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LE GROUPE BIRMAN

Comme les Chinois, les Birmans en sont encore au monosyllabisme.

Toute leur cosmographie génésique n'est qu'un reflet de celle des Indous.

D'après leur système, le temps et l'existence des mondes se partagent en quatre périodes :

Pendant la première, l'Univers naît, se couvre de plantes et d'animaux; c'est la période de vie.

Pendant la seconde, il décroît peu à peu et finit en quelque sorte par s'évaporer.

Pendant la troisième règne le chaos.

Pendant la quatrième, la création recommence son évolution.

Ce sont, comme on le voit, exactement les quatre périodes de création ^et de conservation, d'affaiblissement et de destruction^ depralaya ou chaos, et eRÛn de féconda-

tion nouvelle; de Manou, le vieux législateur brahmanique.

Les deux créations birmane et indoue commencent également par l'eau, dans laquelle la sagesse infinie dépose tous les germes.

Pendant la période de vie, les êtres possèdent soixante-quatre croissances progressives, 'et ensuite même nombre de décroissances.

Cette période de croissance et de décroissance se nomme a-yan-kat, où époque ou tout augmente et diminue. Soixante-quatre périodes semblables composent un an-ta-ra-kat, après lequel l'univers est détruit, passe par le chaos, et se reconstitue de nouveau.

Soixante -quatre an-ta-ra-kat forment une période quaternaire et quatre de ces derniers forment une évolution complète de la] nature appelée Ma-ha-kat.

Au début de chacune des grandes périodes de création, l'Être Suprême se manifeste et crée tous les germes et tous les êtres ; au début de chaque période particulière, un envoyé céleste descend sur la terre pour diriger les hommes dans la voie du bien. * Tout cela, sous une forme plus vulgaire, n'est qu'une copie des vieilles traditions de l'indoustan, qui s'expriment ainsi par la bouche de Manou :

« Après avoir créé l'univers et donné ce code de

lois pour la direction des êtres inanimés, le Maître Souverain qui s'est manifesté dans Tœuf d'or retourne s'absorber dans Tâme universelle, lorsque la fin des transformations créatrices est arrivée.

if *

« Dès que Dieu sort de son repos, l'univers recommence son évolution; dès qu'il se rendort l'univers tombe dans la dissolution.

« Tant que dure ce sommeil du germe des germes, qui s'absorbe dans l'âme Suprême, les principes de sensation et d'intelligence, les particules matérielles et celles qui composent l'immatériel se désagrègent et se dissolvent dans l'essence universelle.

. * Tous les êtres perdent leurs forces d'attraction, leurs formes, leurs fonctions et les organes des sens sont comme s'ils n'existaient pas.

« Lorsque le Créateur souverain de nouveau se manifeste, tous les types, toutes les formes qui exis-

tent de toute éternité en lui, reprennent la forme visible, et la seinenoe universelle de nouveau répand partout la vie universelle.

Ainsi, en s' absorbant dans sa pure essence et en se manifestant^alternativement, le Souverain Maître révèle à la vie ou jette dans le repos de la dissolution tous les êtres animés ou inanimés de cet univers.

Les quatre périodes birmanes, autrement dit le ma-ha-kat, reçoivent dans l'Inde les noms de :

Grita-youga, tréta-youga, dwapara-youga etkaliyouga. Es représentent également les quatre âges admis par les Grecs.

Enfin les Birmans reçurent de llnde le bouddhisme ; l'influence des populations des bords du Gange sur celles de TAva est donc de tous points indéniable.

Plusieurs idiomes sont usités en Birmanie; celui qui peut, par son développement et sa littérature , être considéré comme la langue na - 'tionale, se parle dans l'Ava, le Pegou et le Martaban ; il est monosyllabique et se rapproche assez du chinois par ses formes syntaxiques, mais il en dif-

84 LES TRADITIOxNS INDO-ASIATIQUES.

fère complètement par son écriture qui est alphabétique, et dont la plupart des signes sont emprun* tés au pâli et au sanscrit.

Il possède quarante - quatre lettres, dont onze voyelles, a, â, e, ô, i, î, o, ô, ou, aou, aï.

Les phrases se composent d'une succession de raciaes qui deviennent substantifs, adjectifs ou verbes, selon leur place dans le discours.

Ainsi, men exprime l'idée de justice, et taba celle personne. En écrivant men-taba, la phrase signifie homme qui rend la justice.

La prononciation, comme dans le chinois, joue un très -grand rôle, étant donnés les différents sons que peut revêtir une racine.

Ainsi, za signifie également faim et sel. Tha, empêcher et surgir. Chia, tarder et tomber. Chia-a, attendre et tigre.

Les formes des déclinaisons sont remplacées par des suflSxes :

Ainsi :

Ëine-si, la maison.

.Eine-i, de la maison.

Eine-a, à la maison

Eine-go, la maison (accusatif).

Eine-ga, par la maison.

Le pluriel s'indique par le suffixe do :

Eine-do, les maisons.

Eîne-do-î, des maisons, etc.

Les mots ne diffèrent pas selon les genres : quand on veut exprimer l'idée du féminin, on fait suivre le vocable du suffixe ma.

Ainsi :

Choé, chien.

Choé-ma, chienne.

Des suffixes également indiquent le temps de la racine du nom verbe :

Si indique le présent.

Bf, le passé.

Mif le futur.

To, rimpératif.

La, Vinterrogatif.

LieHy le gérondif.

Comme on le voit, il y a une tentative d'agglutination, mais la langue en est restée à des tentatives.

La littérature originale des Birmans n'est point fort riche ; la plupart des ouvrages de science, de religion, de magie et d'astrologie, ne sont que dé pures traductions des livres des brahmes.

Le Ramayanaindou, sous le nom de Ramazat, est traduit dans tous leurs idiomes.

Voici une de leurs fables qui donnera une idée du genre et de de la morale toute individuelle qu'ils ont l'habitude d'en tirer.

m LES TRADlflONS INDO-ASIATIQUES.

« Deux petits rois étaient en guerre :

Ils recoururent au grand roi de Birmah, et tous deux lui demandèrent son alliSince.

Le puissant monarque ayant consulté le sage Aporaza, ce dernier répondit:

Une fois, deux coqs se mirent à se déchirer de vant un raïot. Après un long espace de temps, les deux adversaires épuisés ne pouvaient plus s'élancer l'un contre l'autre : alors l'homme des champs courut sur eux et les prit tous deux»

. C'est ainsi, ô roi, que tu dois te comporter dans cette circonstance. Laisse ces deux rois se battre entre eux et, quand tu les verras privés de force, précipite-toi sur eux et empare -toi de leurs États.. »

Quant àr leuxs. drames et déclamations héroïques ou fabuleuses, l'analyse suivante du Manauhurr;, que nous devons à M. Smith, montrera à quel j)-oint leurs conceptions de ce genre sont restées enfantines.

« Neuf princesses de la ville d'argent, séparée de la demeure des mortels par une tripla barrière, la première de roseaux épineux^ la seconde de cuivre en fusion, la troisième de marécages gardés par un Belan ou démon, ceignent leurs ceintures enchantées qui leur donnent le pouvoir de traverser l'air

avec la rapidité d'un oiseau, et visitent une belle forêt de l'île du Sud (la terre). Pendant qu'elles se baignent dans un lac, elles sont surprises par un chasseur qui jette sur la plus jeune d'entre elles son filet magique et l'emmène chez le jeune prince de Pye.ntsa qui, frappé de sa beauté merveilleuse, en fait sa principale reine, quoiqu'il ait épousé tout dernièrement la fille de Tastrologue royal. ^

Le prince est obligé quelque temps après, par ordre du roi son père, de marcher à la tête de l'armée contre les rebelles. L'astrologue profite de son ab^ sence pour expliquer un songe qu'a fait le roi, en lui persuadant qu'il n'a d'autre moyen d'apaiser le mauvais génie qui en veut à • son pouvoir, que de lui sacrifier la belle Manauhurry qui a supplanté la fille de; l'astrologue dans l'afifection du jeune prince,.

La mère de celui-ci ayant appris le danger dont labien-aimée de ce fils chéri est menacée, va la trouver et lui rend sa ceinture enchantée, qui avait été ramassée par le chasseur siyr les bords du lac et présentée par lui à la vieille reine.

La princesse retourne immédiatement à la montagne d'argent, mais en chemin elle s'arrête chez un saint ermite qui s'est retiré sur le bord de la forêt, et après lui avoir raconté ses aventures elle lui confie une bague et quelques drogues magiques qui permettent à celui qui les possède de franchir sans

danger les barrières qui séparent Tlle du Sud de la montagne d'argent.

Le jeune prince, ayant réussi dans son expédition, retourne à Pyentsa, et n'y trouvant plus sa bien-aimée, repart immédiatement pour aller à sa recherche. Arrivé sur les confins de la belle forêt, il y entre seul, visite le pieux ermite qui lui remet la bague et les drogues enchantés, franchit les barrières, et après des aventures sans 'nombre, arrive enfin à la la ville de la montagne d'argent.

Il fait connaître son arrivée à la princesse en laissant tomber la bague enchantée dans un vase rempli d'eau que l'une dés filles du palais va porter dans le bain delà princesse. Il se présente au roi père de sa bien-aimée, et lui fait la demande de sa main; le roi ne veut contracter cette union que lorsque le prince se sera soumis aux épreuves qu'il lui désignera, et en sera sorti victorieux. Le prince accepte sans hésiter : il dompte d«s chameaux et des éléphants sauvages, bande un arc dont de simples mortels n'eussent pu faire usage, et tire une flèche avec une vigueur et une adresse merveilleuses; enfin et pour couronner tous ces exploits, il parvient à distinguer le petit doigt de Manau parmi les doigts des princesses ses sœurs, qu'on lui présente au travers d'un écran. Le roi ne peut résister à cette preuve

éclatante d'amour et de discernement, et les amants sont unis. »

Dans toutes les questions d'art, les Birmans sont restés dans une moyenne très-inférieure ; ils n'entendent rien au dessin, n'ont pas le sens de la perspective et ne produisent que des effets bizarres et sauvages. Ils sont fort au-dessous des Chinois sur ce point.

En somme, de même que la langue est restée monosyllabique et a échoué dans sa marche vers l'agglutination, la civilisation venue certainement du dehors, c'est-à-dire des plaines du Gange, est restée stationnaire, après avoir atteint assez rapidement cependant un certain niveau.

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