LIVRE III
Ses lèvres parsemaient d'écume sa carrière; Au brûlant éperon alln de se soustraire, Voilà que vers le temple il a pris son chemin.
H entendit bêler, à travers l'ombre opaque, Les agneaux amenés et vendus pour la pàque, Pendants, les pieds liés, sur le flanc des chameaux. Il aurait mieux aimé, perdu seul et sans guide, Entendre le lion dans le désert aride, Ou le monstre du Nil caché dans ses roseaux.
Or, dans le temple, après le jugement inique, Le sanhédrin veillait à la chose publique, Jusqu'à ce que le jour de nouveau vînt s'offrir. Judas, tenant en main les pièces sacrilèges. Dit aux prêtres en cercle assemblés sur leurs sièges: a Reprenez ce salaire ! il me fait trop souffrir.
« Puisse-t-il, en servant à quelque œuvre divine, Éteindre dans l'oubli sa sinistre origine!
nfi LES TRADITIONNELLES.
Dieu seul, sans se brûler, peut y porter la main. J'ai livré l'innocent à vos haines coupables, L'ange consolateur de tous les misérables, Celui qui me donnait sa parole et son pain ! »
Mais avec ce mépris qu'on a pour le complice Après qu'il a rendu quelque honteux service. Le Conseil répondit : « 11 fallait réfléchir; Remporte cet argent, nous n'en avons que faire; S'il te porte malheur, ce n'est point notre affaire; Rien ne saurait ici t'absoudre et te blanchir.
« Ce qui nous fut vendu subira sa sentence. Et la mort punira la risible importance Que voulait se donner ce roi de carrefours. 11 n'est pas de réponse aux plaintes insensées : Laisse-nous. D'autres soins occupent nos pensées. Le temps nous est trop cher pour le perdre en discours. »
Sur les sacrés parvis, soudain jetant la bourse,
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En dehors de la ville il a repris sa course ; Et son délire était an plus haut point monté. 11 traverse d'ilinnon la iunèhre colline Où Moloch a laissé des autels en ruine ; Et l'esprit de Satan, toujours à son côté,
Afin de l'empêcher d'aller demander grâce, Des vengeances du ciel lui soufflait la menace Qui semblait s'élever de ces lieux désolés. Là, les Juifs, abusés par d'horribles symboles. Immolaient autrefois leurs enfants aux idoles Et jetaient dans le feu leurs membres mutilés.
Pour qu'en son désespoir rien ne vînt le distraire. Il lui disait : « Gain, qu'as-tu fait de ton frère? Le cri du sang d' Abel s'élève contre toi ! Comme une mer sans bords l'anathème t'inonde. Te voilà fugitif et maudit dans le monde, Où le bruit de ton nom est un objet d'eflVoi.
« C'est ici qu'Absaloii, pris par la chevelure,
Pendu, reçut la mort duc à l'enfant parjure.
David avait sondé tes destins odieux.
C'est de toi qu'il fut dit : « Je poursuivrai sa race.
a Que dans l'apostolat un autre le remplace ;
« Car son crime toujours sera devant mes yeux. »
Il franchit le Cédron. Au jardin des Olives, Un froid subit passa sur ses chairs convulsives ; Il détourna d'horreur son regard obscurci. Il crut ouïr encor sur la montagne sainte Ces mots si déchirants et d'amour et de plainte : « 0 malheureux Judas, que viens-tu faire ici? »
Les pieds meurtris, traînant un reste de sandales, 11 s'assied, harassé, près du mont des Scandales. Mais pour lui le repos est encor plus cruel ; Et le vent, en passant, lui jetait à la face Les lointaines rumeurs de cette populace. Vagues où va sombrer le pilote éternel!