ENVOYÉ AVEC DES PAROLES SUBSTANTIELLES
1 . Abou-Horëira rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « J’ai été « envoyé avec des paroles substantielles et on m’est venu en aide « par la crainte. Pendant que je dormais, je vis qu'on m’apportait « les clefs des trésors de la terre et qu’on les déposait dans ma « main. » « Maintenant, ajoute Abou-Horeïra, que l’Envoyé de Dieu n’est plus là, vous les gaspillez et vous les dilapidez » — ou quelque parole analogue. »
2. Abou-Horëira rapporte que le Prophète a dit : « Aucun pron’a été envoyé sans avoir reçu au préalable des signes W sur
lesquels les hommes lui ont accordé leur confiance, ou ont éprouvé la foi. Quant à moi, j’ai reçu seulement une révélation que Dieu m’a envoyée et j’espère que j’aurai une suite plus nombreuse que la leur, le jour de la Résurrection.
CHAPITRE IL Du FAIT DE SE CONFORMER AUX TRADITIONS DE l’EnVOYÉ de Dieu. — De ces mots du Coran : « ... Fais que nous marchions à la tête de ceux qui craignent » (sourate xv, verset 74), c’est-à-dire que nous prenions comme modèles ceux qui nous ont précédés et que nous servions de modèles à ceux qui viendront après nous. — Ibn-Awn a dit : « Les trois choses que j'aimerais le mieux pour moi-même et pour mes frères , ce serait : 1° d’acquérir la connaissance de la Sonna et de faire des recherches
(i) Le mot exployé ici signifie également : « miracle », « verset du Coran ».
EL-BOKHARI.
TITRE XGV I
à son sujet ; 2° de chercher à comprendre le Coran et de J aire des recherches
à ce sujet; 3° d’inviter les hommes à faire le bien. »
1. Abou-Ouâïl a dit : « Je m’étais assis dans ce Temple (1) auprès de Cliaïba qui me dit : « 'Omar vint s’asseoir auprès de moi un jour « à cette même place et me dit : « Je suis décidé à ne pas laisser ici « ni pièces blanches ni pièces jaunes (2) sans les avoir distribuées « aux musulmans. — Tu ne feras pas cela, lui répondis-je. — Et « pourquoi pas? me demanda-t-il. — Parce que tes deux prédé- « cesseurs ne Font pas fait. — • Ce sont deux personnages, reprit-il, « dont on doit suivre l’exemple. »
2. Zeïd-ben-Ouhab rapporte qu’il a entendu Hodzaïfa dire que l’Envoyé de Dieu leur avait fait le récit suivant : « La foi est descendue du ciel dans le cœur de l’homme, puis le Coran a été révélé : les hommes l’ont lu et, par lui, ils ont appris une partie de la Sonna. »
3. Morra-E l-Hamdâni rapporte que 'Abdallah a dit : « Le meilleur des hadits, c’est le Livre de Dieu ; la meilleure manière de se conduire est celle de Mohammed : les pires des choses sont celles qui sont des innovations. Les promesses qui vous ont été faites se réaliseront et vous n’y échapperez point. »
4. Abou-Horeira et Zeïd-ben-Khâlid ont dit : « Pendant que nous étions auprès du Prophète, celui-ci dit : « Je vais décider entre <( vous deux (3), d’après le Livre de Dieu. »
5. Abou-Horeïra rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « Tous les gens de ma nation entreront dans le paradis, à moins qu’ils ne le refusent. — Et qui donc refuserait, ô Envoyé de Dieu? — Celui qui m’obéira, reprit-il, entrera dans le paradis ; celui qui me désobéira c’est qu'il refusera d’y entrer. »
6. Djâbir-ben- Abdallah a dit : « Pendant que le Prophète dormait, des anges vinrent le trouver ; l’un d’eux dit : « Il dort. » Un autre reprit : « Son œil dort, mais son cœur est éveillé. » D’autres
0) Le temple (le la Mecque.
(2) Pièces d’or et pièces d’argent.
(3) Il s’agissait d’une discussion au su¬
jet d’un adultère.
dirent : « Cet homme que voici doit être l’objet d’une parabole que « vous allez dire : L’un dit qu’il dort, l’autre dit que seul l’œil dort « et que le cœur est éveillé. L’aventure de cet homme peut être « comparée à celle d’un homme qui, ayant bâti une maison, y « donne ensuite un festin et lance ses invitations. Ceux qui accep- « tent l’invitation entrent dans la maison et participent au festin, « tandis que ceux qui n’acceptent pas l’invitation n’entrent point « dans la maison et ne mangent rien du festin. » Alors, les anges « dirent : « Expliquez-lui cette parabole afin qu’il la comprenne. « L’un d’eux a dit qu’il dormait, mais que son cœur était éveillé. « La maison, cœst le paradis, et l’amphytrion est Mohammed. « Quiconque obéit à Mohammed, obéit à Dieu ; quiconque est « rebelle à Mohammed, est rebelle à Dieu. Mohammed fera la « répartition des gens(1). »
Confirmation par un autre isnâd.
7. Hemmâm rapporte que Hodzaïfa a dit : « O vous, lecteurs du Coran, suivez le droit chemin, car vous précédez une longue suite et si vous preniez à droite ou à gauche, vous égareriez ceux qui sont loin de vous. »
8. Abou-Mousa rapporte que le Prophète a dit : « Ma situation parmi vous, comme Envoyé de Dieu, est celle d’un homme qui vient trouver son peuple et lui dit : « Peuple, je viens de voir « l’ennemi de mes yeux et je viens vous en avertir en toute (2) hâte; « sauvez-vous. » Une partie du peuple obéit à son conseil et, profitant de la nuit, ils partirent tout à leur aise et échappèrent au danger. Les autres, qui l’avaient pris pour un imposteur, demeurèrent en place jusqu’au lendemain matin où ils furent attaqués par les troupes qui les firent périr et les décimèrent. Pareille chose arrivera à celui qui m’obéira en suivant les instructions que je lui
(1) Qui iront au paradis ou qui iront en enfer.
(2) Le texte dit : u nu » pour montrer
que dans sa hâte l’homme s’est dépouillé de tout ce qui pouvait l’embarrasser pour aller plus vite.
TITRE XGVI
apporte et à celui qui nie sera rebelle en traitant dïmposture la vérité que je lui apporte. »
9. Abou-Horeïra a dit : « Quand l’Envoyé de Dieu fut mort, que Abou-Bekr lui eut succédé et qu’un certain nombre d’Arabes eurent renié leur foi, Omar dit à Abou-Bekr : « Pourquoi combats-tu les « gens alors que l’Envoyé de Dieu a dit : « J’ai reçu l’ordre de com- « battre les gens jusqu’à ce qu’ils disent qu’il n’y a pas d’autre divi- « nité que Dieu, car celui qui a dit qu’il n'y avait pas d’autre divinité « que Dieu a mis à l’abri de moi sa fortune et sa vie qui seront « intangibles, sauf juridiquement. C’est à Dieu qu’il appartiendra « de régler leur compte. » Abou-Bekr répondit : « Par Dieu, je ne « cesserai de combattre ceux qui font une distinction entre la prière « et la dîme (1); car la dîme est une obligation pour les biens. Par « Dieu, s’ils me refusaient le petit chevreau (2) qu’ils donnaient à « l Envoyé de Dieu, je les combattrais à cause de ce refus. — Par « Dieu, s’écria 'Omar, je venais de m’apercevoir que Dieu avait ouvert « la poitrine d’Abou-Bekr à la guerre et je reconnus qu’il avait rai- « son. »
Indication d’une légère variante au point de vue graphique, mais importante au point de vue du sens : le mot « cordes » remplaçant le mot « petit chevreau ».
10. 1 Abdallah-ben- Abbâs a dit : « ' O y aïn a-ben-I l is n-ben-1 1 o d zaïfaben-Bcdr arriva et descendit chez le fils de son frère El-IIorr-ben- Qaïs-ben-Hisn, qui faisait partie du groupe qui approchait 'Omar, car les lecteurs du Coran, jeunes ou vieux, étaient les compagnons assidus d 'Omar et il les consultait volontiers. — « O fils de mon « frère, dit Oyaïna à son cousin, as-tu quelque influence auprès du « prince pour m’obtenir de lui une audience particulière? — Je la « lui demanderai, répondit Horr. » Quand, ajoute lbn-'Abbâs, Oyaïna eut obtenu son audience, il entra et dit : « O Ibn-El-Khat- « tâb, par Dieu, tu ne nous donnes pas grand’chose et tu ne nous
l1) Déclarant que la prière est imposée (2) Donné en dîme et qui en était la aux musulmanspar Dieu, maisnonladîme. quotité la plus minime.
« juges pas avec équité. » En attendant ces mots, Omar entra dans une telle colère qu’il faillit se jeter sur 'Oyaïna, mais El-Horr lui dit alors : « O prince des Croyants, Dieu a dit à son Prophète : « Use « d’indulgence, ordonne de faire le bien et laisse de côté les igno- « rants (sourate vu, verset 198) ; or, cet homme est un ignorant. » En entendant prononcer ces mots du Coran, Omar n’osa pas en transgresser les prescriptions parce qu’il était observateur fidèle de tout ce que contenait le Livre de Dieu. »
11. Asmâ-bent-Abou-Bekr a dit : « Je vins chez 'Aïcha le jour de l’éclipse du soleil; tous les fidèles étaient debout et 'Aïcha était en train de prier. « Que se passe-t-il donc, ô Aïcha », Oui dis-je? De la main elle fit un geste pour montrer le ciel en prononçant ces mots : « Louange à Dieu. — Serait-ce un prodige? — Oui », répondit-elle, d’un geste avec la tète. L’Envoyé de Dieu, en revenant de la prière, loua Dieu, lui rendit grâces et dit : « Il n’y a aucune des choses que « je n’avais jamais vues que je ne vienne de voir de la place où je « suis, même le paradis et l’enfer. Dieu m’a révélé que vous seriez « éprouvés dans la tombe presque jusqu’au moment où viendrait « l’épreuve de l’Antéchrist. Le Croyant — ou le musulman, je ne « sais duquel de ces mots s’est servi Asmâ — dira : Mohammed « nous a apporté les preuves, nous les avons acceptées et nous avons « cru. — Dors en paix, lui dira-t-on, car nous savons que tu as « acquis la certitude. L’hypocrite — ou celui dont la foi est doute teuse, je ne sais duquel de ces mots s’est servi Asmâ — dira : Je « ne sais rien, j’ai entendu les gens dire cela et je l’ai répété. »
12. Abou-Horeïra rapporte que le Prophète a dit : « Laissez-moi tranquille tant que je vous laisse tranquilles. Ceux qui vous ont précédés ont fait périr leur prophète par leurs questions et leurs discussions. Lorsque je vous interdis quelque chose, abstenez-vous-en ; lorsque je vous ordonne quelque chose, faites-le autant que vous le pourrez. »