Hovelacqae : Liiiguistique, p. 2f
fance à la décrépitude, et qu'elle les classe d'après leur filiation.
Maintenant, sans s'égarer dans le dédale des discnssions d'école, que doit-on dire de l'origine du langage, et quel est le principe qui doit dominer la linguistique ?
L'homme tel que nous le connaissons, tel que nous pouvons l'étudier, possède toutes les facultés nécessaires à la formation d'un langage, d'un autre côté, l'étude historique nous montre que les langues naissent, croissent et dépérissent.
Ces deux faits dont la preuve est scientifiquement faite, nous permettent d'aflSlrmer que l'homme a construit lui-même son langage... et ceci admis, la science se peut constituer sans rêveries, sans hypothèses...
Sans imaginer un créateur d'une langue primitive... Dieu, sans chercherun précurseur inférieur... le singe.
Tels sont les principes qui vont nous guider dans nos propres études.
Les Allemands se font généralement honneur d'avoir posé les premiers, les bases de l'étude naturelle et philosophique des langues. La France, facile comme toujours à l'admiration étrangère, ne songe pas à revendiquer l'héritage d'un de ses plus illustres enfants.
ÂO LES TRADlTlOiNS INDO-ASIATIQUES.
Patient et chercheur, rAUemaiid est toujours à l'affût d'une idée,., dès qu'il en a trouvé une à sa convenance, il commence par la démarquer, puis il la creuse, la noie dans les ffots de compilations érudites, et la met au jour de nouveau en revendiquant l'entière paternité de l'œuvre.
C'est ce qu'a très-bien indiqué le savant professeur M. de Rosny dans son discours de rentrée, de la société d'ethnographie dont il était président.
(Séance du 8 décembre 1873).
« On commence à nous emprunter nos idées, de tous côtés, sans nous citer bien entendu ; et j'apprenais dernièrement que la théorie que vous professez depuis dix ans de la science ethnographique, venait de nous arriver d'Allemagne, à la grande satisfaction des admirateurs de la science germanique; moi aussi, j'admire l'érudition germanique, mais je ne crois pas précisément que nous ayons à gagner en changeant notre manière de faire de la science contre celle de nos voisins les Allemands. En tous cas, je proteste énergiquement contre l'attitude des savants français, qui ne savent accueillir que par la conspiration du silence, les découvertes de leurs compagnons non titrés, et qui viennent ensuite battre la caisse pour annoncer ces mêmes découvertes, quand elles
reviennent en France sous une fausse étiquette, et par un canal étranger. »
C'est à Volney, n'en déplaise aux germanophiles, que revient l'honneur d'avoir posé nettement lesprincipes de la linguistique moderne.
On ne lira pas sans étonnement les lignes suivantes, que Schleicher et autres n'ont fait que paraphraser sans crier gare.
«J'appelle étude philosophique des langues, toute recherche impartiale tendant à connaîtra ce qui concerne les langues en général, à expliquer comment elles naissent et se forment, comment elles sV/atablissent^ s'accroissent, s'altèrent et persistent ; à montrer leurs affinités, ou leurs différences, leur filiation, l'origine même de cette admirable faculté de parler, c'est-à-dire de manifester les idées de Tespritpar les sons de la bouche, sons qui à leur tour deviennent à titre d^éléments, un sujet digne de méditation.
« Une conséquence nouvelle et importante, est que désormais il est prouvé que l'homme seul, par ses moyens naturels, a pu, a dû inventer plusieurs langues. Cette vérité résulte des différences tranchantes remarquées entre divers systèmes grammaticaux dont quelques-uns sont vraiment bizarres. Les savants philologues s'accordent à reconnaître une
foule d'idiomes originaux OU langues mortes; or il suffit qu'une seule langue soit d'invention humaine, pour conclure que toutes peuvent l'être : dès lors disparaît le besoin que se fit l'ignorance des premiers raisonneurs en ce genre, d'appeler les dieux, les génies à l'éducation primitive de l'homme et à la suggestion de son langage. Expliquer ce qu'on ne connaît point par des moyens encore plus inconcevables est un procédé par trop bizarre ; imaginer que rhomme puisse réciter subitement des mots dont il n'a ni l'habitude ni le besoin, et qui seraient le signe d'idées qui ne sont pas nées, c'est une autre contradiction qui caractérise et leurs inventeurs et leurs disciples.
« Du reste, la création naturelle des langues ne doit point alarmer ceux qui veulent absolument que toutes les races humaines soient issues d'un seul couple primitif : J'avoue que je n'entends pas mieux l'apparition naturelle d'un premier couple que de plusieurs; mais comme je ne vois aucune utilité morale et scientifique à l'une et à Tautre hypothèse, je demande la permission de rester indifférent. »
(Comme on le voit, Volney n'envisage que la linguistique, et reste rationnellement sceptique en face de toute croyance).
« Seulement je remarque qu'en admettant un seul couple primitif, il a pu arriver par la suite que quelque couple de sourds et de muets ait vécu isolé, et qu'il ait produit une race bien conformée qui aurait été contrainte de se faire une langue. Nier la possibilité de cette invention, c'est prétendre que tout ce qu'on ne conçoit pas ne saurait exister; . plus je vieillis moins j ai cette prétention. Sans sortir du cours des choses naturelles, il me semble que les lois de l'entendement humain suflSsent seules à résoudre le problème.
« Dès lors que l'origine du langage est expliqué, toutes ses subséquentes découlent aisément les unes des autres.
« Par exemple, celle de l'accroissement ou extension d'une langue n'offre pas de difficulté réelle : Ion conçoit comment, sur un premier canevas donné, l'esprit humain prolonge de nouvelles lignes dans la direction de celles qui existent;^ «comment, en acquérant des idées nouvelles, il les peint par des mots tirés de la même famille; comment il combine les anciens mots pour en faire de nouveaux. L'étude des étymologies est démonstrative à cet égard; les procédés des enfants le seraient également, si au lieu d'en faire des perroquets, nous les laissions, un peu, raisonner et parler d'eux-mêmes.
« Une seconde question, l'état stationnaire d une
langue se conçoit facilement. En effet, qu'un peuple vive isolé, qu'il ait acquis une ôomme d'idées suffisantes à ses besoins et à ses habitudes ; que par la nature de son gouvernement il ne puisse étendre la sphère de ses connaissances : Chez un tel peuple, la langue peut subsister des siècles sans avancer ni reculer; j'en fournirai des exemples au besoin. Cet état stationnaire et limité est bien plus répandu qu'on ne pense; il a lieu chez presque tous les peuples montaguards, chez les peuples pasteurs, s'ils peuvent * se préserver des guerres externes; enfin chez les nations même civilisées, et cela dans les classes et professions ofi le temps de l'homme et de la famille est absorbé par les soins de la subsistance; ces classes ne connaissent de la langue nationale que la portion qui leur est nécessaire : Amenez un paysan, un ouvrier dans nos assemblées scientifiques , vous verrez combien de mots ils ne comprennent pas; faites-les suivije un raisonnement ou une narration, vous verrez qu'ils n'ont pas l'usage de plusieurs modes et temps de nos verbes.
« On se fait une illusion lorsqu'on parle des nations comme de corps sociaux homogènes à la manière des corps physiques. Elles ne sont que des confédérations d'intelligences différentes qui, sous le nom de riches, de pauvres, de prolétaires, de propriétaires, d'oisifs, de laborieux, ont des sphères
d'idées différentes et par conséquent des, dictionnaires de mots très -différents.
« Une troisième question, celle de l'altération d'une langue, peut être divisée en deux branches.
« L'altération par le mélange des mots étrangers, c'est Tefifet des guerres, des invasions, du commerce.
« Ce mal vient de l'extérieur.
« Et l'altération par l'amaigrissement, l'appauvrissement, c'est-à-dire par l'oubli et le non emploi des expressions et des tournures élégantes, par l'introduction de fermes et de tournures triviales, de mauvais goût, de peu de justesse.
Ce mal vient de Tintérieur.
« L'altération par mots étrangers, effet des invasions, des conquêtes, des relations commerciales, est trop claire pour s'y arrêter : elle est plus ou moins grande selon l'affinité ou la dissemblance des deux langues qui se mêlent ; elle devient totale si leur construction grammaticale est diverse, c'est-àdire si l'exposition des idées marche dans un ordre différent. Ce cas amène des décompositions du langage existant, d'oii sort un langage nouveau mixte de ceux qui précèdent »
Comme on le voit, bien avant l'école allemande contemporaine, bien avaut Schleicher, Curtius,
4i LES TRADITIONS INDO-ASIATIQUES.
Kuhn, Spiegel, H^ckel, — Volney avait posé en principe que la philosophie comparée ou linguistique, doit être une science naturelle et philosophique tout à la fois, que Thomme est apte à se former lui-même son parler, et que les langues, comme les individus, naissent, s'accroissent, s'altèrent et périssent. Rendons donc à Volney co qui n'appartient pas aux Allemands. On a pu voir également qu'avec un véritable scepticisme plein de tolérance, le linguiste français, qu'on ne peut pas cependant dans ses autres études, accuser d'avoir été tendre aux croyances sentimentales et métaphysique)^, n'entend pas se servir de la philologie comparée, pour combattre ou élever sur le pavois telle ou telle doctrine naturaliste ou anthropologique.
Il demande qu'on lui permette àe rester indifférent.
C'est également le seul rôle auquel nous prétendions aujourd'hui.
Les linguistes de l'école dont nous nous occupons, sortent encore des droits que leur attribuent leurs études spéciales lorsqu'ils concluent de la diversité des langages, à la diversité des races humaines.
Ce n'est pas que cette opinion ne puisse être vraie pour telle ou telles races en particulier, mais en présence de faits ethnographiques indiscutables, qui la Contredisent sur plus d'un point, elle n'a pas con-
quis le droit de s'énoncer à titre de proposition générale.
Un de ces linguistes, M. Ghavée, homme d'une profonde et indiscutable science, nous pourrions même dire, le plus savant et le plus vigoureusement logique des linguistes actuels, a le tort, comme ses devanciers, selon nous, de sortir de la science spéciale où sans conteste il trône en maître et de se laisser tenter par des conclusions ethnographiques que la linguistique pure ne donne pas, nous l'avons dit, le droit de généraliser.
Il formule ainsi son opinion :
4c Deux langues radicalement diverses, supposent nécessairement deux variétés primitives de l'organisation cérébrale propre à notre espèce ; donc tous les peuples parlant de» langues radicalement diverses appartiennent à des races diJBTérentes. »
C'est toujours le quod erat demouatrandumt que Ton considère comme démontré.
Il faudrait d'abord nous prouver que le cerveau humain sous des influences diverses, de milieux, de climats et de nourriture, ne peut être apte à construire deux langues radicalement diverses. Cette preuve n'étant point rapportée, les prémisses ci-dessus n'ont rien d'exactement scientifique, et
n'acquièrent aucune valeur d'une affirmation personnelle. Bien plus, elles sont en contradiction manifeste avec la physiologie, qui, par exemple, est incapable de rencontrer aucune différence entre l'organisation cérébrale d'un Indou et celle d'un Juif, et cependant le sanscrit et l'hébreu sont deux langues radicalement diverses.
Dira-t-on que cette variété cérébrale disparue aujourd'hui n'a existé que dans le principe.
Qui donc alors a pu la constater dans le passé ?
« Quand deux langues, poursuit M. Chavée, peuvent-elles être scientifiquement tenues pour deux créations radicalement séparées î Premièrement : quand leurs mots simples ou irréductibles à des des formes antérieures n'offrent absolument rien de commun, soit dans leurs étoffes sonores, soit dans leur constitution syllabique. Secondement : quand les lois qui président aux premières combinaisons de ces mots simples, diffèrent absolument dans les deux systèmes comparés. »
Fort bien, constatez cela pour les langues, mais qu'est-ce que cela prouve en anthropologie, tant que vous n'aurez pas fait cette preuvç que nous vous demandions plus haut, c'est c^\xe le cerveau humain, sous des influences différentes de temps,
de lieu, de climat, etc.. ne peut pas construire deux langues radicalement diverses.
Un exemple prouvera le danger de ces affirmations à priori. Supposez pour un instant, qu'Indo- Européenset Sémites aient disparu depuis des siècles de la scène du monde, que nous ne sachions rien de leur langage, et que la langue grecque seule nous ait conservé à titre de traditions, quelquesunes de leurs conceptions religieuses et philosophiques, qui au fond ont été les mêmes.
Dans un autre ordre d'idées nous pourrions imiter votre raisonnement et nous dirions :
« Deux peuples qui possèdent des conceptions intellectuelles identiques, ont dû nécessairement les exprimer de la même manière, donc les Indo-Européens et les Sémites qui ont eu des conceptions identiques, ont dû parler le môme langage. »
Ce raisonnement on le sait, serait absolument forcé... le vôtre qui procède parles mêmes moyens est-il exact, vous aurez beau l'affirmer, vous ne pourrez pas nous le prouver.
A propos des langues de création séparées, qui supposent des variétés cérébrales différentes, M. Hovèlacque, qui s'en réfère à la même autorité, ne manque pas une fois de plus, déplacer son singe.
4c C'est le cas, dit-il, des langues sémitiques et des langues indo-européennes, c'est le cas d'un nombre considérable de systèmes linguistiques. La conséquence de ce fait est grande : si c'est la faculté du langage articulé qui est le propre, et la seule caractéristique de l'homme, ainsi que nous l'avons dit dans notre chapitre second, et si les différents systèmes linguistiques que nous connaissons, sont irréductibles, ils ont pris naissance isolément en des régions bien distinctes ; il en résulte que le précurseur de l'homme, le primate en voie d'acquérir la faculté du langage articulé, a gagné cette faculté en différents lieux à la fois, et a donné naissance ainsi à plusieurs races humaines originellement distinctes. »
C'est-à-dire pour les deux systèmes de langages qui nous occupent, qu'il y a eu deux primates, c'est-à-dire deux singes en train de conquérir la dignité d'hommes par le langage :
Le singe indo-européen.
Et le singe sémitique,
Risumteneatis.,.
Encore une fois la question de l'homme-singe nous est parfaitement indifférente, nous serions même enchanté de la voir résolue scientifiquement dans le sens de l'affirmative— mais, alors que l'anthropo* logie ne s'avance qu'en hésitant, sur un aussi grave
sujet, étudiant, cherchaat des preuves, qu'elle n'a pas encore rencontrées, on ne peut voir trancher la question avec cette assurance doctorale, qui ne ménage pas la verge aux adversaires, sans qu'entre deux étonnements ne s'échappe un sourire.
Plus modeste et plus logique est l'illustre général Faidherbe, un savant, en même temps qu'un des rares hommes qui aient su défendre la France en 1870. Rencontrant sous sa plume, dans son Essai sur la langue Poule, ces théories du gorille et du chimpanzé précurseurs de l'homme, il traite tout cela d'affaire de mots et de convention pure, et abordant de suite le vrai côté de la question, déclare que ^ la seule chose importante, c'est de savoir si chez cet être, qu'on Tappelie homme ou non, le langage a pris naissance sur un seul point, en une seule fois, ou bien d'une manière multiple sous le rapport des lieux et des temps. >
M« Faidherbe se déclare partisan de la seconde hypothèse, posée ainsi et non comme émanée d'une doctrine indiscutable, la question reste scientifique, et nous ne faisons nulle difficulté de reconnaître, que le langage a pu être créé dans des temps et des lieux différents, et par des races d'hommes difiTérentes ; mais il y a loin de cette proposition, qui a pour elle les plus grandes présomptions de vérité, à Vafirîmtim quand même que* des populations parlant
des langues radicalement différentes, ne peuvent pas descendre de la même souche.
Les divisions de castes, l'esclavage et les proscriptions en masse ont eu dans l'antiquité, sur la formation et les évolutions des langues, une influence que nous ne pouvons guère étudier aujourd'hui.
Constatons avant de quitter ce sujet, que M. Hovelacque termine son exposé de linguistique par un véritable chef d'œuvre :
« Nous avons parlé, dit-il, tour à tour de pluralité originelle et de transformation. Ces deux termes, aux yeux de quelques personnes sembleraient peutêtre se contredire; au fait, il n'en est rien, et ils se concilient sans diflSculté.
« La doctrine de la pluralité originelle des langues et des raceg humaines, n'a pas la prétention de faire échec à la doctrine plus générale de YUnité cosmique. En fin de compte, il faut bien reconnaître toujours que toutes les formes existantes, toutes sans exception, ne sont que les différents aspects de la matière qui est une comme elle est infinie. Mais cette unité n'empêche en aucune façon que telles ou telles formes identiques, analogues si l'on veut, ne se soient développées simultanément en des centres différents, et qu'il soit impossible de les ramener direc-
tement sans intermédiaires à une forme commune. Le même précurseur (toujours le primate) a-t-il donné naissance à ces formes analogues mais distinctes, le fait est possible, mais nous ne sommes pas en mesure de le vérifier. »
Nous ne nous serions guère attendu à une pareille conclusion.
L'auteur, après avoir affirmé avec énergie, la doctrine de la pluralité originelle des langues et des races humaines, et versé à chaque pas pendant plus de trois cents pages, des flots d'ironie mordante sur ses adversaires, les chevaliers fidèles du sentimentalisme et de la métaphysique, tout d'un coup se ravise... 11 ne voudrait pas blesser son fétiche YUnité cosmique^ la matière qui est une comme elle est infinie. 11 affirme que la doctrine de la pluralité des langues et des races, ne porte pas atteinte à son unité... Puis tout d'un coup il se pose cette question singulière. Le même précurseur, c'est-à-dire le même primate, le même singe, a-t-il donné naissance à ces formes analogues mais distinctes, des langues et des races?... Et dans son respect religieux pour l'unité cosmique, il répond :
Le fait est possible^ mais nous ne sommes pas en mesure de le vérifier I
Ainsi, après avoir repoussé la légende du couple
unique, donnant naissance à toutes les races et à toutes les langues, entant que cette légende s'applique au premier homme, il est tout prêt à l'admettre si on veut bien l'appliquer au précurseur de l'homme, c'est-à-dire au gorille ou au chimpanzé.», et il déclare possible que le même précurseur ait donné naissance à toutes ces formes analogues^ mais distinetes^, de langues et de races.
Il remplace la question du premier homme,
Par la question du premier singe.
Voilà où conduit l'esprit de parti... Ce n'est pas là de la science» c'est-à-dire cette étude rationnelle, tolérante et sceptique, qui débute sans principe arrêté d'avance, sans préjugés, sans parti pris, et ne constate en somme que ce qui est entouré de telles preuves, que chacun le tient immédiatement pour vérité... pro veritate habetur.
Il se peut, nous ne nous lasserons pas de le répéter que l'homme ait eu pour précurseur le singe... .Aucun esprit vraiment scientifique n'osera dire que ia preuve en est faite, n'asseoira les origines d'une science sur cette hypothèse, et surtout ne reconstituera au profit du gorille ou du chimpanzé précur- :seurs, la vieille légende que les hiérophantes, les ifcrahmes, les bonzes, les prêtres de tous les pays '^t de tous les temps ont adaptée à l'homme.
La qu^tion que nous nous proposons d'étudier dans le présent livre, est celle de savoir, comme notre titre l'indique, si les peuples qu'on est convenu d'appeler Id do-Européens et les Sémites, ne sont pas des rameaux de la même souche, n'appar* tiennent pas à la même race? En d'autres termes étant admis la doctrine de la pluralité des langues à leur origine, peut-on malgré cela dans la nomenclature des peuples de TAsie, admettre une branebe Indo- Sémitique.
A part M. Haeckel, qui ne fait qu'une seule et même race des Indo-Européens, des Sémites, des Basques et des Caucasiens, qui dit oui, toute Técole linguistique dont nous venons d'étîidier les théories, étendant sa doctrine de la linguistique à Tethnographie, dit non I Parce que des langues radicalement diverses, supposent des organisations cérébrales différentes.
A cela nous avons déjà répondu et nous répondons :
Quand vous aurez conclu arbitrairement que Indo-Européens et Sémites n'ont entre eux aucune communauté d'origine par ces motifs que les racines et les mots de leurs langues ne sont pas construits d'après les 'mêmes règles... pensez- vous que vou» nous aurez enlevé le droit de prouver que les traditions, les mœurs, les coutumes, les lois, les
croyances religieuses de ces peuples furent identiques, que tout ce qui constitua; leur vie intellectuelle, leur civilisation en un mot, est issu d'une source commune, et de conclure à notre tour par des raisons historiques, géographiques, philosophiques, législatives et religieuses à cette communauté d'origine que vous repoussez par des raisons de linguistique pure... et alors que vous ne pouvez démontrer que le cerveau humain n'a pu concevoir et construire deux langues différentes.
Ou donc avez-vous pris le droit, parce que certains groupes d'hommes emploient des racines invariables, et d'autres des racines à flexions, de prétendre qu'ils sont d'une conformation, d'une origine différentes, et de trancher d'un seul coup, les problèmes les plus graves d'histoire, d'ethnographie et de physiologie.
A vos prétentions, que vous formulez comme un indiscutable axiome, nous allons simplement faire la réponse suivante :
Ne peut-on admettre : que deux langues diverses par les formes du parler, ne laisseraient supposer une variété cérébrale différente, que dans le cas où, à ces différences purement mécaniques, viendraient se joindre des conceptions intellectuelles d'une nature ou d'un ordre différent. Et dans ce cas ne pourrait-on reconnaître que toutes les nations qui
possèdent originairement des conceptions intellectuelles identiques peuvent appartenir à la même race.
Pour faciliter la solution de ce problème, nous allons dresser d'abord un tableau général des langues humaines, yoir dans cette classification rapide, quelles sont les diflScultés prétendues insurmontables qui s'opposent au départ de telle ou telle race d'un berceau commun, puis comparant ensuite les traditions des Indous et des Sémites, nous verrons spécialement pour ces deux groupes importants, si l'hypothèse des linguistes doit suffire, pour séparer complètement deux groupes si fortement unis, par leurs conceptions originaires.