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LIVRE V

Certain d'en voir user avec sobriété, Je fais ce sacrifice à votre dignité. »

Et chacun applaudit au seigneur débonnaire.

On ne but pas d'abord plus qu'à son ordinaire ;

Mais bientôt dans la cave, à l'insu du seigneur,

Aux vins les plus exquis nos gens firent honneur :

Coups sur coups, le bordeaux coule après le Champagne ;

Mais la tête leur tourne et l'ivresse les gagne ;

Après mille dégâts, maints furieux transports,

Les voilà sur le sol étendus ivres morts.

Le maître, cependant, vient visiter ses caves,

Et dans ce noble état trouve nos hommes graves;

Pour y cuver leur vin à leur aise, il prit soin

De les faire monter dans le grenier à foin,

Puis ferma le cellier sans faire nul reproche,

Et, pour être plus sûr, mit la clef dans sa poche.

Jurant, mais unpeutard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Nos hommes, cependant, se réveillent confus :

— a Seigneur, lui dirent-ils, le remords nous pénètre,

Nous ne méritons pas d'avoir un si bon maître. Afin de conserver la paix dans la maison, Vous nous fermez la cave et vous avez raison. »

Quelle moralité tirer de cette fable?

La voici : Si jamais un maître véritable Nous rendait la tribune, usons de ce tonneau, Mais à condition d'y mêler un peu d'eau.

21 juin 1849.

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