‹ Les traditions indo-asiatiquesChapitre 54 sur 65 · I. LA BETTE DES ANCÊTRES · texte numérisé non relu

I. LA BETTE DES ANCÊTRES

<< C'est par les prières d'un fils, et les cérémonies funéraires qu'il accomplit sur leur tombe, que les ancêtres parviennent au séjour céleste. »

; [Prescriptions brahmaniques du Nittia-Carma,)

Ce fait, que le père ne peut parvenir au séjour de Brahma que par les prières et les sacrifices offerts par son fils, domine tout le droit religieux des Indous. Aussi quand une femme était frappée de stérilité, était-elle obligée, par la loi religieuse, de con-* duire à son mari une de ses suivantes prise toujours -dans sa parenté, afin que ce dernier eût d'elle ce Ifils, que sa femme légitime n'avait pu lui donner.

Par une fiction singulière, le nouveau-né était dit fils de la femme de son père, et non de sa mère naturelle, qui n'avait agi que par procuration de Té-

pouse légitime, et cette fiction "n'était créée qu'en vue des cérémonies funéraires que le fils devait accomplir sur la tombe ou le bûcher de son père et de sa mère légale.

Malgré l'injonction formelle de la coutume relijgieuse, comme le fils qui devait naître de cette union passagère était dit sien et qu'il jouissait de tous les droits attachés à cet état, la femme légitime était libre de céder temporairement à une autre sa place au lit conjugal, et en aucun cas le mari ne pouvait se passer de son autorisation.

Cette union pouvait se changer en un véritable mariage, si la première femme y consentait, mais celle-ci gardait toutes ses prérogatives de maîtresse de maison, la seconde femme n'était qu'une épouse secondaire, et tous les enfants qui venaient par la suite à naître d'elle, aussi bien que le premier-né, étaient les fils et filles de l'épouse légitime avant d'être les siens.

« Je ne connais qu'un seul cas où un homme puisse dans l'Inde se marier légalement avec une autre femme du vivant de la première, c'est lorsque celle-ci, après une longue cohabitation, est déclaré, stérile, ou bien lorsqu'elle ne met au monde que des filles ; car dans ce dernier cas la dette des ancêtres, c'est-à-dire la naissance d'un fils, n'est censée

acquittée qu'imparfaitement. Alors même, pour contracter un second* mariage, le consentement de la première femme est requis; elle est toujours con* sidérée comme la principale épouse, et en conserve toutes les prérogatives. »

(Dubois.)

Même coutume chez les Sémites chaldéens et hébraïques.

[Genèse, chap. xvi.)

' « Or Sarah, femme d'Abraham, était sans enfants, mais ayant une servante égyptienne nommée Agar.

« Elle dit à son mari: Voilà maintenant que le Seigneur m'a privée d'enfanter, approchez -vous de votre servante, peut- être aurai-je des enfants d'elle. Et lorsque Abraham eut consenti à sa prière,

« Elle prit Agar sa servante, dix ans après qu'ils eurent commencé à en habiter la terre de Canaan, et la donna pour concubine à son mari. »

Voilà bien la coutume indoue dans toute sa pureté.

Sarah est sans enfants, elle choisit une de ses servantes, et la conduit à son mari en disant : Peut-être aurai-je des enfants d'elle.

Le fils qui naîtra sera sien ; on ne saurait nier

ETHNOGRAPHIE DES DEUX RAGES. Zi9

que nous ne soyons en présence de la même fiction religieuse, devant produire les mômes effets, et née des mêmes besoins : « la nécessité d'avoir un fils qui pûtj ensevelir son père et sa m-ère, accomplir sur leur tombe les cérémonies funéraires, et payer la dette des ancêtres. » Sans cette explication, la seule çtdmissible, cet acte volontaire de Sarah, pour se procurer un fils qui n'est pas de son sang, serait imcompréhensible.

Sans doute on pourra dire qu'Abraham désirait un fils pour perpétuer son nom et sa race sur la terre, pour lui laisser les troupeaux, les biens qu'il possédait, et qu'il y a là une explication suffisante

de son action cela pourrait être pour Abraham,

qui était véritablement le père.

Mais qu'importait à Sarah un fils qui ne devait pas sortir de son sein, une descendance qui ne serait point la sienne. Maîtresse à k maison, elle risquait de se donner une rivale, de perdre son autorité, et tout cela pour donner des héritiers à son mari qui ne fussent point de son sang?

Cela n'est pas dans la nature et quiconque connaît un peu le cœur humain n'admettra jamais une pareille abnégation de la part de la femme, à moins de motifs d'une gravité exceptionnelle, et il n'en est pas pour les peuples primitifs de plus graves que ceux qui émanent de la religion.

330 LES TRADITIONS INDO-ASlATlQUES.

Les écrivains catholiques ont tellement senti qu'il y avait là une coutume qui ne s'expliquait point d'elle-même, que quelques-uns ont prétendu gravement queSarah ayant* eu l'intuition divine que de la race d'Abraham devait naître le rédempteur^ elle craignait, se voyant sans enfants, que la parole de Dieu ne pût s'accomplir. Ces messieurs font jouer un bien singulier rôle à leur intuition divine; à tant faire que d'avoir une intuition céleste^ il fallait au moins qu'elle ne fût pas erronée, et cette intuition aurait dû apprendre à Sarah que le prétendu rédenipteur ne naîtrait pas de la race d'Agar, sa servante, mais bien de la sienne. Passons: aussi bien n'avons-nous fait mention de ce fait, que pour montrer que les catholique^s ont eux aussi cherché une explication à cette coutume singulière.

Sarah a simplement voulu, suivant la vieille tradition indoue, s'assurer d'un officiant funéraire.

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