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LE BRIC-A-BRAC

Quelle bizarrerie aujourd'hui nous travaille? Le siècle novateur adore l'antiquaille!

Un meuble vermoulu se vend à beaux deniers ; Pour orner les salons , on vide les greniers. Une lame rouillce , un débris de vieux vase Captivent les esprits et provoquent l'extase. Il faut qu'un beau tableau soit un peu dévasté Rien ne vaut, en fait d'art, que par la vétusté.

Le plus petit grimaud se fait archéologue;

Il a son cabinet avec son catalogue.

Admirez ce tesson , car c'est là qif autrefois

Les marmitons romains faisaient cuire leurs pois !

Ce bouclier d'Annibal protégea la personne,

Quand , près de Roquemaure , il traversa le Rhône ;

Il fut trouvé jadis avec ces trois flacons,

Pleins du fameux vinaigre à dissoudre les monts.

Ce miroir de métal est celui de Poppée ,

Dame de sa parure à toute heure occupée.

Voici de Damoclès le glaive suspendu :

11 tenait par un fd; mais le fd s'est perdu.

C'est une pièce rare, une pièce classique.

Qui mit beaucoup de gens en frais de rhétorique.

Mon cher lecteur, voilà les trésors peu suspects Qu'étale l'amateur des Romains et des Grecs. Écoutons, à son tour, celui du moyen âge. Il faut d'abord grimper au quatrième étage ;

LIVUE V. :}o:>

On soulève, en entrant, de vieux tapis l'ancs.

En portière, en rideaux bien ou mal façonnés.

J^'artistc, en les joignant à l'aide de l'aiguille,

Y maria Jeplité sacrifiant sa fille

Avec l'Enfant prodigue et l'Olympe païen :

Macédoine de juif, de grec et de chrétien.

Vous êtes introduit au sein du sanctuaire;

L'ogive avec le jour y verse le mystère.

Le grand prêtre commence, et son commencement

Tombe sur ses rivaux peu charitablement.

« Il est des cabinets, véritables boutiques.

Dont les assortiments sont très-problématiques.

Moi , j'ai peu ; mais aussi je me fais une loi

De ne montrer aux gens qu'objets de bon aloi.

C'est toujours des châteaux , ou bien des sacristies ,

Qu'originairement mes pièces sont sorties.

Lorsque des citoyens le zèle officieux

Enlevait aux autels l'or superstitieux ,

On forma ce musée, ou mieux ce reliquaire,

Qui fait le désespoir de la gent antiquaire,

Obligée aujoiird'liui à vivre des encans Où brillent empaillés lézards el pélicans; Chefs-d'œuvre queCrespon offre, à des prix modiques, Aux bourgeois fraîchement sortis de leurs boutiques, Qui ne voient rien de mieux pour orner leurs salons Que des cornes de cerf ou des plumes d'oisons. De tous ces goûts divers Basque ' est le proxénète; Mais ce n'est point chez lui que je troque ou j'achète.

« Voici, dit-il, après ce long avant- propos , Le fouet avec lequel un légat bien dispos Fustigea le derrière à Raymond de Saint-Gilles, Homme dont les serments étaient un peu fragiles. Cette pièce , monsieur, est un rare trésor, Et je n'ai pas voulu la vendre au poids de l'or. Ces tableaux sur fond d'or sont tous du Bas-Empire ; Les uns sont peints à l'œuf, les autres à la cire;

' ftlarchand de bric-à-brac, à Niraes.

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