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LIVRE IV

Trompés par la brise attiédir , Kecommcnçai'îiit Iciii mélodie Ainsi (pi'aii retour du {niiitemps.

« Mes enfants , a dit le vieux Pierre : Daignez vous rendre à ma prière !

Ce jour fait mentir la saison :

Accordez-moi, pour la cueillette, Que je vous suive à l'olivette :

Je meurs d'ennui dans la maison.

« Il me souvient qu'en mon jeune âge, Comme vous ardent à l'ouvrage, Pour ombrager l'auge du puits, Nous plantâmes, avec mon \)bve.

Un olivier que je révère ; Eh bien! j'en veux cueillir les fruits.

« — Père, restez dans votre chambre; Vous savez, aux jours de décembre,

22i LES THAL)1T10?^NELLES.

Les soirs sont froids : soyez prudent.

Puis, quand la vieillesse vous penche , N'allez pas, au haut d'une branche , Chercher quelque triste accident. »

Mais l'homme, au déclin de la vie, Ressemble à l'enfant par l'envie; Pierre a descendu l'escalier Et caressé la turbulence Du roquet, dont la vigilance Garde le sac du journalier.

On part. A l'air pur qui l'enivre , Le bon vieillard se sent revivre, Et va tenant pied à ses fds.

Et, malgré la route un peu rude , 11 leur cache sa lassitude Et plaisante de leur avis.

Au champ rendus, à l'instant môme,

MVi\i: IV. 72:^

Il va trouvor l'arbro qu'il aime :

(( Mon vieil ami , te voilà donc !

Sous ta noueuse et rude écorce, Les ans semblent doubler ta force, Et moi , je tremble comme un jonc.

« Quoiqu'en nous rien ne se ressemble, Si nous pouvions tlnir ensemble !

Mais ce vœu m'est presque un remord ; Je t'ai soigné toute ma vie, Kt, malgré ma peur qu'on t'oublie, Vis, si tu peux, après ma mort.

a Cependant je veux, cette année,

Que ta récolte fortunée

Cède encore à ma faible main.

Plus tard... Hélas! le temps me presse.

Beaux jours d'hiver et de vieillesse

Comptent peu sur le lendemain. »

22f; LES TRADITIONNELLRS.

Il dit : voilà que, dans l'espace, Tout devient morne , tout s'efîace :

Les oiseaux n'ont plus de chansons; Plus de lézards sur les murailles , Et, sur les pousses des semailles, Courent de' sinistres frissons.

Bientôt un nuage grisâtre, Suivi d'un vent acariâtre.

Par la montagne refroidi, Voile le ciel ; et, sous la trombe , L'olive d'elle-même tombe, Et le vieux Pierre est engourdi !

On l'emporte dans sa demeure, il expire : chacun le pleure; Et le souffle glacé du nord Sur son cercueil jetait la neige, Et gonflait le drap du cortège Comme une voile de la mort.

LIVRK IV. 227

Et, comme acmblé du veuvage, l/olivicr [jcrtlil son l'euillagc, Tué par cet liivcr cruel.

Son tronc à la triste famille.

En (les jours où la gaité brille , Servit de bûche de Noël !

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