croissante, La parole n'est plus une arme assez puissante. Il faut, salant la terre avec un antre sel, Par un grand dénùment la rappeler au ciel.

Pardonnez à ma voix, ô conducteurs de l'arche, Je n'olïre point ma main aux cahots de sa marche; Je sais que, dédaignant tous les secours mortels, Dieu doit la soutenir jusqu'aux jours éternels. Si le poëte ici se montrait téméraire, Ordonnez le silence et je saurai me taire. Me préserve le ciel d'avoir pour ennemi he sein de cette Église où j'ai si bien dormi ! Ah ! je sais trop quel rêve et quel triste délire Accompagnent toujours celui qui s'en retire.

LIVRI-: II. 8î»

Plutôt que d'Atrc en butte à ses inimitiés,

Je briserais cent fois la lyre sous mes pieds.

Sainte mère! jamais si ma foi se délie,

Que ma langue se sèche et ma droite s'oublie !

Nul avec plus d'amour et de profusion

N'a de tous tes bienfaits reçu la vision ;

C'est avec tout le poids de ta bonté connue

Que la foudre sur moi tomberait de la nue.

Mais, mon Dieu ! c'est en vain que je me croirai fort,

Si vous ne m'assistez, même étant dans le port :

L'Iiomme est toujours sans vous d'une faiblesse extrême,

Et j'en ai vu tomber de plus sûrs que moi-même.

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