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LES TRADITIONS RELIGIEUSES

Nous ne suivrons aucun ordre spécial dans la comparaison des traditions que nous appelons indosémitiques. Les faits les plus importants, au point de vue historique, fort souvent n'occupent pas le même rang en ethnographie; car il arrive que telle ou telle coutume, de minime apparence, est beaucoup plus caractéristique de la race que telle autre que l'on pourrait croire plus importante. Ainsi, une conception philosophique élevée a pu tenter les savants et les sages, et se retrouver dans une foule de contrées où elle ne fait certainement point partie du fond commun des traditions primitives , tandis qu'un simple mode de salutations ou d'ablutions, un simple rite domestique caractérisera souvent la communauté d'origine.

Ce dont on se défait le moins, ce sont des cou-

tûmes dont on peut le mieux se passer, ou dont la symbolique est perdue ; l'homme les considère comme des liens qui le rattachent à ses ancêtres, et ces liens survivent à tous les bouleversements, h toutes les révolutions. On attaque une religion, un système de philosophie, une forme, de gouvernement, tout cela pousse à la lutte On n'attaque

pas la ridicule habitude de porter des bagues, et de se percer les oreilles, qui nous vient de l'Asie; on ne sait plus pourquoi l'étiquette nous oblige à manger de la main droite plutôt que de la main gauche, le véritable sens de la coutume qui fait que les deux époux échangent des anneaux, n'est plus compris

en Europe Partout l'histoire et les grands évé-

nements ont été vaincus par l'usage de tribu, la coutume familiale.

Pour ne pas remonter bien haut en histoire, on ne sait rien de certain sur les rois de la première race franque

Pour remonter très-haut dans la coutume , on sait que quand les xchatrias indous, ou gens de caste royale, se. faisaient raser complètement la tôte, c'est qu'ils voulaient se retirer dans le désert pour y vivre en vanaprasthas — anachorètes, — et terminer leurs jours dans la méditation et la prière. Et Ton sait également, car la coutume survécut à l'émancipatipn indo-européenne, qu'au moyen-âge on

coupait les cheveux des gens de sang royal que Ton jetait dans un couvent, ou qui y entraient de leur propre choix.

Nous n'accorderons donc pas à la question purement religieuse, l'importance qu'on aurait pu croire qu'elle méritait, et ceci pour deux raisons.

Nous venons d'indiquer la première, en disant qu'une tradition philosophique ou religieuse peut souvent n'être qu'un fait d'infiltration ; c'est ainsi que l'invasion du christianisme ne prouve en aucune façon la commuûauté d'origine de tous les peuples qui l'ont subie. Quant à la seconde, sans contredit la plus importante, elle est tout entière dans ce fait, que cette question de l'origine indoue des religions sémitiques, a été déjà examinée par nous, sous toutes ses faces, dans les différents volumes que nous avons déjà publiés sur l'origine de l'idée religieuse en général*. Nous renvoyons à ces ouvrages le lecteur curieux d'étudier ces conceptions sacerdotales dans tous leurs détails.

Nous venons de voir, à propos du touranisme, que toutes les traditions religieuses des primitifs Chaldéo-Babyloniens, ancêtres des Sémites Assyriens, étaient tirées du même fond commun que celles de Tlndoustan; il est donc inutile d'y revenir.

i. Bible dam VInde — FiU de Dieu — : Chrislna et le Christ — Histoire det Vierges^ Genèse de i* humanité — Fétichisme et Polythéisme ^Manou.

Quant aux Sémites hébraïques, nous ne ferons que constater une situation qui ne se discute plus dans la science.

Les croyances primitives des Hébreux furent polythéistes, comme celles de tous les peuples de l'antiquité.

Est-ce que les tendances unitaires du judaïsme ne datent pas seulement de Josiah? Est-ce qu'avant ce roi et le grand prêtre Helkiah, le Pentateuque ou livre de la loi était connu ?

Est-ce que, même dans cet apocryphe Pentateuque, écrit sous le roi que nous venons de nommer, dans le but d'unir les Juifs contre leurs ennemis du dehors, parles liens d'une tradition nationale, on ne voit pas éclater le dualisme primitif de l'Inde, de l'Egypte, de la Chaldée ? Est-ce que ce n'est point un Dieu mâle et femelle qui créa Adam indle et femelle, à son image et à sa ressemblance, bien avant que la femme ait été créée î

Est-ce que cette expression Elahim « les dieux », Elahim bara « les dieux créa, les dieux fit, » du début de la Genèse, n'indique pas, par l'emploi de ce pluriel dans la dénomination de ces dieux créateurs, et de ce singulier dans le verbe qui rend l'action de créeTy de faire, de parler^ que la conception d'une double nature mâle et femelle se réunissant, dans l'auteur de la création, fut puisée par la Judée

dans les vieilles traditions de Textréme Orient T La Genèse de Moïse débute, comme la Genèse de Manou, par un Dieu dont Tesprit flottait sur les eaux :

« Etspiritus Deifenbaturguperaquas. > « Et il a été appelé Narayana, celui qui se meut sur les eaux. )>

Mais c'est trop insister sur ces matières, alors que la Bible elle-même nous fournit à chaque pas, les meilleurs arguments que Fon puisse employer contre elle.

Qu'on lise les passages suivants de ce livre, et qu'on nous dise si le prétendu monothéisme juif n'était pas, avant Josiah et Helkiah, un pur polythéisme asiatique.

On connaît la donnée de la fable ; un jour le grand prêtre Helkiah, en faisant réparer le temple, trouve par hasard un livre : « Voici le livre de la loi de Moïse, » s'écrie-t-il (preuve qu'il n'était pas connu jusqu'alors), et il le porta au roi Josiah, et tout le monde déchira ses habits, en criant : Nous avons oublié la religion de nos pères I et le roi compléta la comédie, ou plutôt la révolution religieuse tramée avec le grand prêtre et la prophétesse Holda, en mettant à néant l'ancien culte.

S64 LES TRADITIONS INDO-ASlÂTIQUES.

« Et Josiah brûla tous les ustensiles qui servaient au culte de Baal (Bel des Chaldéens) et à toute Tarmée des dieux...

« Et il abolit les camars que les rois de Juda avaient établis quand on faisait des sacrifices dans les hauts lieux et les bois sacrés... et il abolit les temples élevés au soleil et à la lune.

« Et il démolit les maisons des danseuses qui étaient dans Tenceinte du temple (ce sont les bayadères de l'Inde qui avaient pour mission de danser dans les cérémonies religieuses).

« Et il profana le temple de Topheth, afin que personne ne pût plus y consacrer son fils ou sa fille au feu.

« Et il brûla les chevaux et les chariots du soleil.

« Et il brisa les outils consacrés à Haschtoreth (la vierge initiale, dans Tlnde Nari, Belit en Chaldée, Moulh en Egypte).

« Et il brisa aussi les Phallus (il serait difficile de trouver un signe plus caractéristique de l'influence asiatique).

« Et il extermina tous ceux qui possédaient des serpents Python, les diseurs de bonne aventure, les sacrificateurs des faux dieux, les dieux infâmes, et toutes les abominations qui existaient dans le pays de Judas, avant la découverte du livre de la loi par Helkiah, etc »

ETHNOGRAPHIE DES DEUX RAGES. 2d^

Tous ces passages ne prouvent-ils pas, jusqu'à la dernière évidence, que jusqu'à Josiah le livre de la loi ou Pentateuque n'était pas connu, et que les sémites hébraïques avaient conservé, jusqu'à la révolution religieuse opérée par Helkiah, toutes les superstitions des primitifs Chaldéens, leurs ancêtres, qui eux-mêmes les auraient apportées de l'Inde.

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