ENVOI A JULES CANONGE
Si, parce que je raille un innocent travers, Ami, de nous brouiller quelqu'un était bien aise. J'ai voulu que ton nom, à la fin de ces vers, Fût placé comme une antithèse.
LES POIS CIIICÏIES.
Mes amis, ici-bas point de viande sans os;
La vase est inhérente aux plus limpides eanx ;
Une mauvaise lieue est dans chaque voyage;
Mais surtout que la chose est vraie en mariage!
Un hymen qui jouit constamment d'un ciel bleu,
Où la discorde n'a jamais souffle son feu,
Est comme un merle blanc , un phénix de la fable;
11 put être connu, mais il est introuvable.
Espérant cependant pouvoir le déniclier, Un jour, un bon curé se mit à le chercher. Voici comme il s'y prit : A la messe du prône (Le village joyeux célébrait sa patronne), Il monte dans sa chaire, et dit : — « Mes bons amis, Mes pois chiches ont fait plus qu'ils n'avaient promis, Trente fois la semaille! Et, dans ce jour prospère. Je veux les partager entre vous, en bon père. Dieu m'a béni. D'après le saint enseignement, Le don gratuit se doit donner gratuitement, Et je me trouve heureux, en prêchant dans le temple, De joindre à ma parole un peu de bon exemple.
« Ne croyez pas qu'ici je veuille plaisanter;
Les ayants-droit chez moi pourront se présenter.
La quantité sera d'un double décalitre
Pour tous les mariés; mais sachez à quel titre :
Il faudra que, depuis la bénédiction,
Le mariage soit pur de dissension :
Le moindre désaccord, la plus petite injure
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Entre les deux époux suffit pour les exclure. Maintenant, mes enfants, je vous ai tout appris; Remplissez le progiamuie et vous aurez le prix. »
Par groupes rassemblés, au sortir de l'église, Les bons paroissiens étaient dans la surprise. L'un disait : — « Son esprit aurait-il délogé? » Un autre : — « Il ne s'est pas, certes, trop engagé! Notre curé veut rire et garder ses pois chiches. Où trouver des époux en vertus assez riclics, Chez qui la brouillerie ou la mauvaise humeur N'ait jamais au dehors causé quelque rumeur? Une grâce ainsi faite est de peu de mérite; C'est un rusé. Qu'ils soient ou non de bonne cuite Les pois chiches promis à ces conditions Ne nous donneront pas des indigestions. » Ainsi, chacun disait son avis sur le prône Et sur le résultat de la bizarre aumône.
Or, le curé chez lui ne vit nul prétendant.
Une femme, le soir, arrive cependant.
— « Te voilà, Madelon ! Eh bien ! que viens-tu faire ? Chercher ta part des pois que j'ai promis en chaire? Je sais que ton ménage est assez bien noté,
Et que comme un modèle il est partout cité. Ton brave homme Richard est un garçon que j'aime : On dit qu'il est pour toi d'une obligeance extrême.» . — « Eh ! monsieur le curé, nul n'est exempt de tort : Les saints et nous fontdeux; mais nous vivons d'accord. De nous jamais, je crois, n'est sorti le scandale Dont si cruellement le monde se régale; Et, si vous nous jugez gens d'assez de vertus, Eh ! bien oui, je venais chercher les pois pointus. On a quelques besoins, sans être misérable : Nous avons des enfants d'un appétit de diable; Il faut, pour les nourrir, nn labeur de cheval. Quelque peu de surcroît ne nous irait pas mal. »
— « Bien parlé, mon enfant; si quelqu'un le mérite, C'est vous, ccrte, et tu vas le recevoir de suite. »