DU CITOYEN EN TEMPS DE RÉVOLUTION
A MONSIEUR ALPHONSE BOVER.
Quoi! nul ne flétrirait, qiiancUoutleur rend hommage, Ces appétits grossiers qui dégradent notre âge, Et ne prolesterait du geste et de la voix, Lorsque Macaire obtient les honneurs du pavois ? Macaire me dira : « L'époque est ainsi faite, Et vous avez bien tort d'en médire, ô poëte ! On recherche, il est vrai, l'argent et les emplois Peut-être de nos jours un peu plus qu'autrefois; Mais, mon Dieu ! plus ou moins, c'est une loi commune Est-ce un crime, après tout, de faire sa fortune?
LIVUK II. 01
L'homme étcrncllomonl iio peut point se lier; On oublie un serment pour im bon râtelier. C'est au gouvernement à nous rendre fidèles, En demeurant toujours plus fort que les rebelles; Et ma foi, quand il chute, on a cent fois raison D'abandonner le maître en gardant la maison. Les vaisselles de bois sont loin de notre époque, Et de tous les côtés le luxe nous provoque. On admire avec vous le temps des bons aïeux ; Mais le vivre est trop cher pour rester vertueux. Vous êtes partisan, je crois, de la famille : Nous avons à pourvoir un garçon, une iille; Quand on veut s'en défaire, à moins que d'être un sot. Qui pourrait en vouloir sans carrière et sans dot ? Les révolutions n'ont pas, je le confesse. Autant qu'on l'espérait réformé notre espèce; L'intrigue n'est point morte, et, malgré nos censeurs, La place du comptable est encore aux danseurs. Les yeux sur l'horizon, pour l'astre qui s'approche Vadius a toujours une cantate en poche.
92 LKS TRADITIONNELLES.
Le siècle pour cela n'est pas tout au démon :
De grâce, épargnez- nous votre ennuyeux sermon !
Savez-vous que l'on rit de cette suffisance
Qui vient à tout propos morigéner la France ?
C'est vivre trop longtemps sur un thème pareil;
Mais je veux à mon tour vous donner un conseil :
Si vous êtes blessé de l'allure ordinaire,
Habitez, mon ami, l'espace imaginaire ;
Et, sans les accabler de mots désobligeants.
Dans le monde réel laissez vivre les gens;
Ou plutôt, comme nous, descendez sur la terre;
Un peu de cet air-là vous serait salutaire.
Le poëte inspiré d'un esprit moins brutal,
Qui chante aux mœurs du jour un hymne triomphal,
Voit son nom proclamé du couchant à l'aurore;
H adore son siècle et son siècle l'adore !
S'il est au second rang, on le met au premier.
Et les eaux du Pactole arrosent son laurier.
C'est l'ordre que l'on veut, l'ordre n'est <à personne.
p]h ! pourquoi disputer du bras qui nous le donne?