‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 2 sur 78 · SUR MONTCHRESTIEN. XJ · texte numérisé non relu

SUR MONTCHRESTIEN. XJ

ture de; tragédies convient surtout aux Princes, car dles leur représentent « presque en un seul instant :e qui s'est passé en un long temps; les divers accidents de la vie, les coups étranges de la fortune, les jugements admirables de Dieu, les effets singuliers Je sa providence, les châtiments épouvantables des Rois mal conseillés et des peuples mal conduits». La seconde dédicace est beaucoup plus étendue. L'auteur î'excuse de l'imperfection de ses premiers essais; il 1 refait ses tragédies « pièce à pièce » (il pourrait dire : vers par vers), et leur a donné « comme une nouvelle forme ». Il y a joint celle d'Hector, qu'il a ;oin de faire « marcher en leur tête » pour offrir aux Princes le plus beau modèle qu'ils puissent s'attacher À suivre. Il insiste ensuite longuement sur les hautes leçons de courage et de vertu que tous peuvent puiser dans la vie et la mort des héros qu'il a mis en scène.

Le frontispice de l'édition de i6oi offre un portrait de Montchrestien dans un petit médaillon ovale ; mais la gravure n'est pas assez finement exécutée pour nous faire parfaitement connaître les traits du poète. Il semble avoir eu le front large et découvert, une chevelure abondante et bouclée ; le nez droit et un peu tombant; les yeux petits, le regard dur et profond ; la bouche grande, les joues maigres, autant qu'on en peut deviner la forme à travers une barbe épaisse. Autour du médaillon ces mots sont gravés : A E T. XXV. Ainsi Montchrestien dut naître vers 157^.

L'édition renferme, outre les tragédies, diverses poésies : le poème biblique de Suzanne dédié « à madame Suzanne Thezard )',des épitaphes, des complaintes sur la mort de plusieurs grands personnages de sa province : mademoiselle de Héîins; M. de Breauté le jeune; M. de Languetot ; madame Barbe

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Guiffard, seconde femme de Claude Groulard, premier président du parlement de Normandie, homme savant et lettré qui a laissé des mémoires estimables. Il protégea Monichrestien sans doute, et celui-ci dut s'acquitter en versant des larmes poétiques sur le cercueil de la femme du Président. On remarquera d'ailleurs la tournure funèbre du génie de Montchrestien : ses tragédies sont lugubres, ses poésies diverses sont presque toutes des épitaphes, des tombeaux, des lamentations, ou, comme on disait, des complaintes K

Très différentes par la fable, les tragédies de Montchrestien se ressemblent toutes par le procédé. La place qu'il fait aux chants du choeur est considérable; et cette abondance de morceaux lyriques contribue sans doute à donner à l'œuvre un caractère très peu dramatique. Mais quand même on retrancherait tous les chœurs, le drame de Montchrestien semblerait encore tout lyrique, tant les personnages y agissent peu, tant ils bornent leur rôle à étaler leurs sentiments, à chanter, pour ainsi dire, l'hymne de leur passion. Qu'on ne croie pas que ce procédé constant rende une tragédie nécessairement ennuyeuse; au moins à la lecture, elle peut encore se soutenir par la valeur du style et le seul charme des beaux vers. Le théâtre de Montchrestien en est rempli.

I. Il existe quatre éditions de Montclirestien : celle de 1601, cinq tragédies (Hector manque), le poème de Suzanne, la Bergerie^ les Poésies diverses. — Celle de 1604, que nous reproduisons, renferme les six tragédies et le reste, moins la Bergerie. — Celle de 1606, qui reproduit servilement 1604. — Celle de 1627, qui reproduit 1601. — Les quatre éditions se réduisent donc à deux ; mais le texte des tragédies diffère beaucoup d'une édition à l'autre. (Voy. ci-dessous, p. xxxix.)

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La tragédie d'Hector qui ouvre le recueil ' a été toutefois composée la dernière. Elle marque un réel progrès dans l'art de composer un drame; il est regrettable que le poète s'en soit tenu là, et n'ait presque plus rien écrit en vers. Dans Hector, l'intérêt dramatique est mieux ménagé, plus habilement suspendu que dans aucune autre pièce de Montchrestien : le premier acte s'ouvre par les funestes prédictions de Cassandre et l'expression des terreurs d'Andromaque; effrayée par de sinistres présages, elle essaye de retenir, pendant ce jour au moins, Hector loin du champ de bataille. A l'acte suivant, Priam, Hécube joignent leurs prières aux siennes, et arrachent au héros la promesse qu'il ne sortira pas de Troie. Mais en apprenant que les siens sont aux mains et commencent à plier, il oublie son serment et s'élance au combat. On apprend successivement ses exploits, les Grecs mis en fuite, l'intervention d'Achille et la mort d'Hector. La pièce se termine par les lamentations d'Hécube et d'Andromaque.

L'Écossaise, qui met en scène la condamnation et la mort de Marie Stuart, aurait dij, semble-t-il, offrir un intérêt particulièrement vif et pressant. La catastrophe était récente encore; et l'entreprise du poète était bien hardie de représenter la fin violente d'une princesse que beaucoup se souvenaient d'avoir vue assise au trône de France. Malheureusement Montchrestien était incapable de faire vivre et d'animer un tableau d'histoire contemporaine; et son procédé de peinture, tout sculptural, sans couleur, sans chaleur et sans mouvement, devait échouer surtout à ébaucher des figures connues et récentes. Le vague dont s'enveloppe toujours un pays lointain conve-

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