‹ Les tragédies de MontchrestienChapitre 40 sur 78 · PANT&E · texte numérisé non relu

PANT&E

Qui nous pourra fournir les armes nécessaires?

CLEOMENE.

Et ne les vois-tu pas es mains des aduersaires?

P.\NTEE.

Mais ils veillent sur nous aussi bien que sur toy.

CLEOMENE.

D'vn front serain et gay ie feindray que le Roy Gagné finablement par instantes prières, Apres tant de longueurs, de langueurs, de misères, D'angoisses, de trauaux, et de tourmens diuers Supportez sur le Nil desia par quatre Hiuers, M'a fait de grands presens gages de deliurance : Puis d'vn esprit accort mesnageon l'ignorance Des soldats nos Geôliers, qui sans se deffier Alors qu'ils me verront aux Dieux sacrifier, lugeront que la fourbe est chose véritable : Fini le sacrifice, on couurira la table, Inuitez au banquet ils viendront auec nous; Surprenon-les soudain et les desarmon tous. Le reste du dessein compren-le de toy-mesme. » Tousiours aux desespoirs le conseil est extrême, » Et qui veut beaucoup faire il doit oser beaucoup. La chance en est iette'e, il faut mourir ce coup.

PANTEE.

G toy Mars nourricier de la race Spartaine,

Qui cette audace inspire à nostre Capitaine,

Donne à nous ses soldats de bien exécuter

Ce que d'vn haut courage il désire attenter :

Quitte en nostre faueur les querelles de Thrace,

Et viens camper ton Ost au haut de nostre face,

Effroy, terreur, surprise; à ce dernier effort

Ne se donne vn seul coup qui ne porte la mort.

Et s'il faut succomber à si haute entreprise,

» Permets nous de montrer qu'vn braue esprit mesprise

w Les frayeurs du trespas pour l'amour du deuoir

» Et que tousiours son cœur surpasse son pouuoir.

Tragédie, 167

CHŒVR.

^vi discourt sageineat que sa vie est mortelle, » Et qu'il vaut mieux mouri r que d'est re malheureux » Au plus tort des périls deuient plus valeureux, « Et par sa mort aspire à la gloire éternelle.

» Il souhaite un trespas qui le face reuiure, » Et néglige vne vie auec laquelle il meurt; » Des plus rudes efforts il ne doute le heurt, » Ains s'accommode au sort et ne craint de le suiure.

» Tandis qu'il peut bien viure il a de viure enuie; » Si tost qu'il ne le peut il cherche vn beau mourir, » Certain que sa vertu n'est pour iamais périr, » Mais doit en receuoir vne nouuelle vie.

» En fin, s'il est vaincu d'vn autre ou de soy-mesme, » Cela vient de malheur et non de lascheté : » Car s'il perd la victoire il demeure indonté, )i Et l'extrême péril montre sa force extrême.

» Que tout soit esbranlé, son ame ne chancelé; » Au milieu des frayeurs il est tout résolu : » Il est mort constamment si tost qu'il l'a voulu; M La mort plus volontaire il iuge la plus belle.

» Que l'honneur a de force en l'ame généreuse!

Que l'ame généreuse a de force à l'honneur! » De la fortune aduerse elle fait son bon-heur » Et de son trauail mesme elle semble amoureuse.

» La gloire est aux humains vn tourment honorable, » Qui leur rend le labeur plus doux que le repos, » Et tous pesans qu'ils sont les fait estre dispos » A poursuiure vn renom en tous siècles durable.

» C'est le cœur de nos cœurs et l'ame de nos âmes, » Qui comme vn feu diuin tend tousiours vers les Cieux. » Hercule en se bruslant s'assist au rang des Dieux, » Et pour estre immortel il faut sentir ses Hames.

» Notre corps de luy-mesme attaché contre terre, » Qui ne sert à l'esprit que d'vn viuant tombeau, » Sans ses aisles iamais ne voleroit au Beau, » Ou la perfection toute en soy se resserre.

» Mais lors que son amour anime le courage, » Nuict et iour ses discours tendent à la vertu; » Le vice estant en luy par luy-mesme abatu, » 11 tire maint profit de son propre dommage :

» Et quoy que tout le monde à luy nuire "s'apreste, » Sa face de couleur on ne void point changer;

i68 Les lacenes.

» Ains demeure constant au milieu du danger, » Comme le bon Pilote au fort de la tempeste.

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