‹ Les traditions indo-asiatiquesChapitre 28 sur 65 · INDÉFINIS · texte numérisé non relu

INDÉFINIS

L'un, l'autre^ te tohl, té hoé.

L'idée dvi duel est exprimée raua.

Comme on le voit, bien simple est ce mécanisme, aussi est-il possible à un étranger de parler couramment cette langue en quelques mois. Son accession à l'agglutination n'a pas donné au raahori le moyen de s'enrichir; il est peu d'idiomes, en effet, qui soient aussi pauvres que lui, et nous n'estimons pas que rindigène le plus cultivé, fasse usage de plus de deux cents jnots dans la conversation.

Toutes les traditions sont d'accord sur ce point, que ce langage a été plus riche autrefois. Nous avons même connu, à Taïti, deux vieillards qui prétendaient avoir vu le capitaine Cook et qui n'étaient pas compris de la population présente, parce qu ils

parlaient encore la vieille langue religieuse, celle des orero et des maraës.

Le mahori, nous l'avons dit, appartient à la division des langues agglutinantes. Il est intéressant de voir maintenant dans quel groupe ethnographique les populations qui le parlent peuvent être rangées.

La genèse océanienne débute comme celle de Manou :

« Dans le principe il n'y avait rien, et le dieu suprême Jhoiho-Taaroa habitait dans le vide. Il créa d'abord les eaux, dont il recouvrit les abîmes, et le dieu germe Tino se mit à flotter à la surface.

m Taaroa, le dieu suprême, laissa tomber dans le seia des eaux l'œuf primitif Ruméa, aussi brillant sque le soleil, et cet œuf fut fécondé.

« L'œuf resta l'espace de neuf mois dans l'élément liquide et, s' étant brisé par la force des vagues, il en sortit le cielet la terre,

« Taaroa unit alors son principe mâle à son principe femelle, la déesse Ina, et il produisit Oro, le

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dieu créateur, qui pendant de longs mois flotta à la surface des abîmes... »

De son côté, la genèse de Manou commence ainsi :

« Ce monde était dissous dans le non-être, imperceptible, sans propriété distincte, ne pouvant tomber sous les sens, ni être imaginé par la pensée : c'était le sommeil de la nature.

« Quand vint l'heure du réveil, celui qui existe par lui-même, qui n'est pas à la portée des sens externes, développant la nature avec les cinq éléments et les principes subtils, parut brillant de lumière, et sa présence chassa la nuit.

« Celui que Tintelligence seule conçoit, qui échappe aux sens, qui est sans partie visible, éternel, âme universelle, que nul ne peut définir ni comprendre, développa sa puissance.

« Il résolut dans sa pensée de tirer de sa propre substance tous les êtres, et il déposa dans les eaux

qu'il créa premièrement le germe de la vie universelle.

« Ce germe était contenu dans un œuf d'or aussi Brillant que Tastre éclatant du jour, et dans lequel Brahma, le seigneur de tous les êtres, déposa une parcelle de sa pensée immortelle, fécondée par sa volonté.

« Les eaux ont reçu le nom de Naras parce qu'elles étaient une émanation de l'Esprit divin — Nara — et les eaux ayant été le premier lieu de mouvement — Ayana — de Nara. De là l'esprit divin créateur a été appelé Narayana, celui qui se meut sur les eaux.

a De celui qui est, de cette cause immortelle qui existe pour la raison et n'existe pas pour les sens est né Pouroucha le mâle divin, fils de Brahma.

« Il resta dans l'œuf d'or l'espace d'une année divine, et par le seul effort de sa pensée le partagea en deux.

« Et ces deux parties formèrent le ciel et la terre,

et le milieu fut Tatmosphère, le réservoir perrnanent des eaux^ là aussi furent les quatre points principaux et les quatre points intermédiaires

« Or, ayant divisé son corps en deux parties, Nara, l'esprit divin, devint moitié mâle et moitié femelle, et s'unissant à cette partie femelle — l'immortelle déesse Nari — il engendra Viradj. »

Il est inutile de pousser plus loin la citation.

Comme toujours, la conception indoue est plus élevée, plus philosophique, mais est-il possible de ne pas voir les liens de parenté qui les unissent :

En face de la trinité indoue :

Brahma ou Nara, le père.

Nari, la mère.

Viradj, le fils.

qui se résout plus tard dans la trinité manifestée :

Brahma, le créateur.

Vischnou, le conservateur.

Siva, le transformateur.

rOcéanie présente sa trinité qui se forme de la même manière.

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Yhoiho-Taaroa, le père.

Ina, la mère.

Ora, le fils.

. Aux quatorze grands dieux de l'Inde:

Indra, Dieu des sphères célestes.

Varouna, dieu des eaux.

Agni, dieu du feu.

Pavana, dieu du vent.

Yama, dieu des régions infernales.

Couvera, dieu des richesses.

Kartilkeia, dieu de la guerre, aussi appelé Hara- Kala.

Cama, dieu de l'amour, du printemps et des fleurs.

Soarya, dieu du soleil, qui préside aux saisons.

Soma, déesse de la lune.

Ganésa, dieu qui préside aux portes des temples, qui éloigne les obstacles et préside aux entreprises heureuses.

Pouléar dieu des champs, qui veille aux bornes et à la conservation des héritages.

Neiritia, dieu du commerce et des voleurs.

Et Isania, dieu qui protège les cultivateurs et les travaux des champs.

L'Océanie oppose :

Tané, le premier des dieux inférieurs, dieu des mers.

Manutéhaha, dieu des enfers.

Uretaetae, juge des enfers.

Ra, dieu du soleil, préside à la lumière, aux moissons et à la croissance des fleurs et des fruits,

Thi, dieu chargé de conserver les bornes des héritages.

Toa, dieu de la guerre.

Marama, dieu de la lune, fille de l'union incestueuse d'Oro, le dieu suprême et de Marama, sa sœur, épouse du Tané. (C5ette jégende ressemble à celle d'Osiris et de Nepbtys en Egypte).

Hita, dieu du feu.

Hiro, dieu des Toleurs.

Fahaa, dieu des richesses (a donné son nom au district le plus fertile de Taïti).

Roha, dieu qui préside à l'union des sexes.

Mara, dieu de la pêche.

Les Maraës ou temples polynésiens étaient connus dans rinde, en Grèce et à Rome, entourés de bois sacrés.

De môme que chaque pagode indoue avait ses brahmes et ses fakirs, chaque maraë avait ses oreros et ses illuminés.

La constitution de la famille fut la même que celle de la famille asiatique et, circonstance bien curieuse

à noter à cause du point de contact qu'elle indique entre les civilisations du Gange et celles du Pacifique, c'est le fils .qui officiait aux cérémonies funéraires du père.

Lorsqu'un homme était mort, sa dépouille n'était pas accompagnée au champ du repos par les oreros ou prêtres, ni aucuns des desservants des temples. C'est au fils aîné qu'il appartenait d'ensevelir son père ou sa mère décédés, et de prononcer sur leur tombe les prières expiatoires qui devaient] les laver de leurs souillures, et d'invoquer les génies familiers qui devaient accompagner leurs âmes à Tupaï et les défendre devant le juge suprême.

La société polynésienne était primitivement divisée en quatre castes, et, à l'exemple de Tlnde, ces castes étaient considérées comme ayant été établies par Dieu dès le début de la création.

Les prêtres. . . . Oreros.

Les rois. .... Arii.

Les propriétaires

Et cultivateurs. . . Raatiras.

Les esclaves. « • Manahunes.

Tout mélange et alliance par mariage étaient sévèrement prohibés entre ces différentes castes.

N'est-il pas singulier de remarquer qu'alors que les gens de caste royale portaient dans l'Inde le titre d'Aryas,

Ceux d'Océanie portaient celui d'Arii.

Doit-on penser que toutes ces ressemblances, accidentelles entre les croyances et coutumes de rindoustan et de la Polynésie, sont le fait d'un pur hasard, et doit-on repousser toute parenté entre les deux peuples des deux pays, parce que les racines des langages qu'ils parlent ne sont pas réductibles à un type commun î Si nous étions aussi facile à rhypothèse que les linguistes dont nous avons rapporté les doctrines, nous dirions :

Est-ce que les racines des langues de ces peuples ne peuvent pas^ dans la très-haute antiquité, avoir été réductibles à un type commun qui a disparu?

Et de cette supposition, fort acceptable en somme, probable même, nous ferions notre argument du singe précurseur qui lui aussi a disparu. Il nous suffirait, pour cela, d'affirmer énergiquement l'existence de ce type commun, par un raisonnement dans le genre de celui qu'adoptent les partisans du chimpanzé fait homme.

Ces nombreuses similitudes, ces conceptions identiques, qui n'ont rien d'absolu, qui ne peuvent pas, comme les mathématiques naître chez des peuples qui n'auraient jamais eu aucun point de contact, ne peuvent s'expliquer, nous l'avons déjà dit autre part *, que par l'existence d'un ancien continent

t. Histoire des Viergei.

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polynésien, qui se soudait à Test au grand continent asiatique.

Les trois sommets actuels de ce continent disparu, îles Sandwich, Nouvelle-Zélande et île de Pâques, sont éloignés les uns des autres de quinze à dix-huit cents lieues, et les groupes d'îles du centre, Viti, Samoa, Tonga, Foutouna, Ouvéa, Marquises, Taïti, Pomuntou, Gambiers sont eux-mêmes distants de ces points extrêmes de sept à huit cents lieues.

Tous les navigateurs sont d'accord sur ce point, que les groupes extrêmes et les groupes du centre n'ont jamais pu communiquer entre eux dans leur situation géographique actuelle, et avec les seuls moyens de navigation qui étaient en leur possession.

Il est matériellement impossible de franchir des distances de quinze à dix-huits cents lieues en pirogue ; et en outre de l'insuffisance de l'embarcation, comment se diriger sans boussole, comment voyager des mois sans vivres ?

Gela ne supporte pas l'examen.

D'un autre côté, les naturels des Sandwich, des Viti, de la Nouvelle-Zélande, des groupes du centre, Samoa, Taïti, Gambiers, de l'île de Pâques et des îles Marquises, ne se connaissaieiU pas, n'avaient jamais entendu parler les uns des autres avant l'arrivée des Eu-

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ropéens. Et tous cependant prétendaient que leur île faisait partie autrefois d'une immense étendue de terrain qui s'étendait vers V ouest du côté de V Asie. Et tous, mis en présence les uns des autres, ont parlé la môme langue, ont accusé les mêmes usages, les mêmes coutumes, les mêmes croyances religieuses. Tous, à cette question : Quel est le berceau de votre race ? pour toute réponse étendaient la main du côté du soleil couchant.

L'existence de ce continent disparu, qui n'était que le prolongement de l'Asie dans le Pacifique, à été prouvée par les sondages du voyageur Russell, qui pour ce fait a reçu la grande médaille d'oc des sociétés de géographie de Paris et de Londres. . Y a-t-il là des peuples d'origine commune?

L'ethnographie dit peut-être î

La linguistique franco-allemande, avec ses radicaux irréductibles, dit non.

Nous discuterons ses titres au groupe des Indo- Européens.

Là encore nous sommes en présence de peuples et de civilisations qui, après avoir occupé un certain rang, sont aujourd'hui en complète décadence.

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