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LIVRE. III

Et l'Ennemi juré des saintes espérances

Lui disait : « Maintenant, avec toutes ses transes,

Celui que tu vendis est conduit à la mort.

Or, voici du Seigneur ce que la loi proclame :

Dans le sein d'Israël, celui qui vend une âme.

Doit mourir à son tour, quel que soit son remord.

« Finis-en, malheureux; tu n'as que ce refuge. Pour laver ton forfait, il faudrait un déluge. Un pardon à sa taille existe-t-il là-haut? » A bout de visions, de frayeur, de torture, L'Iscariote alors détache sa ceinture.

Et d'un arbre voisin se fait un échafaud.

Comme pour le punir du sacrilège insigne D'avoir reçu le pain et le fruit de la vigne Qui voilèrent le Christ pour la première fois, Sous le fatal lacet, quand ses yeux s'éteignirent, De son ventre rompu les entrailles bondirent Sur le sol eiïrayé d'en recevoir le poids.

180 LES TRABITIONNELLE-S.

Alors l'esprit occulte, ayant fini son œuvre, Revêtit les anneaux d'une énorme couleuvre Et d'un trait absorba l'immonde peloton. Puis, à l'arbre enroulant ses écailles livides, Il regarda ce corps qui pendait, les flancs vides. Et son contentement éclata sur ce ton :

« Enfant en qui toujours je vis une âme fière, M(Tci de n'avoir point retourné, comme Pierre, Au Paslour dos soutirants, des humbles, des petits; D'avoir révc le ("Jnist exempt d'ignominie, Prince du monde, ayant la puissance infinie. Et des trésoi'S selon tes vastes appétits.

« Tu reculas devant l'abaissement immense Dont le tyran du ciel fait payer sa clémence. Vainement le pardon fit briller son fanal ; Chérubin ténébreux, tu craignis pour ton aile. Oh! jamais, sous les eaux de la nuit éternelle, Jamais soiis la chaleur du soleil infernal.

LlVllK III. 181

« Depuis mon jour, depuis que dans la créature Le poison de la mort coula sous ma morsure, L'arbre fécond du mal ne porta pareil IVuit. Type de l'orgueilleux, de l'avare et du traître. De nous deux je ne sais qui doit être le maître. Tant, chez l'initié, la leçon a produit !

« Pour mieux l'unir à moi, j'ai mangé tes entrailles. Avant de lui donner les mômes funérailles. J'embrasse ton cadavre et lui rends ce baiser Qui désigna le Christ aux fureurs de ma haine, El qui fit dépasser à la malice humaine Tout ce que jusqu'ici l'enfer pouvait oser. »

Mai 18ci6.

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