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ACTE III

HECTOR, ANTENOR, MESSAGER, CHŒUR, HECUBE, PRIAM, ANDROMACHE, CASSANDRE.

wTl [T^ous Arts pour dire vray sont pratiquez à peine; \>i$. '^l » Mais l'illustre mestier du noble Capitaine fî©j ^jfc » Est tant plus difficile à bien exécuter, ^S>s7^^ » Qu'on le void en honneur tous autres surmonter. » Alors que l'artisan se trompe en son ouurage, » Par les règles de l'art coniointes à l'vsage » Il corrige le vice et remet tout à poinct; » Mais les fautes d'honneur ne se reparent point : » Vue erreur fort légère, vne parole obmise, » Vn effet négligé l'exposent à la prise » D'vn tas de'mesdisans plus lasches qu'enuieux » Ausquels son vif esclat blesse l'ame et les yeux : M Ces mouches qui iamais au poli ne s'attachent, » Leurs poignans aguillons impudemment delaschent » Contre vn cœur innocent, et pour le piquer fort » Aiment mieux en sa playe y receuoir la mort. le pense ouïr desia des langues mensongères Enfoncer mon honneur de cent pointes légères; Et pense voir desia les insolens Grégeois Accompagner leurs coups de blasphémantes voix

Tragédie. 31

Contre ma gloire acquise aux despens de leur vie : Mais si demain reuient i'osteray toute enuie D'outrager mon courage, et blasmer désormais Ce bras de qui la peur ne triompha iamais.

ANTENOR

Bien que notre Ost vainqueur ailleurs les embesoigne

» Fain toy qu'il soit ainsi, ie ne tourne à vergoigne

» A l'homme qui demeure en ses faits innocent,

» Si quelqu'vn le découpe alors qu'il est absent.

» Aussi notre deuoir, seule règle infaillible

» Où l'honneur se mesure, excepte l'impossible :

» Et de là ie compren, ô Chevalier partait,

» Que l'offense ne touche à qui point ne la sçait,

» Et que celuy sans plus doit en boire l'iniure

» Qui l'oit , et n'en dit mot, la connoist et l'endure.

HECTOR

» Il mourra sans renom qui de luy n'a souci.

ANTENOR

» Il viura sans repos qui s'en afflige aussi,

HECTOR

» Celuy mérite affront que la crainte fait taire.

ANTENOR

» Et blasme qui mesdit sans voir son aduersaire.

HECTOR

» Il ne faut point souffrir qu'on mal parle de nous.

ANTENOR

» Quoy que l'on fist tout bien on ne peut plaire à tous.

HECTOR

Qu'on ne leur plaise point, mais au moins qu'ils se taisent.

ANTENOR

» Plustost les vents bruyans que les langues s'appaisent.

HECTOR

» La valeur d'vn grand Prince apporte de la peur.

ANTENOR

» Tel parle hardiment qui tremble dans le cœur.

HECTOR

» Mais la gloire languit se ressentant blessée.

ANTENOR

» Vne playe ainsi faite est aussi tost passée.

» Tousiours la cicatrice en paroist sur le front.

ANTENOR

» Encor qu'elle paroisse on n'y lit plus d'affront : » Ainsi le grand Guerrier que l'honneur déifie, M Des marques de ses coups aux siens se glorifie.

52 Hector.

HECTOR

» Aussi par là se void qu'il a bien combatu.

ANTENOR

» Et par l'autre on connoist qu'il a de la vertu,

» Qui peut estre sans tare et non iamais sans blasme.

HECTOR

En quoy donc le deuoir d'vne généreuse ame?

ANTENOR

M A montrer son courage entier et tout parfait, » Soit qu'il faille employer la parole ou l'effet : Bref tel qu'on void reluire en ta valeur extrême, Qui doit tout son exemple emprunter de soy-mesme.

HECTOR

Ne connoissant en moy ceste perfection ,

Il me plaist rapporter à ton affection

Cet éloge d'honneur plustost qu'à mon mérite.

Si parfois ie fay bien en cela ie t'imite.

Mais rompons là, mon Père, et recherchons plustost

Quel succès de fortune accompagne nostre Ost.

ANTENOR

l'ay connu des blessez qui rentroient dans la ville

Qu'Alexandre, iVIemnon, Deiphobe et Troïle

Par émulation font tous à qui mieux mieux :

Que d'vn autre costé les Grecs audacieux

Assaillent rudement et rudement repoussent.

Telle qu'on void la mer quand deux vents la courroucent

Par leur soufîie contraire en berçant refiotter

Et vague contre vague escumeuse affronter,

Semblables on peut voir les deux fortes armées

De désirs ennemis à la charge animées,

Tantost aller avant et tantost reculer;

Sur elles la victoire est balancée en l'air.

Sans qu'on puisse connoistre à son aisle douteuse

Quelle part tournera sa faveur paresseuse.

HECTOR

Regardez Troye, ô Dieux, et son vol arresté Ferme se maintiendra dessus nostre costé. Apres que le her Mars l'aura tins en secousse, » Car vostre vouloir iuste est le vent qui le pousse.

ANTENOR

le m'en vay reconnoistre auec ces propres yeux Qui des camps opposez se portera le mieux; Puis quand du haut sommet de nos larges murailles Mon œil aura couru par les rangs des batailles, le t'en feray rapport, afin que par conseil,

Tragédie. 33

Tu vanges le défaut de ton bras nompareil.

HECTOR

Va, mon cher Anthenor, et sur le champ auise Les moyens d'auanccr nostre iuste entreprise : Car les sages discours de ton Esprit prudent Ont fraudé plusieurs fois maint sinistre accident.

» Quel desplaisir ressent vn généreux courage » Q.ui bout après la gloire, et chérit dauantage » Le pénible labeur que le morne repos, » Quand sa vertu hautaine amoureuse de los » Repose au lasche sein d\ne molle paresse, » Dont la froide langueur engourdit la prouesse. n La vertu se nourrit de sa propre action; » Et l'ame auantureuse, en qui l'ambition )) De se faire connoistre aux peuples de la terre )) Assaut tous les pensers d'vne secrette guerre, » Pense que le cesser d'employer sa valeur h Lui tient lieu de reproche ou d'extrême malheur.

» O trois fois bien-neureux sur tous autres i'estimc » Qui dispose a son gré d'vn dessein magnanime, » Sans estrc inquiété par les exhortemens » D'un père apprehensif, par les embrassemens » Que ioint à ses baisers vne femme agréable, » Par les vœux respectez d'une mère honorable, » Par les graues conseils des vieillards reuerez, » Quand, di-ie, à la vertu ses efforts sont tirez. Où moy que ces liens captiuent dans la ville, le reste mal'heureux aussi bien qu'inutile ; Si ie croy de bien faire en demeurant ici , le crain que n'en sortant ie face mal aussi. » La clarté n'est clarté sinon qu'elle apparoisse : )) C'est beaucoup d'estrebon,mais plus qu'on leconnoisse: )) Car de là naist au cœur vn plaisir si constant, )) Qu'il reste de soy-mesme en soy-mesme content. » Si les bons toutesfois tiennent d'expérience, )) Qu'il n'est un tel rampart que de la conscience, » Mon esprit est sans gesne et mon cœur sans remors; Tout prest et disposé de paroistre dehors.

■ CHŒUR

Qui voudroit te blasmer, cheualier sans reproche, Dessous un front d'acier auroit vn cœur de roche : Ton renom glorieux de tels rayons nous luit. Que comme'vn clair Soleil il perce toute nuit. Les grands chefs de Mycene ont senti ta vaillance : Desia grand nombre d'eux sont bronchez sous ta lance.

34' Hector.

Dont le nom sert de preuue à ta rare vertu : Mais c'est plus grand honneur de t'auoir combatu Et d'en resier priué de l'ame et de la gloire, Q.ue d'auûir sur tout autre obtenu la victoire, w Car c'est vn argument de cœur auantureux, » Q.ue d'oser assaillir vn homme valeureux. » Les Lions courageux de l'Aft'rique rostie » S'esiouissent de voir vn Toreau pour partie, » Et ne poursuiucnt point les papillons volaçis. » Ceux-là dont les esprits sentent de hauts élans, » Couuent mille dépits au fonds de leur poitrine » Alors cju'vn bas subiet aux coups les achemine; » Mais si quelque grand Chef se présente au combat, » D'allégresse et d'ardeur le courage leur bat.

O foudre des Guerriers aux plus tiers redoutable, S'il est vn seul mortel qui te soit comparable Aiax le pourra dire, Aiax dont le fort bras Porte vn large bouclier couuert à sept rebras : Thenere en parlera qui d'vne main fort iuste Pousse le dard volant et la tleche robuste : On le pourra sçauoir du grand Agamemnon Qui passe tous les Grecs et de rang et de nom : 11 sera tesmoigné du courageux Tytide, Q.ui combatroit les Dieux de son bras homicide : Il sera reconnu du vieux Prince Nestor, Q.ui parlant au conseil verse vn beau Heuve d'or, Et rapporté du double et cauteleux Vlysse Dont on craint moins le bras que l'accorte malice. Et confirmé d'Achile encores que ses yeux Soient voilez contre toy d'vn courroux enuieux. Aussi l'on dit par tout où paruient la nouuelle Des combats entrepris pour Hélène la belle, Que tu sers aux Troyens comme d'vn mur d'airain Duquel estans couuerts on les assaut en vain. Non les hommes sans plus; les choses insensibles Admirent à l'enui tes forces inuincibles. Combien de fois le mont à Cybelle sacre Regardant à ses pieds vn peuple massacré Qui faisoit de toy seul sa mourante complainte, A-il tremblé d'horreur, de merueille et de crainte? Combien de fois les champs qu'il descouure plus bas Furent-ils esbranlez sous les coups de tes bras.'' Combien de fois encor' Simois et Scamandre Voyans à gros torrens le sang Grégeois s'espandre Dans leurs tlots cstonnez de perdre leur couleur,

Tragédie, 3$

Au fonds de leurs palais points d'ire et de douleur. Ont-ils craint que les corps dont tu peuplois les ondes Gardassent de rouler leurs Nimphes vagabondes?

D'entre tous ces tesmoins et muets et parlans Q.ui vont à qui mieux mieux ta vertu reuelans, S'esleue haute en l'air la prompte Renommée Qui d'vne bouche vraye et non iamais fermée Publie à tous venans qu'en valeur et conseil Tu n'as point de second sous le cours du Soleil.

HECTOR

Si i'ay veu mes exploits marquez en la mémoire, L'honneur en soit aux Dieux : car ie ne veux point croire Que nostre heur es combats naisse de nostre main : » Si le Ciel ne bénit l'homme trauaille en vain.

CHŒUR

» La grandeur des humains n'a rien de plus céleste, )) Que quand parmi sa gloire elle est sage et modeste.

» Celuy qui se connoist ne mesconnoist point Dieu, « Qui dispose de tous et préside en tout lieu.

CHŒUR. '

» Bien que cela soit vray, l'on peut sans faire outrage

)) A l'ouurier, honorer 1 instrument et l'ouurage.

» Quand quelqu'vn a bien fait par le secours des Dieux,

» 11 ne le faut priuer d'vn renom glorieux :

» Car la douce louange entretient et fomente

» Le désir de bien faire en toute ame excellente.

HECTOR

» Celuy-là qui sert bien dessert vn beau loyer; » Autrement il viendroit plus lent à s'employer.

CHŒUR

» Le guerdon seul de gloire est propre et convenable V A couronner en l'homme vne action louable.

HECTOR

» Tous ces autres thresors qu'on cherche auidement, » Au prix d'un bruit fameux ne sont rien voiremery:.

CHŒUR

» C'est par ceste aisle aussi que les hommes de guerre » Volent durant leurs iours par le rond de la terre.

HECTOR

» Dites plus, que le bruit acquis à leur valeur » Fait naistre vne autre vie en la mort de la leur.

» Car si pour peu de iours tristes et périssables » Leur corps enduroit tant , ils seroient misérables.

Hector.

HECTOR

» Il vaudroit mieux ça bas n'estre iamais venu, » Que sortir du Tlieatrc et n'estre point connu.

CHŒUR

» Ce désir que Nature ente aux âmes plus belles )i Nous admoneste assez qu'elles sont immortelles.

HECTOR

» C'est de ce haut espoir que nostre intégrité » Prend sur tous nos desseins supre'me authorite'.

CHŒUR

» Voyez comme chacun tasche mesme à reuiure » Es traits inanimez de la bronze et du cuivre.

HECTOR

» Respire qui voudra dans le mort des portraits, » l'aime mieux quand à moy viure dedans mes faits.

CHŒUR

» Ils conservent aussi les traits de nostre gloire

» Beaucoup plus longuement que l'airain et l'iuoire.

HECTOR

» Si pour montrer le corps oa prend tant de labeur, » Combien en faut-il prendre à faire voir le cœur?

» Cela fait que la vie à la mort on eschange, » Lors que l'on se promet d'en acquérir louange.

HECTOR

» l'ay tousiours résolu sur semblable discours,

» Qu'il falloit beaucoup faire et viure moins de iours.

CHŒUR

» La longueur de la vie aussi ne se mesure

» Par le seul nombre d'ans que nous prescrit nature.

HECTOR

» Il vaut mieux faisant bien viure vn iour seulement, » Que durer vn long siècle et viure oisivement.

CHŒUR

» La paresse langarde et foible en toute sorte » Est de l'homme viuant la sépulture morte.

HECTOR

)) Qui par faveur du Ciel est au bien adonné, » Dans ses tristes liens n'est iamais enchainé.

CHŒUR

» Aussi quand ce poison dans nostre ame se glisse, » Il la charme et l'endort es ordures du vice.

HECTOR

Qu'il n'approche iamais les murs d'une Cité, Qui conforme ses mœurs aux règles d'équité.

Mais quel brin^ant tumulte estourdit mon oreille? Est-ce vn renfort nouueau que Priam appareille Pour secourir nos gens? quel trouble oy-ie là-bas? Non, ce n'est point vn bruit esmeu par des soldats, Ce sont des cris piteux et des voix effroyables, Des soupirs confondus aux accens lamentables Dont la rumeur ressemble aux abois mugissans Que fait le vent mutin sur les flots blanchissans, Qui contestent ensemble et bruyent le naufrage Venans à se briser aux durs flancs du rivage. Marchons pour en sçavoir.

CHŒUR

N'allez ià plus auant, Voici l'vn de vos gens qui nous vient au deuant.

HECTOR

Quel murmure là bas hautement se demeine.' Mon amy, di le nous; tu respires à peine.

MESSAGER

O magnanime Hector, i'accours aussi de loin Implorer ta valeur à l'extrême besoin.

HECTOR

Qu'est-il donc suruenu? la fortune animée Faut-elle de garand à l'heur de nostre armée?

MESSAGER

Ton camp subsiste à peine, et les squadrons Grégeois Le rechassent vers Troye et de main et de voix.

HECTOR

Que font vos compagnons? que font vos Capitaines?

MESSAGER

Ils s'efforcent beaucoup, mais leurs armes sont vaines.

Et nos Princes Troyens ioignent-ils point de près?

CHŒUR

Chacun veut acquérir la palme ou le Ciprès.

HECTOR

» Il ne faut qu'un poltron pour causer le désordre.

CHŒUR

Las! c'est par vn malheur, non faute de bien mordre. Troye armée au combat allègrement couroit Deuers l'Ost Argien qui rengé demouroit Sur les champs estendus, d'où le bruit d'vn tonneri'e Sembloit comme sortir et rouler par la terre : L'Olimpe en trembloit tout, et les bas fondemens Chanceloient sous les pieds, les clairs hannissemens Des cheuaux escumans bruyoient dedans le vuide.

38 Hector.

Et Xante se cachoit en son Palais humide.

A grand peine eut fini cet liorrihle moment, Que les camps ennemis d'un roide eslancement Se ruent i'vn sur l'autre, et par le fier outrage De la langue et du bras enueniment leur rage. L'vn deffendoit tantost et tantost assailloit, L'autre les coups reçeus au double rcbailloit; Le soldat au soldat, le gendarme au gendarme S'attachoit fièrement, en sa mort nulle larme Il ne versoit de l'œil, ains tomboit menaçant Du trespas ià reçeu ceux qui l'alloient pressant. L-'s Chefs des deux partis recherchoient dans la presse Vn champion illustre et vanté de prouesse, Ne voulans pas cueillir dessus le champ d'honneur Vne palme de prix moindre que leur valeur; Si bien qu'en mille endroits par l'espée et la lance On vuidoit des duels aspirans à l'outrance.

Mais quand aucuns des Grecs plus hautains et plus forts Ont signalé leurs coups de trois ou quatre morts, Et ne trouuent plus rien qui vueille faire teste; Ils roulent par l'armée ainsi qu'vne tempeste. Et n'aperceuans point en nos squadrons rangez Flamboyer ton armet, ils font des enragez. Gomme loups attaquans les bœufs gras d'vn herbage, Tandis que le Pasteur cause au proche village.

Gomment? proferent-ils d'vn accent orgueilleux, Où est donc cet Hector? ce Prince merueiUeux ? Ce puissant champion? ce gendarme brauache .-■ Lorsque l'on vient aux mains il demeure en sa cacher Promettoit-il n'aguere vn si braue dessein .■" Andromache, pensez, le mignarde en son sein. Tandis que ces soldats sans chef et sans courage. Victimes de nos mains, tombent en ce carnage. Ges termes par les Grecs prononcez asprement Dans les cœurs des Trojens forment l'estonnement : Et quoy que nos Seigneurs que ce discours désole, Exhortent viuement d'exemple et de parole, Gourent aux premiers rangs, louent les bons soldars, Et blasment hautement ceux qui font des couards, Par vn fatal destin ; car ainsi ie l'appelle,^ Nostre camp mal mené ne bat plus que d'vne aisle; Et s'il ne void bien tost ton bel Astre esclairer. Il médite sa route et se va retirer.

G'esf pitié que de voir nos bandes esclarcies Des Dolopes guerriers dont les mains sont roussies

Tragédie. 39

Au sang des Phrigiens qui regorge à ruisseaux; C'est vne horreur de voir les soldats à monceaux L'vn sur l'autre entassez, et les meilleurs gensd'armes Captifs sous leurs chevaux et pressez de leurs armes. C'est peu pourtant au prix des longs gemisscmens. Des soupirs éclatans, des aigus hurlemens Que iettent alentour de mamtes funérailles Ceux que l'âge et le sexe exemptent des batailles. Là la ville en frémit, et les bourgeois troublez Attendent leur ruine en cent lieux assemblez. Oij court si tost Hector transporté de colère ?

CHŒUR

Apres auoir connu comme va nostre affaire,

Il va donner quelque ordre à dresser du secours.

MKSSAGER.

.Mlez donc l'assister, car au camp ie recours En porter à nos gens l'espoir et la nouuelle.

CHŒUR

O fortune inconstante, outrageuse, et rebelle! Jusqu'il quand ce malheur? doit-on plus espérer De voir par les combats nostre honneur prospérer? Les Cieu.x sont-ils tournez en faneur de la Grèce ? A ce coup donc, ô Troye, augmente ta tristesse, Redouble tes soupirs, le destin rigoureux Haste les mouuemens de ton sort malheureux; Ces voleurs inhumains nous vont faire leur proye, On dira quelque iour : ici iadis fut Troye, Là son grand Ilion enclos de plus de toijrs, Qu'au cours de l'an entier on ne conte de iours

» Tout périt ici bas, les hommes, les familles, » Les maisons, les Palais, les Chasteaux et les villes; » Et les Empires mesme ont leur but limité : » Rien ne sçauroit durer en toute éternité, •

» Que l'éternité seule, et les saisons qui changent » Font les iours, puis les iours l'vn par l'autre se mangent. Mais voila pas Heleine? elle approche vers nous. O l'unique suiet de la perte de tous, Tu causes de grands maux, et ce n'est point merueille, On debatroit mille ans vne beauté pareille. » Entendons ces soupirs : c'est vn contentement » D'oûir en son malheur lamenter doucement.

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