‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 13 sur 78 · MONSEIGNEVR · texte numérisé non relu

MONSEIGNEVR

^(,E prens la hardiesse de publier mes Traédie's sous l'authorité de vostre gran- ^^ deur , et de vous les dédier. Je vous supplie èd très humblement de l'avoir agréable. Le présent est petit et mal poli; mais i'espere que la matière et les argumens me rendront excusé à l'endroit de ceux qui iugent des ouvrages sans passion et sans malice. Les Tragédies pour le seul respect de leur subiet, ne méritent moins d'estre leùes des Princes, nés et nourris aux lettres et à la vertu, que d'autres livres qui portent des tiltres plus spécieux et plus sérieux en apparence. Elles représentent presque en un instant , ce qui s'est passé en un long temps; les diuers accidens de la vie, les coups estranges de la fortune, les iugemens admirables de Dieu, les effets singuliers de sa prouidence , les chastimens epou'uentables des Rois mal conseillés et des peuples mal conduits. En tous les Actes Dieu descend sur le théâtre, et joue son personnage si sérieusement, qu'il ne quitte iamais i'eschaffaut, que le meschant Ixion ne soit attaché à vne roué, et que la voix lamentable du pauure Philoctete ne soit exaucée, marques apparentes de sa

ÉPISTRE

iustice et de sa bonté. Or à qui peut, Monseigneur, plus Justement appartenir ceste connoissance et ces contemplations , qu'aux Princes et entre les Princes, qu'au premier Prince du sang? Que si mon stile et mes vers ne répondent à la grandeur de vostre mérite et à la dignité de leur sujet, c'est assés qu'ils soient nés sous si bon astre et à si bonne heure, que de vous estre présentés à leur naissance; et que vous me faciès l'honneur de me tenir,

Monseigneur,

Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Ant. de Montcrestien.

A Très-Haut, Tres-Piiissant , et Très-Excellent Henry de Bourbon, Prince de Condé, premier Prince du sang, premier Pair de France, Gouuerneur et Lieutenant de Sa Maiesté en Guicnne.

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