‹ Les traditions indo-asiatiquesChapitre 32 sur 65 · LE GROUPE JAPONAIS-CORÉEN · texte numérisé non relu

LE GROUPE JAPONAIS-CORÉEN

Ces langues appartiennent sans conteste au groupe indo-asiatique, et peuvent être, nous le croyons, placées dans le sous-groupe ourano-altaïque. Inutile , dès lors, de dire qu'elles sont agglutinantes.

On avait cru longtemps que le japonais était un dérivé du chinois ; cette erreur a rapidement disparu dès qu'on a comparé les deux langues.

Les Japonais comprennent le chinois écrit, parce qu'en outre des nombreux alphabets dont ils se servent, ils ont encore adopté l'écriture chinoise. Or, cette écriture étant idéographique et non phonétique, il suit de là que les Japonais comprennent le chinois comme les diflférents peuples de l'Europe, nous avons déjà fait cette comparaison , voient s'éveiller en eux les mêmes idées à la lecture des

chiffres, bien que tous ne les traduisent pas phonétiquement de la même manière.

Les Japonais possèdent, pour écrire leur langue, six genres difiTérents de caractères.

Le premier, appelé kata-kana, — partie de lettres, — a été formé, comme son nom l'indique, avec les caractères simplifiés du chinois. Ce genre de caractère s'emploie, concurremment avec les signes chinois, pour en préciser la prononciation, ou la signification, ou pour indiquer une forme grammaticale spéciale à l'idiome. La tradition attribue l'invention de ce syllabaire à un sage, du nom de Kibi, qui vivait au VIII* siècle, et avait longtemps voyagé en Chine.

Le second caractère est appelé hira-kana, — écriture égale, — c'est-à-dire qui s'écrit sans se mélanger avec aucune autre. 11 est en efiTet susceptible d'être employé seul pour la langue japonaise, sans qu'il soit besoin de recourir au chinois.

Le troisième syllabaire porte le nom de sittan, ou écriture sacrée ; il se compose de quarante-sept lettres, et a été apporté de l'Inde avec le bouddhisme. Il est à l'usage exclusif des prêtres.

Le quatrième syllabaire porte le nom de ziakoukana, ou nourriture de Ziakou.

A ce sujet, les traditions japonaises racontent :

« Qu'en Tannée qui correspond à 1000 de notre ère, un prêtre de Bouddha, nommé Ziakou-so, partit du Japon pour porter le tribut en Chine; il ne comprenait pas le chinois parlé, mais, comme il l'écrivait très-bien, il lui fut demandé de dresser une liste des caractères chinois, et d'indiquer par des signes leur signification en japonais. Ce fut alors qu'il composa ces signes, qu'il ramena à quarante-sept lettres, pour son pays, en l'honneur du dialecte sacré rapporté de rinde qui en comptait autant. »

Ce syllabaire se mélange quelquefois des signes hîra-kana.

Le cinquième caractère reçoit le nom de manyokana, qui peut se traduire Yécriture des chants; c'est avec ces signes que fut écrite la célèbre collection d'hymnes appelée les Dix mille Feuilles. Il s'emploie rarement avec ses seuls signes, et se mélange avec ceux des autres syllabaires. C'est un dérivé de l'écriture chinoise.

Le sixième syllabaire est connu sous le nom de yamato-kana, ou écriture japonaise, du vieux mot Yamato, qui signifie Japon; il est formé de caractères chinois excessivement modifiés.

« Tous les caractères japonais, dit M. de Jancigny, à l'exception du hira, s'emploient rarement seuls.

Ordinairement on entremêle les caractères de deux ou trois d'entre eux, sans aucune règle, ce qui rend le tout beaucoup plus difficile à déchiffrer. Et comme si la difficulté n'était pas encore assez grande, les caractères chinois s'entremêlent çà et là, avec ou sans l'indication de leur signification, et cela tout à fait selon le caprice de Técrivain. De sorte que, si Ton considère d'abord le nombre des signes de chacun des syllabaires et de leurs rariations qu'on peut appeler caractères synonymes, ce qui fait un total de près de trois cents ; si ensuite on songe à l'emploi illimité que les Japonais font des caractères chinois dans récriture cursive et de forme ordinaire , on avouera que les savants du Japon ont réussi à rendre leur langue une des plus difficiles à lire du monde entier, si toutefois elle ne tient pas le premier rang à cet égard. Les rapports qui existent entre ces deux langues sont si intimes et si nombreux, qu'avant de pouvoir faire des progrès satisfaisants dans la littérature de sa propre langue, le Japonais qui étudie doit acquérir la connaissance de trois à quatre mille caractères chinois; il doit en outre s'exercer à connaître l'emploi qu'en ont fait. les écrivains de son pays, les divers modes de combinaisons dans les deux langues , et les différentes manières d'écrire le même caractère. Aussi, comme on peut aisément le supposer, le savant a dû con-

sommer une grande partie de son temps à apprendre simplement à lire et à écrire; et pour achever de faire comprendre combien de difficultés matérielles il a à surmonter dans cette étude ingrate avant d'arriver à lire ou écrire rapidement, nous ferons observer que plusieurs des caractères chinois usuels sont employés sans indication, soit de leur signification, soit de leurs sons, et que les caractères qui ont été expliqués une fais reparaissent sous leurs signes explicatifsquandilssont répétés bientôt après. »

Gomme on le voit, récriture est la principale difficulté de la langue japonaise. M. de Rosny, le savant professeur de japonais à l'École des langues orientales, assisté de quelques érudits japonais, tente en ce moment une réforme qui, si elle est couronnée de succès, est de nature à augmenter dans une proportion notable les relations déjà si importantes de l'Europe avec ce pays, et à faire marcher plus rapidement encore la grande œuvre de régénération qui s'accomplit au Japon. Cette réforme consiste à remplacer tous les différents syllabaires actuellement en usage par l'alphabet latin.

Les idiomes coréens possèdent une écriture toute spéciale qui, jusqu'à présent, passe pour autochthone.

Comme pour le groupe précédent, on ne saurait

iOi LES TRADITIONS IN DO-AS lATIQ DES.

nier aux groupes japonais et chinois leur qualité d'asiatiques.

Nous nous bornerons donc à dire quelques mots de la genèse japonaise qui se rattache étroitement à celle de l'Inde.

D'après la doctrine du sinsyou*, appelée aussi kami no nitsi, la voie des Dieux, l'échelle progressive des êtres.

Du sein du chaos primitif, un Dieu suprême, qui n'a eu ni commencement ni cause, et n'aura pas de fin, se révéla pour la création. Son nom composé indique son éternité et sa puissance.

Âme-no- mi-naka-nusino-kami .

Comme le Brahma indou, ce dieu n'est pas le créateur direct ; il divise son corps en deux parties : l'une mâle, qui reçoit le nom

d'Iza-na-gino-mikoto, l'autre femelle, qui se nomme

Iza-na-mino-mikoto.

Ces noms composés indiquent également les qualités particulières de ces deux divinités chargées de la création.

Iza Nagi dit à sa compagne Iza-Nami :

Page 1