‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 15 sur 78 · A LUY MESME · texte numérisé non relu

A LUY MESME

ENRi l'amour du Ciel et l'espoir de la terre ■^ I? Qui ioindras le mérite à l'auguste pouvoir, 1^ 19 Les qualitez de paix à celles de la guerre,

L'innocence de mœurs au lustre du sçauoir:

Prmce que les Destins reseruoient à nostre âge, Pour l'auancer en gloire au degré des premiers Par tant de hauts eft'ets d'esprit et de courage, Que le seul admirer doit rester aux derniers :

Accepte volontiers ceste offrande petite, Que t'offre par ma main mon cœur deuotieux , Attendant que mes vers, courriers de ton mérite. Volent d'aisle plus haute et le portent aux Gieux.

Car si les fleurs des fruits nourrissent l'espérance, Que ne peut mon désir se promettre de toy? Ton noble naturel nous passe vne asseurance , Où toutes les vertus s'obligent sous leur foy.

Le Soleil qui se leue asses vif de lumière Nous promet vn midy plein d'extresme splendeur : Si tu fais admirer ta ieunesse première, Quelle en l'âge parfait doit estre ta grandeur?

Ne cherche exemple au loin : nuict et iour considère Ton Prince le plus grand qu'œillade le Soleil, Qui comme Agamemnon le Roy des Roys d'Homère, Est preux à la bataille et prudent au conseil.

Qu'il soit ton Miltiade, et que maint beau trophée Que sa main glorieuse érige en mille lieux, Ne donne aucun repos à ton âme eschautfée De l'honneur immortel qui mesle l'homme aux Dieux.

Comme auant que d'entrer en la poudre Olimpique, L'Athlète sous vn maistre exerçoit longuement : Aspirant pour la gloire au labeur politique De ses exploits fameux fay ton enseignement.

Imite sa constance et sa douceur insigne , Sa valeur es combats, sa prudence en la paix.

Et de tes grands aveuls deuien tellement digne, Que ta postérité s en vante à tout Jamais.

Alors toy que le ciel de nos Roys a fait naislrc , Grras dire de toy pour comble de bonheur, Quand il ne seroit Prince il mérite de l'estre , Si par vertu s'acquiert ce haut tiltre d'honneur.

En fin quand tu viendras à pratiquer la guerre, N'oublie en aucun temps, que Dieu qui t'a permis D'abbattre dVne main tes ennemis par terre, Te commande de l'autre enleuer tes amis.

Et comme on dit des gens qu'Alexandre a doutées, • Que leur mal fut leur èien, et leur perte leur gain : Autant que ta valeur en aura surmontées, Fay qu'après la victoire elles baisent ta main.

Bien plus dois tu priser les tiltres amiables Affectés comme en propre aux bons Princes François, Que ces superbes noms au monde espouuantables, Dont s'enflèrent iadis les Monarque^ Grégeois.

Le Soleil libéral rend sa clarté commune Au poure comme au riche, au grand comme au petit: Ne ûistingue iamais de fortune à fortune : Mais chés toy le mérite obtienne le crédit.

Les Muses en nos iours vilement profanées De tant d'indignes mains qu'elles sont k mespris, Par toy leur Âpolon en la Court ramenées. Inspirent désormais les plus rares Esprits.

Et possible aduiendra qu'encor vn autre Homère Levant entre-eux le front, célébrera l'honneur Que tu moissonneras du labeur militaire, D'Alexandre en ce point surmontant le bonheur.

Crois donques tous les iours, et deuien tout extresme En toutes les vertus propres au sang des Rois, Alin d'estre estimé durant ton siècle mesme. Le plus grand ornement des Armes et des Loix.

Continue, ô Henri, d'un pas constant et ferme, C'est desia beaucoup fait d'auoir bien commencé, Rens ton nom sans enuic et ta gloire sans terme, Aproprie à toy seul tout l'honneur du passé.

Fay toy craindre et louer es estranges Prouinces Par tes faits immortels, afin que désormais Estant Prince des Lis, tu sois le Lis des Princes, Dont le los fleurissant ne flétrisse iamais.

Ant. de Montcrestien.

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