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LE CHINOIS

Le monosyllabisme est la forme la plus rudimentoire que puisse affecter le langage.

Tous les idiomes ont passé par cet état, c'est donc avec juste raison que l'on a pu dire du monosyllabisme qu'il était Tenfance des langues.

Dans cette forme de langage tous les mots sont des racines, rien n'indique ni le genre, ni le nombre, ni le temps, ni le mode, ni la personnalité ; le vocable ne renferme qu'une idée générale souvent trèsvague, la phrase dans son état primitif, n'est qu'une succession de racines mises bout à bout, qui n'ac • quièrent une valeur spéciale que par la place qu'elles occupent dans la construction syntaxique du discours ; elles restent toujours invariables, et c'est uniquement la place qu'on leur assigne, qui en fait des noms, des verbes, des régimes ou des qualificatifs.

Le rôle des mots pouvant ainsi varier, souvent

7i LES TRADITIONS INDO-ASIATIQUES.

même leur signification, on comprend que dans les langues monosj^Uabiques, la prononciation soit . presque aussi importante que la syntaxe.

La langue classique du monosyllabisme est le chinois, parlée aujourd'hui par plus de deux cent millions d'individus. Cet idiome renferme trois dialectes principaux.

io Le dialecte des Mandarins , qui est la langue savante, celle dans laquelle sont publiés les rescrits impériaux, les édits des gouverneurs d^ province, c'est également la seule employée dans toutes les relations oflScielles, les exameus des lettrés, et dans tous les tribunaux.

2® Le dialecte de^Canton dont se servent les populations du sud.

3^ Celui du Fou-Kiang à Tusage des populations du nord.

Notre but n'est pas d'étudier toutes les langues en linguiste, et dans cette revue rapide, nous devons nous borner à constater sommairement Tétat du parler des différents peuples du globe; comme aussi les renseignements^ ethnographiques que nous donnerons sur ces derniers, se borneront à de grandes lignes générales, caractéristiques de la race. Trop vaste serait ce travail d'ensemble, s'il devait descendre dans le détail. Nous n-ous contenterons donc, ainsi que nous l'avons déjà dit^ de faire notre étude

la plus complète que possible sur certains groupes de langues, les moins connus et sur la civilisation indoue et sémitique.

Les conceptions primitives des Chinois sur la création sont assez vagues, cependant ce que Ton en connaît les rattacherait à celles des Indous de l'époque brahmanique.

La Raison suprême, parfaite dans son essence, qui n'est point à la portée des sens, éteirnelle, infinie, àme de tous les êtres, habitait dans le vague de réther, lorsqu'elle conçut l'univers dans sa pensée.

Après avoir formé le monde par le seul effort de sa volonté, et en donnant un corps solide aux effluves de sa pensée, elle créa plusieurs séries d'esprits pour les habiter.

La terre fut dévolue à Thomme, qui doit passer successivement, en se perfectionnant, dans tous les mondes supérieurs avant d'arriver au séjour de la Raism supréms.

La religion primitive de» Chinois basée sur ces croyances, recommande le culte des ancêtres et de la famille, elle n'a pas de prêtre, chaque père de famille est chargé d'officier et de prier pour les siens, et à son défaut le fils aîné remplira cette fonction.

L'empereur prie^ et offre des sacrifices pour tout son peuple. Cette religion, philosophique au début, et

qui offre de grandes analogies avec les croyances de rinde védique, est celle de l'empereur, des mandarins supérieurs et des lettrés; longtemps simple et élevée, elle est tombée aujourd'hui dans] le panthéisme.

Il est à peu près certain que cette croyance fut une importation de l'Indoustan, car ses adeptes s'occupaient surtout de magie et d'astrologie, et l'on sait que les Brahmes furent de tous les prêtres anciens les plus versés dans ces sciences occultes.

Ce vieux peuple suit la religion bouddhiste, et sur ce point l'importation étrangère ne saurait faire l'ombre d'un doute. On sait que le Bouddhisme n'est qu'un rameau du Brahmanisme.

Il est à peu près certain qu'un peuple qui dans l'antiquité recevait d'un autre sa religion, devait se trouver dans un état bien voisin de l'çnfance. A ces époques reculées, la religion renfermait en elle toute la science ettoutes les formules sociales, et l'on peut dire que son introduction dans un pays, entraînait avec elle toute une civilisation nouvelle.

La Chine aurait donc reçu de l'Inde sa civilisation restée stationnaire depuis plusieurs milliers [d'années.

Cette conclusion sera peu du goût de certains

ethnographes , mais qu'on nous cite un seul cas

d'une religion ancienne, envahissant une contrée,

sans y apporter avec elle, sa formule sociale, et la civilisation dont elle était l'expression.

Du reste, n'y a-t-il pas dans ce grand fait historique, que les Chinois n'auraient rien inventé, et auraient tout reçu du dehors, l'explication de leur longue immobilité.

De tout temps, le gouvernement chinois comme ceuxderinde a été despotique, les empereurs, il est vrai, ne pouvaient choisir leurs conseillers que parmi ^ la caste des lettrés, mais n'imitaient-ils pas en cela les Rajahs qui eux aussi ne pouvaient prendre leurs ministres, leurs confidents, leurs fonctionnaires, que parmi les Brahmes, ces lettrés des bords du Gange.

L'écriture primitive des Chinois était, pour ainsi dire, une langue à part, elle exprimait moins des sons que des idées... elle était surtout idéographique comme la langue de nos chiffres. Plus tard on y introduisit quelques signes phonétiques.

« La première espèce de caractères ^ ne se compose que d'images, que de vrais dessins ; l'image d'un arbre, d'une montagne, d'un chien. Tantôt on les emploie, indépendants,isolés; tantôt on les accouple pour rendre une idée plus ou moins complexe. C'est ainsi que l'image de l'eau et celle d'un [deuil, si elles sont juxtaposées, rendent l'idée de larmes;

i. Iloyelacqae : Unguittique.

une porte et une oreille donnent l'idée d'entrer ; le

soleil et la lune rendent l'idée d'éclat Il fut un

temps où ces caractères, où ces images éveillaient d'une façon directe, grâce à l'exactitude de leur représentation, la notion qu'ils étaient appelés à rendre, mais peu à peu ces traits naïfs et véridiques perdirent leurs formes originales, et dans les signes qui laissent entendre aujourd'hui les idées de soleil, de lune, de montagne, de chien, on ne retrouve plus de prime abord les images anciennes qui évoquaient de façon directe ces diverses idées. Les caractères de cette première espèce ont été évalués au nombre minimum d'environ deux cents.

« La seconde sorte de caractères est plus compliquée. Elle comporte deux éléments, un élément phonétique et un élément idéographique. Celui-ci a pour mission de déterminer la valeur parfois très-multiple de l'élément phonétique. Ce dernier, s'il estseulreprésenté, laissera flotter l'esprit du lecteur entre un grand nombre d'homophones; l'élément idéographique fait cesser cette hésitation, en évoquant une idée déterminée ou du moins une catégorie d'idées. >^

Une question se présente ici tout naturellement ?

Pourquoi les Chinois se sont ils cantonnés dans le monosyllabisme, et quelles senties raisons qui les ont empêchés d'élever leur langage comme une

foule d'autres peuples, jusqu'à, l'agglutination ou à la flexion.

Nous nous expliquerons (Fune manière plus utile sur ce point quand nous en aurons fini avec le groupe des peuples, dont les langues sont également restées à la même période de formation.

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