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LIVRE V

Lui seul de la critique accepte le défi : Votre i)hénix anglais n'est qu'un auteur bouffi ; Qu'il soit prince ou valet, amoureux de l'image, C'est toujouis lui qui parle en chaque personnage. Peut-être le premier de ceux des premiers rangs, C'est Corneille. — Corneille ! il est trop sur les bancs , Oui, sa pensée est grande et son style énergique; " Mais l'avocal normand perce sous le tragique. Il n'est jamais à bout, et des actes entiers Sont bien ou mal remplis par de longs plaidoyers. — Quoi ! monsieur, c'est ainsi que vous traitez Corneille, Du théâtre français le père et la merveille! Lui qui, le ranimant d'un souffle souverain. Fit revivre à nos yeux tout l'empire romain. Le Qu'il mourût d'Horace et le Moi de Médée Ne vous donnent de lui qu'une scndjlable idée ? De grâce, terminons ce débat entre nous. Car le rouge me monte et j'ai honte pour vous.

Ainsi, même en ceux-là qui planent dans les nues, Il n'est point de beautés qui ne soient méconnues, Point de laurier sans ver, point de triomphateur Qui ne trouve le char muni d'un insultcur. Mais jamais sur le beau, dans les siècles célèbres, N'ont régné, diras-tu, de semblables ténèbres. Tu te trompes, ami. Le goût de Sévigné, Des chutes de Pradon se trouvait indigné; Racine était bien loin d'égaler son mérite. Et Paris disputait de Phèdre et d'Hippohjte. Des guerres de sonnets eurent lieu. — Mais Boiieuw Avait des yeux pourtant et distinguait le beau : Il livrait, quoiqu' alors elles fussent prisées, Les œuvres de Pradon aux publiques risées. — Tu parles de Boileau ? c'était un esprit sûr ; Mais songe qu'il rima la Prise de Namur.

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Sévère pour autrui, co critique morose

Jugea son plat lyrisme une superbe chose.

Pour donner de quoi mordre à son esprit malin,

Il met au même rang QuinauU et (Chapelain.

La Fontaine est absent de son Are poétique^

Et le Tasse essuya son injuste critique.

Il faut bien convenir que, par quelque cote,

Cet homme-là manquait de goût ou d'équité.

Faut-il monter plus haut? L'aîné des deux Corneilles

Ne succomba-t-il pas à des erreurs pareilles?

Même après Bajazet, Racine est condamné,

Ft le rival naissant ne fut point deviné.

Quand ce même Racine, au bout de sa carrière,

Par l'éclat (ÏAthalie étonna la paupière,

La routine se mit à braire à l'unisson ;

Le chef-d'œuvre fut lu, mais lu comme pensum.

Je voudrais bien aussi te parler des fétiches

Que l'idéal du jour a placé dans ses niches ;

Mais les adorateurs me montreraient les dents;

Je ne veux point risquer des avis imprudents.

Au dire des lettrés de la gcnt libérale, Ce serait attaquer la gloire nationale.

Peut-être un jour viendra que le libre examen Souffrira, sans crier, qu'on l'examine. Amen !

Et, s'il faut comme un art admettre la musique, C'est ici que le beau devient problématique. Et change en traversant et les temps et les lieux. Que d'airs jadis charmants nous seraient ennuyeux! Ce qui faisait pleurer maintenant ferait rire. La musique chinoise est pour nous un martyre ; Je voudrais bien savoir ce que pense un Chinois De nos maîtres rendus par nos plus belles voix? Je suis sûr que l'enfant de l'Empire céleste Aurait de leur génie une estime modeste. Sans doute qu'un concert est fait pour divertir; Mais d'oîi vient qu'on en sort toujours avec plaisir?

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