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LE GROUPE AMÉRICAIN

Nous commençons cette reyue rapide des langues agglutinantes, par les groupes les moins connus, les moins étudiés, les groupes américains, africains, polynésiens et australiens.

Ici nous nous trouvons en présence d'un fait des plus singuliers. L'état morphologique du langage n'est plus comme dans toute l'Asie, en rapport direct avec l'état actuel de la civilisation.

Faut-il voir dans cette situation particulière une exception à la règle que nous avons posée î Nous ne le pensons pas, et tout porte à croire au contraire qu'elle en est la confirmation.

Malgré tous les efforts des américanistes de France, qui ne veulent voir, dans toute l'Amérique, que des populations autochthones, il est certain que le nordest a subi la colonisation asiatique. M. Mackenzie

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a relevé chez les populations Ouyas, Peourgas, Sakis, Piaukichas et Miâmis, celles qui toutes appartiennent à la grande race chipawane, de telles traditions, que ce fait de colonisation ne saurait être mis en doute.

Tous les souvenirs de ces peuples les rattachent si bien au nord de l'Asie, que M. Wels, se promenant, pendant de longues années parmi les tribus indigènes et leur posant cette question :

— D'où venez- vous?

a pu recevoir partout la même réponse.

— Nos pères ont abordé le pays du bison et du castor, en traversant l'eau solide (mer de glace) qui se trouve là, et les indigènes, du doigt indiquaient le nord-est dans la direction du détroit de Behring.

C'est un fait immense dans l'histoire du monde, que celui de cette colonisation asiatique, que l'on retrouve dans toutes les parties du globe. Il semblerait que le grand continent asiatique, fût le premier habitable et que peu à peu ses nombreuses populations envahirent le globe, à mesure que chaque évolution géologique, en rendait quelque partie habitable.

Toutes les populations de l'Amérique, ont entre elles de telles aflBlnités de types, de mœurs et de langage, que l'on peut supposer qu'elles ont la même

i» LES TRADITIONS INDO ASIATIQUES.

origine, et que du nord elles ont sucœssivement envahi tout le continent sans qu'on puisse savoir sous quelles latitudes elles se sont arrêtées.

Et dès lors on comprend comment, parties de l'Asie avec des langues agglutinantes, et un certain niveau de civilisation, elles auraient peu à peu, dans les immenses forêts qu'elles vinrent habiter, où la chasse et la pêche furent leurs seules occupations, fait un retour à peu près complet à la vie sauvage : dans ce cas, l'agglutination de leur langage correspondrait à une civilisation qu'ils ne connaîtraient plus.

L'ethnographie possède de nombreux exemples de faits semblables ; ainsi les Tottahs-Veddahs, dans le sud de l'Indoustan, à la suite de nombreuses vexations qu'ils eurent à subir de la part des musulmans, s' étant réfugiés dans les montagnes de la côte Malabare, en moins d'un siècle sont retournés à la vie primitive, et si bien, qu'ils n'ont plus|aujourd'hui aucun souvenir des traditions de leurs ancêtres, et qu'ils se sont composé un langage qui n'a plus aucun rapport avec le tamoul, qu'ils ont parlé autrefois. Les croyances religieuses des peuplades américaines ont une parenté évidente avec celles de l'Asie.

Elles établissent un manitou ou génie supérieur, qu'ils placent dans l'éther, et à qui ils attribuent la création de tout ce qui existe ; mais, après cet effort,

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celui qu'ils nomment le maître de la vie est rentré dans son repos, livrant l'univers à sa vie propre sous des lois fatales et immuables.

Sous son commandement* sont d'innombrables manitous, ou génies subalternes, qui peuplent l'air et la terre, président à tout ce qui arrive, et ont chacun leur emploi distinct. De ces génies les uns sont bons, et ceux-là font tout ce qui se passe de bien dans la nature ; les autres sont méchants, et ceux-ci causent tout le mal qui arrive aux vivants.

C'est à ces génies, de préférence et presque exclusivement, que les sauvages adressent leurs prières, leurs offrandes propitiatoires et ce qu'ils ont de culte religieux ; leur but est d'apaiser la malice de ces manitous, comme on apaise la mauvaise humeur des gens hargneux et envieux ; ils n'offrent rien ou que très-peu de choses aux bons génies, parce qu'ils n'en feront ni plus ni moins de bien.

Primus in orbe deos fecit timor,

a dit Lucrèce.

Cette peur des mauvais génies est une de leurs pensées les plus habituelles et qui les tourmente le plus. Leurs plus intrépides guerriers sont à cet égard comme les femmes et les enfants; un songe, une

i. Volney.

ombre entrevue la nuit dans les bois, un cri sinistre alarment également leur esprit crédule et superstitieux, et comme partout où il y a des dupes, il croit des fripons , on trouve dans toutes les tribus sauvages des prêtres jongleurs et magiciens, qui font le métier d'expliquer les songes, et de négocier avec les manitous, les demandes et les affaires de chaque croyant.

N'ayant pas l'idée de purs esprits, ils les supposent des êtres corporels et pourtant légers, volatils, de vrais ombres et mânes à la manière des Indous et des Grecs. Quelquefois ces prêtres et les adeptes en choisissent un en particulier, qu'ils font résider dans un arbre , un rocher, une cataracte, et ils en font leur fétiche^ à la manière des nègres de l'Afrique, et des adorateurs anciens, des faunes, des sylvains et des naïades.

L'idée d'une autre vie est une croyance générale chez eux, mais ici la filiation asiatique s'efface, et ces peuplades se sont composé un paradis selon leur goût. Ils se figurent qu'après la mort ils passeront dans un lieu où aboudent le gibier et le poisson, où ils pourront chasser sans fatigue, se promener sans crainte d'ennemis, vivre sans peine et sans souci, en un mot être heureux de tout ce qui fait le bonheur dans la vie actuelle. Ils ont également l'idée du châtiment et de la récompense.

L'analogie de ces idées avec celles des Asiatiques et même des Grecs est évidente.

Les différents langages, que parlent ces populations, entretiennent entre eux les rapports les plus étroits, ils sont, nous l'avons dit, de forme agglutinante. Quelques linguistes, à cause de la multiplicité des racines agglutinées, ont voulu désigner ces idiomes sous le nom depolysynthétiques; mais l'expression ne nous paraît pas heureuse ; peu importe, en efifet, le nombre des racines, exprimant des idées de rapport et de situation, si la racine principale, si la racine idée reste invariable. Peu importe également l'incorporation de tous les mots d'une phrase en un seul, comme dans cet exemple, emprunté à un des dialectes des Chipawas :

Ou apekingaémen tikocba

Le blanc sait bâtir les vaisseaux.

Nous dirons donc que le polysynthétisme ou la composition indéfinie de m'ots par ellipse et syncope est un signe spécial aux langues américaines, mais il n'est qu'une extension de l'agglutination. Nous conserverons donc à ces idiomes le nom de langues agglutinant e s

Dans le dialecte chipawa, qui se parle dans tout le nord-est, le verbe être n'existe pas, et les adjectifs sont de commun genre comme en anglais.

iâO LES TRADITIONS INDÔ-ASIATlQUES.

Le pluriel des substantifs se forme en ajoutant au singulier le suffixe ké; ainsi alangoua, l'étoile ; alangouaké, les étoiles ; nipinsi, le lac; nipinsiké, les lacs.

Le chipawa, que Ton peut considérer comme la langue type de cette partie de Tilmérique, possède des conjugaisons de verbes^ mais ne reponnait que trois temps et Tinfinitif.

Voici deux exemples pris dans la forme active et dans la forme passive :

VERBE AGTJF.

PRÉSENT

Je mange Kîouîssîni.

Tu maDges JECioaissini.

Il ou elle mange Ouissinioua.

Nous mangeons.. .. . . Nioussini-mina.

Vous mangez Kiouissini-moua.

Ils ou elles mangent.. Onîssini-ouakô.

PASSÉ

J'ai mangé Ghaïnai-ouissiné.

Tu as mangé Chalaki-ouîssmé.

Il a mangé , Ghaïaé*'Oulssinoua.

Nous avons mangé. . . Chaïaé-kouissini-mina.

Vous avez mangé .... Ghaïaé-konissînî-moua.

Ils ont mangé Ghaïaé-ouissiniouaké.

FOTDR.

Je mangerai Nauissinî-katé.

Tu mangeras Kiouissini-katé.

Il mangera. ......... Ouisslnioua-katé.

Nous mangerons Kiouissini-mina-katé.

Vous mangerez Kiouissini-mo-katé.

Ils mangeront Ouissimiouakè-katé.

INFINITIF

Manger Ouissiningné.

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