‹ Les traditions islamiquesChapitre 530 sur 690 · DU MATIN · texte numérisé non relu

DU MATIN

1 . Samora-ben-Djondob a dit : « L'Envoyé de Dieu, entre autres

DE L’INTERPRETATION DES SONGES

choses qu’il faisait souvent, disait à ses Compagnons : « L’un de « vous a-t-il vu quelque chose en songe ? » et alors, on lui racontait ce que Dieu voulait qu’on lui racontât. Un certain matin il nous dit : « Cette nuit il m’est venu en songe deux personnes qui m’étaient « envoyées et qui me dirent : Viens. Je partis avec elles et nous « arrivâmes auprès d’un homme qui était couché ; à côté de cet « homme, s‘en trouvait un autre debout avec un quartier de roche. « Ce dernier soulevait au-dessus de la tête de l’autre ce quartier de « roche et lui en broyait la tète. Quand la pierre avait roulé sur le « sol, il allait la rechercher et la reprendre et il attendait que la tête « de l’homme couché redevint comme elle était pour recommencer « à faire ce qu’il avait fait la première fois. — Louange à Dieu, « m’écriai-je, quels sont ces deux personnages? — Marche! Marche! « me répondirent ceux qui m’accompagnaient.

« Nous reprîmes notre route, et nous trouvâmes un homme « renversé sur le dos : debout, à côté de lui, se tenait un homme « ayant un crochet de fer avec lequel il accrochait l’une des joues « de l’homme couché, et lui déchirait la bouche jusqu’aux vertèbres « du cou, lui déchirait le nez et les yeux également jusqu’aux verte tèbres. — (Indication d’une variante insignifiante dans le texte.) « — Puis, il passait de l’autre côté, et faisait exactement ce qu'il « avait fait du côté précédent. A peine un côté déchiré était-il « redevenu comme auparavant qu’il recommençait à faire ce qu’il « avait fait précédemment. — Louange à Dieu, m’écriai-je, quels sont « ces deux personnages ? — Marche ! Marche ! me répondirent ceux « qui m’accompagnaient.

« Nous reprîmes notre marche et nous arrivâmes à quelque « chose qui ressemblait à un four — et je crois qu’il ajouta : dans « lequel on entendait des bruits et des voix. — Nous regardâmes « dans ce four, et y vîmes des hommes et des femmes tout nus ; des « flammes jaillissaient sous eux de tous côtés, et quand ces flammes « les atteignaient ils poussaient des cris. — Qu’est-ce que ces gens-là ? « demandai-je. — Marche ! Marche ! me répondirent-ils.

TITRE XGI

« Nous nous remîmes en marche et nous arrivâmes à un fleuve « — et je crois qu’il ajouta que ce fleuve était rouge comme le « sang. — Dans ce fleuve était un homme qui nageait et, sur la berge « du fleuve, se tenait un homme qui avait amassé auprès de lui une « grande quantité de pierres. Quand l’homme avait nagé pendant un « certain temps, et qu'il arrivait près de celui qui avait amassé un « monceau de pierres, ce dernier lui ouvrait la bouche et lui faisait « avaler des pierres. Le nageur s’éloignait alors, puis revenait vers « la berge et chaque fois l’homme qui s'y tenait lui ouvrait la bouche « et lui faisait avaler des pierres. — Qu’est-ce que ces deux person- « nages? demandai-je. — Marche ! Marche! me répondit-on.

« En reprenant notre course, nous arrivâmes auprès d'un « homme horrible à voir et comme jamais on n’en vit de plus laid. « Cet homme avait auprès de lui un feu allumé qu’il tisonnait et « autour duquel il marchait. — Quel est ce personnage? demandai-je. « — Marche ! Marche! me répondit-on.

« Nous poursuivîmes notre route et arrivâmes à un jardin d'une « végétation luxuriante, rempli de toutes les fleurs du printemps. « Au milieu du jardin se tenait un homme d'une taille si élevée que «je pouvais à peine apercevoir sa tète tant elle était haute dans le « ciel. Autour de cet homme il y avait une foule d’enfants telle que « je n'en avais jamais vue d'aussi grande. — Quels sont ces person- « nages? demandai-je. — Marche! Marche ! me répondit-on.

« Nous marchâmes de nouveau et parvînmes à un immense jar- « din; jamais je n'avais vu de jardin aussi grand, ni aussi beau. — « Monte parmi ces arbres, me dirent mes deux compagnons. Nous « grimpâmes au milieu des arbres et arrivâmes à une ville cons- « truite en briques d’or et en briques d’argent. Arrivés à la porte de « la ville, nous demandâmes qu’on nous ouvrit la porte, et on nous « l’ouvrit. Nous entrâmes et rencontrâmes des hommes dont la « moitié du corps était la plus belle qu’on pùt voir et l’autre moitié « aussi laide qu’on pùt 1 imaginer. — Allez-vous-en, dirent mes deux « compagnons à ces hommes, et jetez-vous dans ce fleuve. Ce fleuve

DE L’INTERPRÉTATION DES SONGES

« qui coulait en travers devant nous, avait une eau d'une blancheur « immaculée. Les hommes s’y rendirent, se jetèrent dans le fleuve, « puis revinrent vers nous complètement débarrassés de leur partie « laide et devenus de très beaux hommes. — Ceci, me dirent mes « compagnons, c'est le jardin de LÉden, et voici ta place. Alors, « levant les yeux, j'aperçus un palais pareil à une nuée blanche. — « Voilà, me dirent mes deux compagnons, ta demeure. — Je vous (( remercie, leur répondis-je, laissez-moi y pénétrer. — Pour le « moment, cela est impossible, me répondirent-ils, tu y entreras « plus tard.

« Cette nuit, dis-je à mes compagnons, j’ai vu des choses bien « étranges. Qu'est-ce que ces choses que j'ai vues? — Eh bien, me « répondirent-ils, nous allons te renseigner. Le premier homme que « tu as rencontré et dont on broyait la tète avec des pierres, c’est « l'homme qui repousse le Coran après l'avoir reçu, et qui dort sans « avoir fait les prières prescrites. L’homme que tu as vu, et dont on « déchirait la bouche, le nez et les yeux jusque derrière le cou, c'est « l’homme qui sort le matin de chez lui, et dit un mensonge qui est « colporté de tous côtés. Quant aux hommes et aux femmes nus, qui « étaient dans une construction pareille à un four, ce sont les forni- « cateurs hommes et femmes. L'homme que tu as vu nageant dans « le fleuve et à qui on faisait avaler des pierres, c'est celui qui a « vécu de l'usure. Quant à l’homme d’aspect repoussant qui était « auprès d'un feu qu'il tisonnait et autour duquel il tournait, c'est « l'ange chargé de veiller sur l’enfer. L’homme de haute taille, qui « était dans un jardin, c’était Abraham et les enfants qui étaient « autour de lui étaient ceux nés avant l’Islamisme. »

« Comme certains musulmans avaient dit : « O Envoyé de Dieu... « et les enfants des polythéistes?» L'Envoyé de Dieu répondit: « Et « les enfants des polythéistes. Quant à ceux dont mi-partie du corps « était belle, et mi-partie du corps était laide, ce sont ceux qui ont « fait à la fois de bonnes œuvres et en même temps commis des « fautes graves aux yeux de Dieu. »

AU NOM DU DIEU CLÉMENT ET MISÉRICORDIEUX

TITRE XCII

CHAPITRE PREMIER. — De ces mots du Coran : « Redoutez la tentation; les injustes ne seront pas les seuls qu'elle atteindra... » (sourate vm, verset 25). — De la mise en garde contre les mauvaises passions indiquées PAR LE PROPHÈTE.

1. Asmâ, d'après Abou-Molaika, rapporte que le Prophète a dit : « Je serai près de mon bassin (2) pour attendre ceux qui viendront s'y abreuver: on amènera près de moi des gens, et je dirai : Ils appartiennent à ma communauté. — Ne sais-tu donc pas, me répondra Dieu, que ces gens-là sont retournés en arrière ? » Abou-Molaika ajouta : « Grand Dieu, nous nous réfugions auprès de toi pour ne pas retourner en arrière et ne pas succomber aux tentations. »

2. ' Abdallah-ben-Mas' oud rapporte que le Prophète a dit : « Je vous devancerai au bassin, et on m’amènera des hommes d'entre vous. Lorsque je me pencherai pour les recueillir, on les écartera de moi. Mais, dirai-je. Seigneur, ce sont mes compagnons. — Tune sais donc pas, me répondra-t-il, ce qu'ils ont fait depuis que tu n’es plus là ? »

J. Sahl-bm-Sad a entendu le Prophète dire : « Je vous devance-

(1) Le texte arabe ne contient qu’un seul mot qu’on traduit d’ordinaire par « tentation» ou « trouble ». Mais, comme le fait remarquer Qastallâni, il s’agit ici de tous les sentiments qui portent au mal ou au crime. Et il ajoute que le

meurtre, par exemple, n’est plus un crime lorsqu'il est accompli sur l’ordre de Dieu soit comme châtiment, soit pour la défense de la religion.

(2) C’est-à-dire : le bassin de la demeure du Prophète dans le Paradis.

rai au bassin ; celui qui viendra y boira, et celui qui y aura bu, n’aura plus jamais soif dorénavant. Il arrivera vers moi des gens que je connais et qui me connaissent; puis, on les écartera de moi. »

Abou-Hâzim a dit : « Comme je rapportais cette tradition ainsi, En-No'mân-ben-Abou-'Ayyâch me demanda si c’était dans ces termes que je l’avais entendue de Sahl. Je lui répondis : Oui. — Eli bien, moi, j'affirme que j'ai entendu Abou-Sa'îd-El-Khodri y ajouter ces mots : « Ces gens-là sont des miens. — On lui dira : Tu ne sais donc « pas ce qu’ils ont fait depuis que tu n’es plus là ? — Alors, je « m’écriai : Arrière ! arrière ! ceux qui auront changé après moi. »

CHAPITRE II. — De ces paroles du Prophète : « Vous verrez après moi des choses que vous réprouverez. » — Abdallah-ben-Zeid rapporte que le Prophète a dit : « Prenez patience jusqu’au moment oîi vous me retrouverez auprès du bassin. »

1. ' Ahdallah-ben-Mas oud rapporte les paroles suivantes : « L'Envoyé de Dieu nous ayant dit : « Après moi, vous verrez des exactions « et des choses que vous réprouverez. — Et alors, que nous ordonnes- « tu de faire? ô Envoyé de Dieu. — Acquittez-vous envers eux de ce « qui leur est dû et demandez à Dieu ce à quoi vous avez droit. »

2. Ibn-Abbâs rapporte que le Prophète a dit : « Celui qui aura à souffrir de quelque chose de la part de son prince, devra prendre patience, car celui qui s’écartera de la distance d’une palme de l'obéissance due à l’autorité souveraine, mourra de la mort des gens de l’Ignorance (1). »

3. D’après Ibn-Abbâs , le Prophète a dit : « Celui qui verra quelque exaction provenant de son prince, qu’il la prenne en patience, car celui qui se sépare de la communauté de la distance d’un empan ne mourra pas d une autre mort, que celle des gens de l’Ignorance. »

4. Djonâda-ben-Abou-Omayya a dit : « Nous entrâmes chez Obàdaben-Es-Sâmit alors qu’il était malade. « Dieu te rende la santé, lui

(M Les païens antéislamiques.

TITRE XGI I

« dîmes-nous ; raeonte-nous une tradition qui te sera utile auprès de « Dieu et que tu as entendue de la bouche du Prophète. — Le Pro- « phète, dit-il, nous avait convoqués et nous lui prêtâmes serment de « fidélité. Parmi les termes qu’il nous fit employer dans la formule de « serment se trouvaient ces mots : « Nous faisons serment de t’obéir « ponctuellement, pour les choses qui nous plaisent ou nous déplai- « sent, dans la misère comme dans l’aisance et dans les choses qui « nous seront imposées par nos chefs » ; puis il ajouta : « Vous ne « discuterez jamais les ordres de ceux qui ont le pouvoir, à moins « que vous ne jugiez que ce soit une infidélité flagrante d’après les « instructions que vous avez reçues de Dieu à ce sujet. »

5. Osaïd-ben-Hodair rapporte qu’un homme vint trouver le Prophète et lui dit : « O Envoyé de Dieu, tu as pris comme gouverneur un tel et tu ne m'as pas donné un pareil emploi. » Le Prophète répondit : « Vous verrez après moi des exactions, prenez-les en patience jusqu’à ce que vous me rencontriez. »

CHAPITRE III. — De ces paroles du Prophète : « La ruine de ma communauté SERA CAUSÉE PAR DES HOMMES JEUNES ET DÉSÉQUILIBRES. »

1. 'Amr- ben- Y ah ya-ben-Sa ' îd- ben- A mr-ben-Sa ' î d rapporte que son grand-père a dit : « J’étais avec Abou-Horeïra, assis dans la mosquée du Prophète à Médine, en compagnie de Merouân. « J’ai, dit « Abou-Horeïra, entendu le Sincère, le Véridique (1) dire : « La ruine « de ma communauté sera causée par des hommes jeunes de Qoraïch. « — Que la malédiction de Dieu soit sur ces jeunes hommes ! s’écria « Merouân. — Si tu veux, reprit Abou-Horeïra, que je te nomme les « Benou un tel, je le ferai. » Plus tard, ajoute 'Amr, j’allai chez les Benou-Merouân, lorsqu’ils régnèrent en Syrie. Comme il vit qu’ils étaient tous très jeunes, mon grand-père nous dit : « Il se peut que « ces jeunes gens soient ceux dont il a été parlé. — Tu le sais mieux « que personne », répondîmes-nous.

l1) Épithètes qui désignent le Prophète.

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