‹ Les traditionnellesChapitre 94 sur 114 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Mais, comme sur ce point chacun a dit son mot, Je veux dire le mien et payer mon écot.

J'ai souvent entendu traiter de gens ignares Nos pères dans la foi, s'unissant aux Barbares, Pour briser les faux dieux, et, dans un saint dégoût, Jeter leur marbre immonde aux fanges de l'égout ; Des gradins de l'arène utiliser les pierres, Plutôt que d'en aller arracher aux carrières. Tous les petits Gibbon du monde libéral Se sont évertués sur ce thème banal ; Les martyrs ont le blâme et les bourreaux l'éloge. Ces écoliers n'ont vu que les Romains en toge ; Et, s'ils osaient le dire, ils nous diraient fort bien Que le monde a mal fait de se faire chrétien. Je sais tous les dégâts des renverseurs d'idoles ; Mais, s'il fallait choisir entre les deux écoles. Je les préférerais à nos païens nouveaux , Qui, devant ces débris, pleurent comme des veaux.

L'arène où le plaisir était toujours un crime

Inspirait aux chrétiens une horreur légitime.

Ils déblayaient le sol de l'empire romain ,

Afin que l'avenir pût faire son chemin.

On détruit sans remords quand on peut reconstruire.

Suivant le jour divin qui leur venait de luire ,

Ils ne s'informaient pas si , par les érudits,

Ils seraient quelque jour approuvés ou maudits.

Arrachant l'univers de l'ombre mortifère,

Leur terrible labeur eut autre chose à faire.

Il est à remarquer que les peuples vieillards

Ne peuvent du passé détacher leurs regards ;

Pour les faire chanter à ses derniers poètes ,

Rome, avant de finir, recueillait ses sornettes.

Chez elle, lorsque l'art vit pâlir son flambeau,

L'amour du rare fit mourir l'amour du beau.

Elle payait au prix d'une des sept collines

Une coupe d'Évandre ou des pierres murrhines.

La fortime pour elle avait vidé son sac ;

Les peuples impuissants aiment le bric-à-brac.

Page 1