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Les Fils de Dieu

332 LES TRADITIONS INDO-ASlATlQUES.

mençait à murmurer des prières sur la tombe ou Turne funéraire de celui qu'on lui avait donné pour père.

Manou qui avait consacré cette coutume formulait ainsi la loi :

« Que la jeune femme dont le mari vient à mou^ rir soit épousée de nouveau par le plus proche parent, suivant la règle prescrite... et l'enfant qui naît est dit fils du défunt. »

On voit de plus en plus combien était forte cette croyance religieuse de Tlnde, puisque le frère ou le parent le plus proche étaient obligés de se sacrifier au défunt, d'épouser sa veuve, et de consentir à ce que le premier né fût soustrait à leur tendresse ; nécessité d'autant plus pénible que, si après avoir engendré un fils, pour le compte de son frère ou de son parent, le mari de la veuve ne pouvait en avoir d'autres héritiers, il était obligé à son tour, pour assurer Taccomplissement des cérémonies funéraires à son décès, soit d'adopter un fils, soit d'en obtenir un d'une étrangère.

La Bible, dans une foule de passages, témoigne de coutumes identiques, mais elle ne les explique pas, et semble avoir totalement oublié l'idée religieuse qui leur a primitivement donné naissance, et qui seule peut les rendre compréhensibles.

C'est ainsi que les croyances et les habitudes se transmettant d'âge en âge, perdent leur cachet primitif, n'ont plus souvent ni nécessité ni raison d'être, se conservent à titre de coutumes des ancêtres, dont nul ne connaît plus bien Torigine, mais qu'on continue à observer par respect pour la tradition, bien que la tradition soit devenue muette.

Mais c'est alors qu'elles sont suivies d'une manière inconsciente que l'ethnographe relève avec plus de plaisir ces coutumes, car, dans ce respect d'usages incompris, il trouve les signes les plus indiscutables, de filiation.

Du temps du chaldéen Abraham, la coutume qui nous occupe devait être encore vivante, le père et le fils aîné étaient les seuls prêtres de la famille. Lorsque les Hébreux, constitués en corps de nation, eurent des prêtres, le rôle du fils disparut dans les funérailles, et dès lors, si l'usage de se procurer un fils par des moyens d'exception, jurant avec tous les sentiments humains, s'est conservé, c'est pour nous un signe essentiellement caractéristique de race... on n'a pas voulu abandonner une coutume du vieux berceau indou.

Nous voyons, dans la Bible, que Ruth étant devenue veuve, suivit Noémie, sa belle-mère, de Moab en Bethléem, et comme elle n'avait pas d'enfants elle se rendit auprès de Booz, proche parent de son

mari, et les choses se passèrent suivant la coutume que nous venons d'indiquer.

Booz épousa Ruth devant les anciens et le peuple en disant :

« Vous êtes témoins que je prends pour femme Ruth, la moabite, veuve de Mahalon, afin que je fasse revivre le nom du mort dans son héritage, et que son nom ne s'éteigne pas dans sa famille, parmi ses frères et son peuple. »

Toute la scène qui précède cette union est singulière à noter, tellement elle indique des mœurs d'origine indoue.

Manou a dit :

« Que la jeune femme, dont le mari vient à mourir, soit épousée de nouveau par le propre frère, et» à son défaut, par le plus proche parent... »

Or Ruth avait un plus proche parent de son mari que Booz, et ce dernier ne la pouvait épouser que sur le refus du premier, et toutes choses vont se passer comme dans la vieille coutume des bords du Gange, où le parent, disposé à épouser, sommait le parent le plus proche, devant les anciens de la caste, de déclarer s'il entendait obéir â la loi.

« Booz donc monta à la porte et s'y assit, et comme celui qui avait le droit d'épouser avant lui passait, il lui dit : Toi, un tel, arrête-toi et assiedstoi ici, et il s'arrêta et s'assit.

« Alors il prit dix hommes des anciens de la ville, et il leur dit : asseyez-vous ici, et ils s'assirent.

« Puis il dit à celui qui avait le droit d'épouser avant lui : Nohémi qui est revenue du pays de Moab, a vendu la portion d'un champ qui appartenait à Blimélech, notre parent.

« Veux-tu exercer le retrait et user de ton droit d'épouser la veuve?

« Car, au jour que tu acquerreras le droit de la main de Nohémi et de Ruth la Moabite, femme du défunt, tu acquerreras aussi Ruth, pour conserverie nom du défunt dans son héritage.

« Et celui qui avait le droit d'épouser dit : Je ne saurais le racheter, car je crains de faire passer mon propre héritage à un étranger... toi, prends pour toi ce droit.... et il dénoua son soulier, car c'était une ancienne coutume en Israël de céder son droit à son parent quand on refusait d'en user... )>

Sur ce refus, Booz épousa Ruth-

Que l'on remarque bien la raison donnée par le

parent de son refus, et qui doit se traduire ainsi sous peine de n'avoir pas de sens :

— Je refuse d'épouser Ruth, car son premier né appartiendra à Mahalon, et si elle ne me donne pas un second fils, je n'aurai pas d'héritier, et mon héritage passera à mes parents.

De même Thamar, après la mort de Her, son mari, n'ayant pu concevoir d'Onan, frère de ce dernier, qu'elle avait épousé, et qui avait recours aux manœuvres les plus contre nature pour ne point susciter drîs enfants à son frère, semen fundebat in terram, ne craignit pas sous un déguisement, afin de ne point rester sans descendance, de provoquer les embrassements de Juda, son beau-père. ...

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