A M. ET A M'^ GASTON DE FLOTTE
Non, non, le souvenir de ces douces soirées ]\e délaissera point mon esprit enchanté. J'avais auprès de moi deux choses adorées : La grâce intelligente et la fidélité.
Les nocturnes accords des étoiles sereines Semblaient avec plaisir se prêter à nos voix, Alors que, tour à tour, des muses souveraines Nous redisions les vers, enfants de notre choix.
Baume d'un jour brûlant, indolentes études, Vent qui nous apportais la fraîcheur de la mer,
Charme où mon cœur noyait tontes ses lassitudes, Tout ce que le présent a de triste et d'amer,
Pourquoi vous envoler au lever de l'aurore?... Quelques heures après, le soleil se levait Pour brûler le gazon qui nous restait encore, Et mettre les soucis auprès de mon chevet.
C'était l'enfantement de l'urne aléatoire ; Du poids du citoyen le poëte affaissé; C'étaient les cris lointains du jour expiatoire Demanuant le pourquoi de tant de sang versé...
Mais le rêve fini resta dans ma pensée, Et j'ai voulu pour vous le fixer dans ces vers. Comme le complément de votre main pressée Et des touchants adieux qui me furent offerts.
Nimes, 6 août 1848.
UN EXCEMUIQUE.
Au pied d'une aride colline Est un ruisseau presque dormant ; Les eaux noirâtres d'une usine L'alimentent péniblement.
On ne voit sur ses tristes rives, D'espace en espace perdus, Que quelques herbes maladives Ou bien quelques saules tondus ;
Carcasses de chiens ou de mules Qu'on y jette des alentours,
El que les feux des canicules Dévorent, après les vautours.
Eh bien, c'est dans ce site étrange Qu'un homme, plus étrange encor, Acquit une espèce de grange Du peu qui restait de son or.
Sa barbe est touffue, et son crâne Est pelé comme le genou, Et, pour habiter sa cabane, Il vint un jour on ne sait d'où.
11 a pour toute compagnie
Trois chèvres qui n'ont que la peau,
Et l'on dit qu'il tire sa vie
Du lait de ce maigre troupeau.
Son orgueilleuse indifférence A tous les propos curieux
LIVUK IV. 241
A toujours gardé le silence Et n*a jamais levé les yeux.
Devant ce fantôme morose, Combien de fois je me suis dit :
Kst-il à bout de toute chose, Et s'est-il lui-même maudit f
Embarqué pendant un orage De quelque révolution, Son esprit a-t-il fait naufrage Dans les eaux de l'ambition ï
Ou d'une amoureuse blessure Rongeant le triste souvenir, Du culte d'un astre parjure (Chercherait-il à se punira
Quelle est la folie ou Toulrage Qui, renonçant à tout appui.
Mit ce repoussant ermitage Entre ses semblables et lui ?
Mais cette vie est un problème, Et nul ne sait ce qu'en ce lieu Peut se raconter à lui-même Cet anachorète sans Dieu.
Seulement on voit que ses lèvres Expriment un amer dédain, Et que, lorsqu'il conduit ses chèvres, 11 tient un Rousseau dans la main.
I8bl.
LA mauhaim: macmi ion
« Hélas! ma pauvre Madeleine, J'ai couru tous les environs ; Je n'ai pu trouver de marraine, Et ne sais comment nous ferons.
« Au nouveau-né que Dieu nous donne Nul n'a craint de porter malheur En lui refusant cette aumône :
La pauvreté fait donc bien peur?
« Et cependant, tout à l'église Pour le baptême est préparé.
'M LES TUADITIONNELLES.
Faut-il que l'heure en soit remise?
Que dira noire bon curé? >)
Mais, tandis que l'on se lamente, Une dame, le front voilé, La robe jusqu'aux pieds tombante, S'olïre à ce couple désolé.
— « Dites-nous, bonne demoiselle, Qui peut vous amener ici ? »
— « Pour votre enfant, répondit-elle, Soyez désormais sans souci :
« Je viens pour être sa marraine, Et je vous jure, sur ma foi, Que, par ma grâce souveraine, 11 sera plus heureux qu'un roi.
« Au lieu d'une pauvre chaumière.
Il habitera des palais,