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A LA TOUR-MAGNE

Sur le soir accablant d'un jour caniculaire , Avide d'un peu d'air plus rapproché des cieux , Parfois, à mon insu, je m'en vais, solitaire,

Gravir de ton coteau les sentiers sinueux.

Là, pour t'interroger, j'aime à te revoir seule; Mais, loin de me parler des choses d'autrefois , De ma cité natale ô vénérable aïeule, Pour moi, comme pour tous, tu demeures sans voix.

LIVHE IV. 2iiJ

Les siècles sur Ion front ont tant amassé d'ombres Que tout top souvenir y reste enseveli ; On dirait qu'un génie, bote de tes décombres. En a commis la garde au spectre de l'oubli.

Si je demande au temps ce que tu pouvais être , Le temps t'eflleure , passe, et ne me répond pas. Témoignage d'un deuil que tu n'as pu transmetln; , Portais-tu jusqu'au ciel le néant dici-basV

Ou bien , pbare élevé sur ces tristes parages , Afin d'en éloigner les imprudents nochers , La vieille mer un jour, désertant ses rivages , T'aurait-clle laissée à nu sur tes rochers if

Ton squelette a subi tant de vicissitudes Que l'on voudrait en vain lire sur Ion chaos; Les fils de la science y [jerdent leurs études , Et nul n'a jamais pu que mesurer tes os.

Et cependant, malgré ton obstiné silence , Le Nimois , de tout temps , t'a voué son amour. Ses rêves dans l'exil sont pleins de ta présence : Ton image est pour lui l'aiguillon du retour.

Par le sort désignés pour le métier des armes , Que de pauvres conscrits, en quittant leur maison, Honteux de leur faiblesse , ont essuyé leurs larmes, En voyant ton sommet se perdre à l'horizon !

Justifiés des pleurs qu'ils avaient pu répandre, Oh! combien, loin de toi, dans le champ du repos , N'entendent que les blés qui germent sur leur cendre, Ou le soc étranger passant sur leurs tombeaux !

Mais celui qui revient au foyer domestique, Après avoir bravé les hasards des combats , Comme l'aimant lointain de ta cime électrique Lui fait battre le cœur et redoubler le pas !

LIVUK IV. 221

Dans nos t(*nj[)S malheureux de liilles acharnées, On si souvent le sahle est pris pour fondement, Où tout irgne vieillit après quelques journées, Où Ton change de cheC comme de vêlement;

Tu portes, tour à tour, toutes les oriflammes; Mais, ne reconnaissant ni vaincu ni vainqueur, Toi seule es un drapeau cher à toutes les âmes, Kt dont le sang jamais n'a terni la couleur.

Ah! s'il en est ainsi, garde ton caractère.

Tes secrets dévoilés nous seraient superllus :

La vénération est fille du mystère;

Peut-être, mieux comprise, on ne t'aimerait plus.

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