CHAPITRE PREMIER
QUE SIGNIFIE L^EXPRESSION DE TOURANIENNES APPLIQUÉE AUX LANGUES AGGLUTINANTES.
L'expression de « langues touranîennes » doit son origine à une autre catégorie de linguistes, que nous appellerions volontiers les linguistes d'imagination.
Quand ils ne trouvent pas, ils créent.
Pour ranger tous les peuples qui parlent des langues agglutinantes sous un commun drapeau, ils ont inventé le touranisme, mot qui désignerait également rétat social des populations pastorales qui en étaient à Tagglutinàtion, par rapport aux populations agricoles de l'Asie qui en étaient à la flexion.
Les inventeurs de cette curieuse expression, qui s'applique indifféremment aux Japonais, aux Papous, aux Polynésiens, aux Australiens, aux Africains, à certains groupes américains, aux Pèuls, aux Nu-
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biens, aux Cafres, aax Basqaes, aux Tamoals, aux
Finnois, aux anciens Chaldéens, etc., etc au
point de vue ethnographique pur, n'ont pas réfléchi que les peuples ne naissent point fatalement pasteurs ou agriculteurs, mais qu'ils devenaient l'un ou l'autre, suivant les contrées où ils portaient leurs pas, et étaient souvent l'un et l'autre comme dans l'Inde, quand la nature du sol prêtait à cette double manière de vivre. Au surplus, la plupart des peuples du globe ont à ^'origine mené ces deux existences.
Aux deux points de vue ethnographique et historique, il n'y a pas de civilisation touranienne. Et on ne peut que s'étonner d'une invention d'autant plus audacieuse, qu'elle est réduite à fabriquer un peuple qu'elle appelle touranien, du nom du Touran,oùelle a imaginé de placer son berceau.
Les anciens peuples de la Médie appelaient vaguement du nom de Touran les contrées situées à Test de la mer Caspienne. Le Zend-Avesta en fait mention comme de pays arides et désolés, habituel séjour de l'esprit du mal.
Le Touran des anciens serait la Tartarie actuelle. Il faut avoir parcouru ces steppes stériles, où pendant de longs jours les caravanes qui vont de Kachgar à Bokhara et à ELhiva ne rencontrent que quelques touffes d'herbes rabougries et des chacals
LES LANGUES. ââ3
affamés ; où pas un monument, pas une ruine, pas un souvenir ne vient accuser un passé de quelque grandeur, pour comprendre l'absurdité de cette hypothèse.
De temps à autre, le voyageur rencontre des tas d'ossements blanchis d'hommes et d'animaux, ce sont les cimetières des caravanes qui transportent le thé, le musc et les étoffes soyeuses de la Chine.
Bien qu'on ne voyage là que dans la saison favorable, il est rare que les voyageurs soient à l'arrivée en même nombre qu'au départ.
L'été, ces plaines sont une mer de feu.
L'hiver, elles ressemblent à un vaste linceul *. .
Et au point de vue de la linguistique pure, l'expression de langues touraniennes est un non-sens ; nous désignerons donc simplement ce groupe sous le nom de langues agglutinantes, dans l'impossibilité où nous sommes d'ajouter, à cette expression, d'une division morphologique, une expression ethnographique qui ait quelque raison d'être.
Nous aurons occasion de revenir sur ces appellajtions de fantaisie à propos des langues accadiennes et summériennes.
â. La Genèse de l'hamanitë.