‹ Les traditions relatives au fils de la ViergeChapitre 10 sur 20 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. Pkilosophumena, iv, 43. p. 78. (Édil. Miller.) — M. de Vogué, Inscriptions pftdRtcieiiHM de l'Ile de Chypre, \). 147 du Jowm. Xsioïtigae (Août 1867). — De quelques idÉes symboliques se rattachant AUX douze noms des/Us de Jaeob, p. 245 du S" vol. de» Actes de la 'leiélé philologique. (Année 1873-74.)

giier. on ne peut plus f.'icllcment, par lea donnâes da la mythologie s^miLiijue. Noiis dirons tout à l'heure quelques mots sur l'accord surprenant qui SB manifeste entre le foud das croyances chez les riverains du Nil et cliez les Sémites, aussi bien qu'entre leurs laDgties. '

Quoiqu'il en solt.lelils de Rhéa, comme déitfi terrestre, per- ', sonnide le Nil, qualifié parfois d'écoulement d'Osiris ((). En cette qualité, il devenait l'iSponx d'Isis, la terre noire et fertile , de la valliîe égyptienne, que le grand fleuve faconde par ses 1 inondations. On llgurnit Osiris brun parce que l'eau noircit j les objets qu'elle imbibe. D'ailleurs n'éiaii-il pas, pour alnri ' dire, le père des Égyptiens qui sont toujours peints en rou^ ] sombre sur leurs monuments, tandis que les Sémites apparais- | sent caractérisés par la couleur jaune et les habitants des lies j septentrionales, sans doute de rnco européenne, par leur teinte ] plus ou moins blafarde ? iSalurelIeraent, on voyait dans ce dieu r le patron de l'agriculture, l'auteur do loufe civilisation, le g-^nle | bienveillant par excellence. Voilà, sans doute, pourquoi Dio- j dore de Sicile nous le représente quittant l'Ésypte où il régnait et avait fiit lîlever des digues contre les iuondatloos fluviales, afin de conquérir l'univers. Inutile d'ajouler que jamais conquftte ne fut plus paeillqiie. A la tÊte d'une armée d'hommes et de femmes, il parcourt l'Arabie, les Indes, la Tlirace, Initiant partout les peuples encore entièrement sauvages aux bienfaits de la vie policée, VraisemMablement, c'est le souvenir du Thrace Orphée qui a amené la menlion de ce dernier pays sous la plume de Diodore. Eireclivement, le rôle civilisateur attribué à l'époux d'Eurydice rappelle beaucoup celui que l'on faisait jouer à Osiris.

Le laurenu, de tous les animaux le plus utile à l'agriculteur, cet emblèmo de l'élément humide, devenait, pour ainsi dire, la personnification du dieu égyptien. L'<m considérait le bœuf Apis, vénéré à Momphis ol né d'une génisse vierge, fécondée parle souffle de P?tfta, le dieu delà foudre, le grand démiurgo, comme une véritable incarnation d'Osiris. Il en élait de même, quoique à un degré moindre, du taureau Mnévis, adoré h Hôliopolis. Quelques-uns même voyaient eu lui le père d'Apis. En quailtij de dieu céleste, Osiris n'ét.;it autre chose que le soleil nocturne, assimilé en quelque sorte à la lune, mais qui renuit chaque matin, et !a lune masculine par opposition & la

i. Plutarque, Jts Isideet Osinde.

lune femelle qui est Isîs. De môme que Tastre du jour disparaît à l'approche des ténèbres et perd sa force, de même le £Qs de BLéa succombe sous les coups de Typlion ou Set. Il est mis à mort et privé de sa virilité. Cela ne IVmpêche pas loutefois'de ressusciter, pour exciter son fils Horus (le soleil levan t) à châtier le meurtrier et de rendre son épouse, mère de deux nouveaux fils.

C'est, qu'en effet, le caractère bienveillant d'Osiris ne nuit point à son rôle de vengeur du crime. Image anticipée, pour ainsi dire, du Christ, il apparaît à la fois comme Smveur, rédempteur des hommes et comme juge des morts. Mais ici nous s rtons de la donnée purement matWaliste, et il serait fort possible, comme l'admet l'ablié Ancessi, que sur ce point la légende égyptienne ait conservé quelques vestiges des antiques prophéties adressées aux premiers hommes sur le Messie h venir.

Pour en revenir au personnage de Bitaou , tout en lui rappelle Osiris ; citons, par exemple, son goût pour l'agriculture et la bonté dont il fait preufe à l'égard de son grand frèro ; ses persécutions imméritées, sa mutilation, sa mort et sa résurrection sous forme d'un taureau, suivie du triomphe final.

La façon dont il se venge de la criminelle favorite de Pharaon, en la faisant mettre à mort après avoir plaidé contre elle, nous fait songer naturellement à la conduite du dieu égyptien incitant son fils à châtier Typhon et à son rôle de juge des morts, qu'il condamne ou absout à la suite d'un débat judiciaire en règle. En un mot, l'auteur a fait de l'evhL^mérisme et réduit à des proportions plus humaines les récits de la mythologie.

Dans la favorite elle-même, il serait difficile de ne point reconnaître Isis, mais dépouillée de son caractère bienveillant, pour devenir un personnage néfaste. Son départ du pays do son époux pour aller à la cour de Pharaon n'est autre choso qu'une répétition de la fuite d'Isis à Byblos, après la mort d'Osiris, où elle est accueillie par le roi et la reine de ce pays. C'est le parfum répandu par une boucle de ses cheveux qui décide le Pharaon à envoyer à la recherche de la compagne de Bitaou. De même c'est en répandant « une merveilleuse et « souëfve odeur » sur les femmes de la reine de Byblos et en leur a accoustrant les tresses de leurs cheuveux », qu'Isis se fait admettre au service d'Astarté, reine de Byblos. L'épouse de Bitaou ordonne la mort de son époux, transformé en Perséa.

TEADITIONS

Tia co[n|)agDe d'Oslris fall couper le lamarîx qui avait poussé autour du colTre de l» tnomie de ce dieu. Enfiu, si Osiria read encore, après ta mort et su mutiluliua, m compagne mère da deux fils, Helilomeuus etHarpocrate ou Hor-pe-Chrouti (IIoruB enfant), c'est i^g^ilenieiit dans les mfimes circon s lances que Bitaou s'ODgeodrâ lui-même dans le eeiii de la maltreasB du roi.

Il est vrai que dans noire conte, 11 ne s'agit polnr, à proprement parler, d'une naissance virginale, mais plutôt d'une Bcène de mûlempsycDse, l;iudls qu'Apis, comme incarnation d'Oalria doit naître d'une génisse vierge ; mais de part et d'aulre, U s'Dgit de n:ilssance^ miraculeuses. L'auteur égyptien aura cuo- Tondu ensemUle la li'gende u^lativo fi la résurrection d'OairlB et celle qui se rapporte à la concepLfon du tuurenu sacré. Ces mélanges de donni'cs présenlant cnlie elli:s quelque affinité ne sont point un taiL rare tlana l'IiiEtoiro des myihes. Ne voyonsnous pas les Monlagiiais (1) du Canada confondre la tradition du déluge avec celle de la création deja terre, au moyen d'un peu de limon tir6 du fond de la mer, et qui, primitivement, L'n élait lilen dislincle?

L'ab^é Ancessi signale dans le Roman des deux frères, un souvenir plus ou moins précis de plusieurs des traditions racontées dans la Genèse, « La créalion de la femme, nous dtt-11, " le langage du cycle divin sur risolemeut de l'homme, la K tristesse des dieux, ces mois au pluriel; allons et faisom-lut " une compagne, ces paroles prononcées d'une même bouche, « l'intervention des mauvais génies, la malédicllon qui tomba u sur la femme, sa facile désobéissance, ses malheurs, sa réba- > bilitalion tardive, paraissent de vagues Téminiscences dea 1' récits aslMtiijues. Comment ne pas rapprocher ces divins voya- " geurs qui s'en vont, règlent les deslinéesdu monde, promet- " tant un fils k Sara et donnent une femme à Bitaou? " San» exagérer la valHur ile ces ressemblances, il nous semble impossible de ne le^ point signnler à l'utleulion des érudits.

Ne serions-nous pas en droit de voir aussi dans les sept HathorB ijui annon'eiit la mort violente de la compagne de Bitaou, douée pnr ka dieux de toutes les perfections, le prototype de ces mécbantes fées qui rendent nul par des dons funestes, l'effet de la protection deleurs bienveillantes campagnes? Fal-

sons observer que chez les Sémites, si le nombre sept est par oxcellenco le nombre divin, il devient parfois aussi celui des esprits malfaisants. La mythologie chaldéenue nous parle de la lutte des sept esprits mauvais, fils d'Anou, contre le dieu Shin (la lune) (1). Ainsi, dans TËvangile, on nous entretient des sept esprits méchants qui envahissent l'âme de Thomme, lorsqull vient de se réconcilier avec Dieu.

De même pour le nombre 9 etTennéade : « La triade des dieux, «f nous dit M. Maspéro, triplée en chacune do ses personnes, u formait un ensemble théorique de neuf personnes divines H qu'on appelait JPaàenwferw, Tennéade, la neuvaine des dieux.» Précisément, la religion chaldéenne nous présente les trois triades de déités cosmiques, supérieures aux dieux planétaires (2) ot aux génies locaux. Cette conception ne serait pas même absolument étrangère au dogme catholique, puisque certains théologiens considèrent chacune des personnes de la Trinité non seulement en elle-même, mais encore dans ses rapports avec les deux autres, soit isolées, soit réunies.

Devons nous voir dans toutes côs analogies, la preuve d'une antique communauté de croyances entre les enfants de Sem et ceux de Cham,et nous reporleraient-elles à cette époque reculée où les uns et les autres n'ayant point encore quitié leur patrie primitive, ne formaient qu'une seule tribu? De bons esprits ont pulesupposer,runité primordiale des dialectes sémitiques et do ceux de l'Afrique boréale étant aujourd'hui chose à peu près démontrée. Nous pencherions, toutefois, pour Topinion opposée et admettrions volontiers que, dès les temps les plus anciens, les races syro-arabes durent, même au point de vue dogmatique, exercer une influence notable sur les habitants de la vallée du Nil. A côté d'éléments certainement communs aux deux souches d'idiomes, tels que les pronoms, le vocabulaire égyptien semble renfermer un certain nombre de termes fort anciens dans la langue, mais dont l'origine chananéenne ne saurait guère être contestée. On a tout lieu de penser que lo nom du dieu Sef, l'adversaire d'Osiris, qui aujourd'hui s'explique étymologiquement par la langue égyptienne, est cependant sémitique d'origine et doit être rapproché du Schêth biblique, le troisième fils d'Adam. Quelques érudits avaient même voulu y voir une simple altération de l'hébreu Schaddaiic leTout-

i . M. Fr. Lenormant, Les Origines de l'histoire, p 564. 2. Ibid.] append., p. 525 et suiv.

puissant, » employé par nos livres saints comme éplthète de Jéhovah.

De même pour la déesse Hathor dont le nom se traduit littéralement en égyptien par «habitation d'Horus », mais qui pourrait n'être autre chose, au fond, que TAstarté phénicienne, la Hathiar himyarite. Les habitants de la vallée du Nil se seraient d.)nc permis do véritables calembourgs pour rendre significatifs, dans leur propre langue, des termes d'origine étrangère et dont ils ignoraient la valeur originelle. N'oublions point, en effet, le rôle immense que le calembourg a joué dans la formation des légendes. Certainement M. Max Mueller n'a pas de beaucoup forcé la vérité en qualifiant la mythologie de maladie du langage. Il se serait donc passé pour TÉgypte quelque chose d'analogue à ce qui a eu lieu chez les Japonais. L'intrusion de l'élément chinois a été tellement profonde chez ce dernier peuple que ce sont les principes de la philosophie du céleste empire que nous retrouvons dans les plus antiques légendes du Japon,

N'oublions point, du reste, que Set et Hathor semblent avoir été d'abord les divinités particulières aux populations demi Bémi(is(5es du Délia, spécialement aux Anous, probablement frères des On du Sinaï, contre lesquels le vieux Pharaon Schoufou eut des guerres à soutenir. C'est qu'en définitive tout nous porte à voir dans les Égyptiens, non point une race pure, mais un m(^,lange àdoses plus ou moins inégales d'éléments sémitiques et d'éhments chamites, peut-être superposés à un vieux fonds d'origine boschesmane ou hottentote. Nous reconnaîtrions plus volontiers dans ces riverains du lac Menzaleh, en« core aujourd'hui reconnaissables àleurs traits accentués, à leur physionomie pour ainsi dire chananéenne (1), des descendants des antiques Anous que ceux desHycksos, ou des Hébreux, qui ne purent guère rester en Egypte qu'à l'état d'individus isolés. Partant de là, on pourrait se demander si le récit de la lutte de Typhon contre Osiris ne renferme point, entre autres choses, le souvenir de celles qu'auraient eu à soutenir les tribus du Delta, adoratrices du Dieu Set contre les habitants de la haute Egypte qui vénéraient leThébain Osiris? Ce serait, pour ainsi dire, l'équivalent des guerres religieuses qui ensanglantèrent la Nouvelle Espagne, par suite de la rivalité entre les sectateurs

1. M. Fr. Lenormant, Les premières Civilisations, p. 209. Paris^

de l'Oriental Quctzalcoatl, et ceux de Tezcatlipoca, le génie des Occidentaux.

Cela bien entendu, signalons, sans en vouloir tirer plus de conséquences qu'il ne convient, une curieuse analogie entre l'Égyptien Set et l'Adar de la Chaldée. Tous les deux sont des déités d un caractère redoutable et sinistre. Adar, avant de devenir la personnification du soleil nocturne, avait commencé par être une simple déité solaire (1). A ce titre, la couleur rouge lui fut certainement, dans le principe, affeclée, bien que plus tard il ait reçu le noir pour livrée. Or, Typhon nous est par excellence, représenté comme roux. C'est en haine de lui, que les Égyptiens témoignaient tant d'aversion pour les hommes et les animaux à poil roux (2). Déplus, le fer était le métal consacré à Adar, parfois qualifié de Shar Parzalli ou « Roi du fer » tout aussi bien qu'à Typhon (3). Les habitants delà vallée du Nil qualifiaient ce métal d'«os de Set. » Ils voyaient dans la rouille, les traces de son sang, ce qui semblerait prouver que c'est en raison de la couleur rouge de l'oxyde de fer que ce métal s'é(ait trouvé consacré aux deux déliés en question. Du reste, les peuples do TÉgypte, comme ceux de la Chaldée, semblent avoir éprouvé une certaine répugnance à employer le fer. Les sujets des Pharaons ne s'en servaient guère que pour confectionner certains instruments spéciaux tels que les aiguisoirs des bouchers, les armes des matelots, la mer étant l'élément propre de Nephthys, la sœur de Typhon etc., etc. (4). D'un autre côté, les riverains de l'Euphrate évitaient d'employer ce métal pour les gonds et les portes de leurs édifices sacrés (5). Peut-être

1. M. Fr. Lenormant, Essai surBérosCy p. 397 et HO, Paris 1871. Essai sur la symbolique planétaire chez les Sémites , p. 366 du voK de i878 de la Revue de linguistique et de philologie comparées,

2. Plutarque, de Iside et Oriside. — De quelques idées symboliques se rattachant au nom des douze fils de Jacob, p. 285 du 3* vol. des Actes de la Société philologique, Paris i874.

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