‹ Les traditions relatives au fils de la ViergeChapitre 7 sur 20 · Elle l'avala et conçut · texte numérisé non relu

Elle l'avala et conçut

72. « On façonna les poutres, on en ât tout c^ qu'elle « voulut.

73. « Et beaucoup de jours après cela, elle mit au monde un « enfant mâle; et on alla dire à Sa Majesté : « Il t'est né \m f< enfant m&le! »

7^. « On rapporta, on lui donna des nourrices et desre- « mueuses. On se réjouit dans la terre entière. On se mit à « faire un jour de fête, on commença d'être en son nom (i). Sa « Majesté Taima beaucoup, beaucoup sur l'heure, et on le sa^ « lua ¥Us royal de Kousch (2).

75. « Et beaucoup de jours après cela, Sa Majesté le ûtle prince « héritier de la terre entière.

76. <c Et beaucoup de jours après cela, quand il fut resté beaua coup d'années prince héritier de la terre entière, Sa Majesté €( s'envola vers le ciel.

77. « Bitaou dit : ce Qu'on m'amène les grands conseillers de kc Sa Majesté, que je les instruise de tout ce qui s'est passé à « mon sujet. »

78. (( On lui amena sa femme; il plaida contre elle, par de- « vant eux; on exécuta leur sentence. On lui amena son grand « frère, et il le fit prince héritier delà terre entière. Il fut vingt « ans roi d'Egypte, puis passa de la vie et son grand frère fut « en sa place dès le jour des funérailles.

t( Il est uni en paix, ce livre, pour le compte du scribe tréso- « xier Qagabou, du trésor de Pharaon, du scribe Hori, du « scribe Meremapt, fait par le scribe Ennatu, le maître des « livres. Quiconque parle de ce livre, Thot soit son allié. »

i. Celte phrase obscure, nous dit M. itfaspero. semble sigoi^er que l'on commença à doniter le nom du jeune prince aux enfants qui naquireut a.près lui, og que l'on commença à mettre son nom dans le protocûie de» actQs publics.

i. \)q ^es princes de la famille royale^ nous dit le même auteur, le fils royal de Kçusch étai.t à proprement parler le gouverneur de J8[oiisc^(rËihiopie). En réalité, ce titre pouvait n'être qu'honorifique^. Arrivé à un certain âge, rfaéritier du trône faisait d'ordinaire son appreolisaiage du métier deroi| en gouvernwtia ré^on du Haut- Nil| les provinces an sud des cataractes.

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Un savant ecclésiastique, Irop tôt enlevé aux études' taies, reconnaît dans ce vieux récit égypiien, l6 vénérai cêtre de tous nos romans. L'art du mirriilenr lui semble, et avec raison, bien pi^u développé encore. " L'auteur, nous dlt- •' il, se contente d'enfiler l'un après raii're des récits venus " de sources différentes, et il semit facile de détacher de l'en- '1 semble chaque pièce jHXlaposi^e dans cette marqueterie ((). «

Impossible, à notre avis, de donner une idée plus juste de l'ouvrage en question. Du premier coup d'œil, on le reconnut formé de deux parties assez faiblement rattachiies l'una & l'autre. La première offre unn frappante analoi-'ie avec le récit biblique concernant le [>atriarcbâ Joseph. Quant à la seconde, consacrée surloutàl'histoire de l'épouse de liilaou, elle présente une couleur égyptienne plus prononcée, Enûn, disséminés çà et là, dans tout le cours du roman, beiiucoup de passages nons rappelleront les croyances, la théologie, non point spécialement des Héiireux, mais du monde sémitique en général.

Quelques écrivains se sont empress^'S de conclure de tout ceci que l'hisloire de Joseph avait cerlaioement été emprunlée iiux réciis populaires en vigueur chez ]es riverains du Nil et que, p:ir suite, elle ne mérite d'être considérée que comme une pure fiction.

On ne saurait, croyons-nous, se montrer plus téméraire dans sa façon de raisonner. D'abord, la rédaction du roman peut, avec un degré suffisant de certitude, être reportée au temps de l'Exode, plus ile trois siècles, par conséquent, après la mort de Joseph.

Alors ri'gnait en Egypte cet engouement pour les choses sémitiques qui dura deux ou trois siècl(.'s. Les scribes remplissaient leurs livrBS d'i-xpressions, de tournures même d'origine chananéenne, qui souvent prenaient la place de vieux termes indigènes, à peu près de la môme fiiçon que nus sporismen, lesquels se plaisent à émailler leurs discours de vocables anglais. Gela est tellement Eensi))le dans l'ouvrage du scribe Ënaatu que l'on a cru y voir la preuve de son origine sémitique, malgré la physionomie toute égyptii'une de son nom.

Nous n'avons point à examiner ici ce qu'il y aurait de soutenable dans une telle hypoihèse. Kaisous observer seulement, que cette tendance, manifestée par les Égyptiens, à faire des

1. L'abbé V. Ancessi, Job el t'Ègyple, chap, vni, p. 243, eo noie. Paris, 1877.

TRADITIONS RELATIVES AU FILS DE LA VIERGE i3

emprunts à leurs voisins du. nordVest, ne devait pas évidemment se borner au vocabulaire. Moins civilisés sans doute que les sujets des Pharaons, les fils de Sera, supérieurs à ces derniers, par leur énergie et les facultés de leur esprit, ont de tout tenaps exerc»^. sur eux une influence considérable. Impossible qu'un auteur à la recherche de faits merveilleux tel que notre scribe, n*ait point eu quelque connaissance de ceux que renfermait riiistoire des Hébreux et qu'il n'en ait point été vivement frappé.

D'ailleurs, on constate dans son récit, cette tendance à «nchi'rir sur la narration primitive, à exagérer la part du merveilleux qui caractérise d'ordinaire les ouvrages tout comme les systèmes religieux de seconde main. G est ainsi, par exemple, que dans les légendes bouddhiques postérieures à notre ère, et chez lesquelles l'influence chrétienne se fait incontestablement seniir, l'on nous représente le Bouddha servi pendant sept jours par le§ dieux qui répandent sur lui des fleurs et des parfums, après qu'il fût sorti victorieux des embûches que lui tendait Mâra ou le mauvais esprit (i). C'est une véritable amplification du récit évangélique, lequel nous dépeint des anges occupés k servir le Christ, à la suite de sa tentation et de son jeûne de quarante jours dans le désert.

Rien n'était glus étranger au bouddhisme primitif que l'idée d'un pontificat suprême et universel, tel que celui du pape dans l'Église catholique. On ne saurait douter, toutefois, que l'influence des idées chrétiennes ne se soit fait sentir dans cette branche réformée de la religion bouddhiste, connue sous le nom de lamisme et qu domine notamment au Tibet. Aujourd'hui, il ne sufût pas aux habitants d3 cette région que le Dalaï-Lamasoit le chef de leur religion, comme le pape l'est chez nous. Ils se plaisent à voir en lui, non seulement le représentant Légitime de Bouddha, mais encore son incarnation véritable (2).

L'on a, depuis longtemps, constaté la ressemblance des cérémonies du culte zoroastrien avec la messe des catholiques, et nous croirions d'autant plus volontiers sur ce point à un emprunt fait par les Perses aux chrétiens, qu'en définitive la rédaction des livres sacrés des adorateurs du feu mérite d'être considérée

i. M, Gb. Schœbel, le Bouddha et le BouddhUmt^ chap. y, p. iStl. Paris, i857.

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