DU SCHACHTANGA OU PROSTERNATION DES SIX MEMBRES
L'éminent orientaliste Dubois, qui a passé trente ans de sa vie dans l'Inde, s'exprime ainsi au sujet de ce mode de salutation des Indous.
« Ce signe d'humilité ou ce salut appelé schachtanga, en usage chez les Indous et plusieurs autres peuples asiatiques, fut également en usage chez les Hébreux. Nous en trouvons des témoignages dans les livres sacrés ou cette marque extraordinaire de respect est appelée adoration^ lors même qu'elle s'adresse à de simples mortels.
(Voyez Genèse, chap. xviii, v. 2, — xix, v. 1, — xxxiii, V. 3, — xLii,,v. 6, — xLiii, V. 26, 50,18, etc..)
« De même, les Égyptiens, les Chaldéens et autres
peuples dont parlent les Écritures sacrées, connaissaient cette manière respectueuse de saluer et remployaient dans les mêmes circonstances que les Indous. y^
Ici nous sommes en présence d'un de ces traits peu importants en apparence dont nous parlions, mais qui sont essentiellement caractéristiques de la race. Les castes de l'Inde, dont la vie fut réglementée dans ses moindres détails, avaient chacune un salut spécial, qu'elles employaient pour les gens des castes supérieures, un autre pour répondre à ceux de leur propre caste, un troisième pour répondre aux membres des classes inférieures.
Le salut que le soudra, ou membre de la caste la plus infime, devait adresser à ses supérieurs, recevait le nom de schachtanga ou prosternation des six membres.
Dès qu'un soudra, par exemple, apercevait un brahme, il devait s'étendre immédiatement dans la poussière, de façon que le bout de ses deux pieds, ses deux genoux et ses deux coudes touchassent en même temps la terre, et dans cette posture ils devaient attendre que l'homme de la caste supérieure se fût éloigné; c'est ainsi que tout homme, quelle que fût sa naissance, devait se présenter également devant les autels et les statues des dieux.
Nous venons de voir que cette coutume était pareillement en usage chez les Chaldéens, les Hébreux et les Égyptiens ; de tels usages, essentiellement variables dans leurs formes, ne peuvent provenir que d'institutions identiques, et plus ils paraissent de minime importance, plus ils indiquent des liens étroits de parentés entre les divers peuples qui les possèdent. La coutume étrangère ne tente l'imitation que quand elle attire les regards ou met en jeu quelque passion. Tout un peuple ne reçoit pas d'un autre qui lui est étranger ses formules de salutation. Cela naît avec les premières tentatives de groupement social, et ces mœurs se conservent parce qu'on n'a jamais un motif sérieux d'en changer, et que tel salut n'est jamais un progrès sur tel autre.